En l’absence d’une étude stratégique pour le secteur, chacune des chaînes publiques se démène pour tracer un semblant de plan ou de feuille de route. Sauf que ces études restent prisonnières des tiroirs. Des sources au sein de la SNRT révèlent même que le président directeur général du pôle public avait commandité une étude auprès du cabinet Booze Allen (le même qui a travaillé sur Maroc Export) pour élaborer un modèle de co-gestion de 2M et Al Oula. Cette étude, devrait, selon les dires d’un haut responsable de la SNRT, parfaire les synergies entre les deux chaînes. Celles-ci ont tout à gagner en adoptant ce mode. Qu’est ce qui empêcherait par exemple 2M et la TVM d’envoyer une même équipe pour couvrir les manifestations extérieures? Pourquoi ce travail n’est-il pas sous-traité au sein d’une même boîte de production? C’est cette co-gestion qui pourra optimiser les coûts des deux chaînes et leur permettra ainsi de réaliser des économies d’échelle.
Du côté de la deuxième chaîne, c’est carrément un plan stratégique sur quatre ans qui a été mis en place mais qui n’a jamais vu le jour. L’étude y trace des relais de croissance pour la deuxième chaîne, mais aussi une vision pour le pôle public national. Le plan stratégique tient compte de deux éléments: l’influence grandissante des opérateurs étrangers sur trois marchés. Ceux de la diffusion, des programmes et de la publicité. Le deuxième élément tire son intérêt du développement fulgurant des nouvelles technologies au Maroc (Internet notamment). Un aspect qui, vu de loin, paraît minime, mais qui peut causer des «dégâts», à long terme, concernant l’audience. En somme, le plan stratégique recommande de développer l’industrie de la production et de la distribution. Deux filons stratégiques pour les deux chaînes afin de diversifier leurs recettes.
Une société de production commune
«La création de sociétés de production marocaines aura, pour les chaînes existantes ou à venir, des effets bénéfiques en terme de créativité, de volume de production et de rentabilité», dixit François Renevier, consultant au cabinet IMCA, à l’origine d’une étude sur l’industrie de la production au Maroc. Les chaînes publiques doivent donc se concentrer sur leurs métiers de diffuseurs. Certes, leurs cahiers des charges leur impose d’externaliser 30% de leur production, mais il reste beaucoup d’efforts à fournir pour assainir les circuits de décision et des dépenses relatifs à la prod’, estimées à 300 millions de dirhams annuellement pour les deux chaînes, dont plus de la moitié durant le mois de Ramadan. Sur le terrain, une cinquantaine de sociétés de production tourne autour des deux chaînes. Un seul donneur d’ordres pour tout un secteur. Imaginez les dégâts en cas de changement de décision ou tout simplement de hiérarchie…Sous d’autres cieux, l’Etat et le secteur privé gèrent ensemble une société de production commune. Le cas de l’Egypte, notamment, qui peut être pris en exemple en matière de production. «Les chaînes publiques égyptiennes, et même privées, achètent les séries télés auprès d’une structure indépendante et unifiée, au sein de laquelle ces chaînes sont justement actionnaires», explique Mohamed Serraj Daoua, journaliste à la TVM et membre du conseil d’administration de la SNRT.
Créer un second marché de la prod’
Comme expliqué plus haut, la modestie de l’industrie de production audiovisuelle nationale s’explique aussi par le fait que les chaînes de télévision en sont, en général, les uniques financiers. Les coûts de production des œuvres audiovisuelles (téléfilms, séries, documentaires et grands reportages…) sont intégralement supportés en amont par les diffuseurs qui en sont à l’initiative, en production propre ou en commande. Que faire? L’étude stratégique conçue pour 2M apporte des éléments de réponse. «Il faut diversifier et optimiser les recettes financières en aval des processus de production, en favorisant la création d’un second marché», lit-on dans le rapport. Par second marché, les rédacteurs de l’étude entendent un marché qui permettra des exploitations secondaires des œuvres, au-delà de leur première diffusion. Concrètement, il s’agira de «recommercialiser» les séries télés ou documentaires, convertis en DVD sur le marché local. On conseille ainsi à la chaîne de créer deux sociétés de production. «L’une orientée vers les clients professionnels du marché international et national, l’autre vers le grand public sur le marché intérieur», indique-t-on. Il est même proposé aux deux chaînes de créer une structure commune de distribution ayant pour objectif la vente auprès du grand public de produits audiovisuels marocains, notamment dans les registres de la fiction, des documentaires et grands reportages, des divertissements événementiels, des oeuvres cinématographiques. Ces pistes de réforme sont cruciales pour un pôle public qui cherche à recoller ses morceaux. Il va sans dire que cette course vers la performance commerciale changera beaucoup de choses dans la gestion interne des chaînes publiques. Mais avant de libéraliser, l’urgence est de travailler sur la publicité, la production et la diffusion. Le pôle public est appelé, plus que jamais, à se doter d’une vision stratégique bien étudiée pour repartir sur de nouvelles bases.