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Abderrazak Sitail

03/2017 • InterviewCommentaires fermés sur Abderrazak Sitail0

Patron de presse, communicant et sérial entrepreneur, cet homme d’influence est un Citizen Kane marocain avec des rêves africains plein la tête.

Comment vous est venue cette passion pour l’Afrique?
Je m’y suis d’abord intéressé d’un point de vue humanitaire. Au fil du temps, des questions se sont imposées à moi. Pourquoi l’Afrique fait-elle du surplace? Comment un continent qui recèle 500 milliards de  dollars par an de matières premières peut-il stagner? Quid des 40 MMDH de dividendes remontés annuellement par les entreprises du CAC 40? Autre interrogation: cette nouvelle génération de dirigeants annoncée comme plus moderne, plus démocratique, pourquoi répète-t-elle inlassablement les schémas du passé, alors qu’elle a là une occasion historique de restituer le pouvoir aux peuples? C’est précisément cette inertie terrible, qui a piqué ma curiosité.

Des photos du Roi supposément en larmes ont circulé sur les réseaux sociaux. Etaient-ce effectivement des larmes ou simplement un reflet causé par le flash des photographes?

La perception générale accrédite-t-elle la thèse des «larmes» comme vous dites?
Tout à fait.
Eh bien soit. Cela démontre que notre Souverain est capable d’émotions. Vous savez, la dynastie alaouite est synonyme de quatre siècles d’attachement au continent. Le Maroc est lié par son histoire à l’Afrique. Rappelez-vous de la route des chevaux qui reliait la Mecque à l’Afrique du nord et se prolongeait jusqu’en Andalousie. Ce retour au giron africain convoque une identité historique, un enracinement séculaire dont, hélas, les Marocains font un déni total depuis au moins cinquante ans.

Comment analysez-vous cette dynamique engagée par le Maroc en Afrique?
On peine à réaliser qu’un évènement fabuleux vient tout juste de se produire. L’histoire demeure seule juge de l’action des hommes, mais je puis vous dire que sans la volonté du Roi, aucune entreprise n’aurait investi dans le continent. Hormis quelques familles historiquement installées au Sénégal ou en Côte d’Ivoire pour faire du commerce, les Marocains n’auraient pas trouvé de débouchés en Afrique. Les marchés occidentaux étant saturés et, du reste, hermétiques, il fallait aborder un horizon nouveau. C’est là chose faite. Néanmoins, il a d’abord fallu bâtir et consolider un modèle marocain robuste. Le Roi s’est donc concentré sur le pays; il a commencé par répondre aux urgences des Marocains en termes d’emploi, de santé et d’infrastructures, avant de mettre le cap sur le continent.

Si l’on vous comprend bien, il a d’abord été question d’acquérir une légitimité…
Je préfère parler d’élan, d’avenir. Nous allons en Afrique armés de réalisations concrètes et nous avons un modèle de développement à offrir en partage. Le Chef d’Etat a donc donné le tempo et les opérateurs économiques ont suivi. Ceci est une mécanique qui coule de source.

Les opérateurs économiques suivent-ils la cadence royale de façon idéale?
Rien n’est jamais idéal. Le royaume ne dispose ni de pétrole ni de gaz. Toutefois, nous compensons cette absence de ressource avec de l’expertise et de l’intelligence. Nous avons la chance d’avoir des technocrates de très haut niveau. Nous avons monté des modèles d’ingénierie financière de haute précision. En outre, nous jouissons de la confiance des bailleurs de fonds internationaux. Et si nous avons été capables de déployer un modèle solide sur le Maroc, rien ne nous empêche d’en généraliser les bienfaits et les enseignements sur des pays frères. Vous savez, il a fallu une bonne dose d’audace pour y arriver. C’est facile de dire qu’on achètera une banque, encore faut-il braver le risque et l’incertitude pour foncer. Enfin, sur un plan purement conjoncturel, nous avons profité du désengagement progressif de la France dans le continent.


Retrouvez l’intégralité de l’interview dans le numéro 201 du mois de Mars 2017.

Réda Dalil et Sanae Raqui

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