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Le cas Legler pourrait révéler des risques plus importants que l’on ne croit dans le secteur bancaire. Les derniers chiffres semestriels des banques montrent une inquiétante augmentation des dotations nettes de reprise aux provisions pour créances en souffrance. Celles-ci ont quasiment doublé en un an pour atteindre 1,5 milliard de dirhams, absorbant ainsi 17% du résultat brut d’exploitation (RBE). Pour Attijariwafa Bank, ces dotations sont en hausse de 120% par rapport à juin 2008. Et pour la BMCE, elles ont caracolé à 189%!
En un mot, le coût du risque s’apprécie. Ce qui pousse à dire que des dossiers en souffrance commencent à remonter. Nous sommes entrés dans une époque qui montre que le Maroc est en train de payer pour une politique permissive vis-à-vis du risque. Et il y a des faits qui le montrent.
Depuis 2006, le marché bancaire, porté par une bulle boursière qui s’est constituée autour de valeurs surévaluées, était gonflé à bloc. Le marché baignait dans la surliquidité, poussant les pouvoirs publics à ouvrir les vannes du crédit pour créer des emplois et accompagner les entreprises. Selon les données de Bank Al-Maghrib, à fin décembre 2008, les concours bancaires à l’économie ont augmenté de 22,9%, à 529,7 milliards de dirhams et ce, après une hausse de 28,5 % en 2007. En 2009, un petit coup de frein commence à se ressentir à cause de la crise. Les banques deviennent plus frileuses dans l’octroi de crédits, mais sans pour autant abandonner leur course vers la performance et les résultats à deux chiffres. Pourtant, tout le marché financier voyait bien qu’elles ne pouvaient plus continuer sur ce trend haussier des concours à l’économie, vu que les ressources collectées (dépôts) suivent à un rythme beaucoup plus lent et que le risque s’apprécie.
Aujourd’hui, le cas Legler a fait éclater le grand mal qui se prépare, et mis en exergue certaines gravités dans la gestion informatique du risque. Notre magazine a eu accès à un document fort inquiétant. Une importante banque de la place, touchée par cette affaire, a ainsi envoyé une note par fax à toutes ses agences leur demandant de voir si elles n’avaient pas accordé de lignes d’engagements aux sociétés de ce groupe. Comment comprendre que cette banque ne puisse pas disposer de ces données au sein même de son système central?
Il est fort à parier que le secteur bancaire ne connaît même pas l’ampleur du danger qui le guette.