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EconomieLe Maroc producteur d’énergie
   
 Sommaire
  Edito
> La folie des grandeurs
  Point de vue
> Une phase curative
  Enquête
> Qui financera les grands projets?
> L’Etat et le Fonds Hassan II manquent d’argent
> Les banques mises à rude épreuve
  Economie
> Les fonds touristiques se sont multipliés au Maroc. Mais ils sont de petite taille et manquent de financement. Pour optimiser leur action et pouvoir se recentrer sur leur métier de base, ils sont appelés à se regrouper.
> Coup de pouce diplomatique!
> La relance à nouveau !
> Les marinas, un business en essor
> L’agrégation, un choix controversé
  Entreprises
> L’OCP «Market maker»
> Le Technopark se régionalise
> Une libéralisation inachevée
> Nouvelle offensive de Finatech
> A quand les parcs logistiques?
  Dossier
> L’AMO, cinq ans après...
> La nécessité d’une réforme
> Un système à double vitesse
 
Le Maroc n’a pas de pétrole. Mais il a du soleil et des sites vantés. Et cet avantage, il compte bien l’exploiter en se lançant dans la course de la production de l’énergie propre. En annonçant la production de 2000 Mégawatts d’électricité à partir de l’énergie solaire dans les régions du Sud, il confirme sa volonté de se positionner en tant que leader de la région dans ce secteur d’avenir. «Le potentiel énergétique marocain est très intéressant : 25000 Mégawatts (MW) rien que pour l’éolien et 5 Kilowatts (KW) par kilomètre carré par jour pour le solaire», assure Abderrahim El Hafidi, directeur du département de l’électricité et des énergies renouvelables au ministère de l’Energie. Une nouvelle loi sur les énergies propres est d’ailleurs en cours d’adoption au Parlement. On parle déjà de 1554 MW d’électricité à produire à partir de l’éolien d’ici 2012. C’est ainsi que le Maroc aménage le terrain pour une opération énergétique d’envergure et surfe de ce fait sur les énormes besoins mondiaux. De l’autre côté de la Méditterranée, l’Europe, en manque d’énergie, cherche des pistes pour sa survie. Et à côté, l’Algérie, qui repose sur sa rente pétrolière, n’est pas encore prête à sauter le pas de l’énergie renouvelable. Donc, le Maroc a de sérieux atouts pour s’imposer en tant que fournisseur d’énergie.
Nouveautés de la loi cadre
La grande nouveauté de cette nouvelle loi est que toute entreprise peut se lancer dans des projets de production d’électricité allant jusqu’à 200 KW. Au-delà et jusqu’ à 2MW, l’entreprise est soumise à déclaration. L’autorisation n’est obligatoire que pour une production de plus de 2MW. «Ces dispositions incitent l’entreprise à produire pour ses propres besoins et à la multiplication des investisseurs», explique Said Mouline, directeur du Centre de Développement Régional des Énergies Renouvelables (CDER).
Mais plus intéressant encore, et pour encourager les entreprises privées étrangères à investir au Maroc, la loi les autorise à exporter l’électricité qu’elles produisent. Soit à travers le réseau de l’ONE moyennant une redevance, soit à travers leur propre réseau, si celui de l’ONE est saturé. «Aujourd’hui, le réseau électrique entre l’Espagne et le Maroc supporte une puissance de 1400 MW avec 700 MW en construction. En plus des 1200 MW qui sont déployés entre le Maroc et l’Algérie», rappelle El Hafidi. Sur ce point, les deux rives de la Méditerranée se rejoignent sur l’idée. En effet, en avril 2009, l’Union Européenne a publié une directive qui encourage la délocalisation de la production d’électricité hors UE et à l’exporter vers celle-ci. Mais aujourd’hui, et même dans les pays les plus avancés en matière d’électricité d’origine hybride, c’est la gestion compliquée du réseau intermittent qui occupe. Aussi, avant de parler d’une quelconque production d’électricité à grande échelle, il faut d’abord étoffer le réseau. Que propose la loi dans ce sens? «Tout projet inséré dans le réseau électrique doit prendre en considération la puissance installée», explique El Hafidi. Dans l’état actuel de la technologie, à titre d’exemple, il est admis qu’on ne dépasse pas 20% d’énergie éolienne dans un réseau. L’ONE est de ce fait en train de développer son réseau pour être à jour et recevoir les puissances installées au fur et à mesure. Son programme s’étale jusqu’à 2015. Le photovoltaïque, en plus d’être techniquement très compliqué à réaliser, est 5 à 10 fois plus cher, et il souffre des mêmes revers que l’éolien, c’est-à-dire l’intermittence ou les coupures qui interviennent sur la production selon la météo.
L’intermittence risque de déstabiliser les réseaux électriques et des problèmes de délestage sont à craindre dans ce modèle de production. Beaucoup de spécialistes en la matière disent qu’il est impossible de compter sur l’électricité provenant des énergies renouvelables. De même, l’entrée en service en même temps de l’éolien et du solaire dans le réseau peut causer une surchauffe. Ceci implique la nécessité de stockage, ce qui est, techniquement, très difficile à réaliser et certainement plus coûteux que la production d’électricité.
Par contre, la nouvelle loi ne parle d’aucune incitation tarifaire pour l’achat d’électricité. «Le Maroc n’est pas dans une situation énergétique critique qui nécessite d’instaurer un tarif d’achat incitatif comme c’est le cas en Europe», explique Said Mouline du CDER. En effet, le Maroc produit 10 fois moins de CO2 que les pays européens. Mais il a la possibilité de prévoir ses besoins à l’avenir et de rationaliser sa production et sa consommation. Chose qui ne devrait pas handicaper l’entreprise qui investit dans ce créneau, notamment grâce a l’assurance d’un prix garanti pour une durée d’une vingtaine d’années. Période durant laquelle il est toujours possible de réaliser des retours d’investissements notables à travers les crédits carbones. Reste toutefois que ce type d’investissement est très coûteux en terme de technologie.
Rentabilité de l’énergie propre
Aujourd’hui, la comparaison montre que la production de l’électricité à partir de l’énergie renouvelable coûte plus cher en terme d’investissement qu’à partir de l’énergie fossile. «Le coût moyen de production au Maroc pour le solaire est de 2 dirhams le KWh produit. Pour le photovoltaïque, il est de 2,5 à 3 dirhams et de 75 à 90 dirhams pour l’éolien», explique El Hafidi. Mais l’avancée technologique est aujourd’hui en mesure de prévoir des prix de production encore plus bas. Certaines entreprises vont jusqu’à proposer un coût de 1 dirham le KW produit. C’est dire que les années qui viennent seront plus propices à la production de l’énergie propre à moindre coût. Pour le moment, il est plutôt question de trouver le moyen de financer ces projets futurs. En cette phase de projets pilotes, on parle déjà de dizaines de milliards de dirhams engagés.
Le Maroc a bénéficié d’un don de la part de la Banque Mondiale totalisant un milliard de dollars. Un fonds de développement énergétique sera mobilisé à travers la Société d’Investissement Energétique qui prendra en charge une partie du financement des projets: soit par participation dans le capital, soit à travers des crédits associés. La deuxième partie servira à accompagner la politique liée à l’efficacité énergétique.
Mais que gagne le Maroc à investir dans cette industrie coûteuse? L’avantage environnemental y est. C’est sûr. Mais un autre avantage peut s’offrir au Maroc avec cette libéralisation du secteur. «L’intégration de la composante industrielle est une condition nécessaire dans les projets qui vont se faire dans le futur. Le but est de développer des clusters nationaux et profiter de la technologie en la matière», révèle El Hafidi. Cette condition réalisée, toutes les possibilités d’investissements s’ouvrent à la fois aux investisseurs nationaux, internationaux et même aux joint-venture ou partenariats. L’objectif du ministère est axé d’une certaine façon sur le développement de la filière de l’industrie pour développer, in fine, la technologie. Et contribuer à diminuer la facture énergétique du Maroc et sa dépendance. «En 2008, cette facture a été estimée à 71 milliards de dirhams. Malgré le fait que le Maroc a importé 14% de ses besoins en électricité de l’Espagne», explique Mouline. L’objectif fixé aujourd’hui est d’arriver à réaliser 15% en énergies propres et 12% en terme d’efficacité énergétique. Le total pourra permettre de réaliser une économie de 21 milliards de dirhams de charges énergétiques. Un bien ambitieux programme. Le potentiel est prometteur et permet au pays de s’inscrire aisément dans le projet Euroméditerranéen Desertec (voir E&E du mois de septembre, page: 96) et pourquoi pas, à long terme, servir de plate-forme dans les technologies de l’énergie renouvelable pour le continent africain.
  Sabrina Belhouari
 
 
 
 
  Edito
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