Accueil Présentation Sommaire Archives Publicité Contact sp.ma
 
EconomieLes marchés de gros sur la voie de l’assainissement
   
 Sommaire
  Edito
> La folie des grandeurs
  Point de vue
> Une phase curative
  Enquête
> Qui financera les grands projets?
> L’Etat et le Fonds Hassan II manquent d’argent
> Les banques mises à rude épreuve
  Economie
> Les fonds touristiques se sont multipliés au Maroc. Mais ils sont de petite taille et manquent de financement. Pour optimiser leur action et pouvoir se recentrer sur leur métier de base, ils sont appelés à se regrouper.
> Coup de pouce diplomatique!
> La relance à nouveau !
> Les marinas, un business en essor
> L’agrégation, un choix controversé
  Entreprises
> L’OCP «Market maker»
> Le Technopark se régionalise
> Une libéralisation inachevée
> Nouvelle offensive de Finatech
> A quand les parcs logistiques?
  Dossier
> L’AMO, cinq ans après...
> La nécessité d’une réforme
> Un système à double vitesse
 
Manque d’équipement, vétusté des infrastructures, pratiques frauduleuses, multiplicité des intermédiaires…La liste des maux des marchés de gros de fruits et légumes est longue. En plus d’une mauvaise gestion, les marchés de gros coûtent à l’Etat plus qu’il ne rapporte. Le manque à gagner pour le Trésor se chiffre à des millions de dirhams. Il aura fallu qu’un scandale financier éclate pour que les esprits soient secoués: celui du marché de gros de Casablanca. Une grosse affaire de détournement de plusieurs milliards de dirhams, où sont impliqués des membres du Conseil de la ville. Des responsables mis en cause croulent déjà sous les verrous, mais l’enquête se poursuit toujours, montrant l’ampleur de la chaîne de corruption. On déplore des milliards de dirhams que la Trésorerie nationale devrait récupérer. En cause, le mode de gestion de ces marchés de gros qui laisse libre cours à l’anarchie. Fausses déclarations de pesée, des foules d’intermédiaires, trafic de marchandises…autant d’éléments qui crèvent les caisses de ces plates formes de gros et impactent directement la qualité et les prix des fruits et légumes. Le prix-sortie peut être multiplié par trois une fois sur le marché. Les deux bouts de la chaîne de production, à savoir le producteur et le consommateur final, s’en trouvent lésés. La faute à qui? «A la multiplicité des intermédiaires, qui sont là, dans le système, sans réelle valeur ajoutée», reconnaît Mounia Boucetta, directrice du Commerce intérieur, au sein du département du Commerce et de l’industrie.
Une gestion controversée
Gérés actuellement par les communes, les marchés de gros génèrent des recettes pour l’Etat à travers les loyers, mais l’essentiel du pactole provient de la taxe sur les marchandises qui transitent par ces marchés. Appelée «droit de marché», cette taxe est fixée à 7 % de la valeur des marchandises. Quand ont sait que pas moins de 4 millions de tonnes de fruits et légumes transitent chaque année à travers les 30 marchés de gros, outre les 10 autres informels, les recettes pour l’Etat devraient être conséquentes. Que nenni! Selon la Direction du commerce intérieur, l’ensemble des recettes de ces marchés de gros ne dépasse guère les 300 millions de dirhams annuellement. Une somme jugée «très faible par rapport au volume global commercialisé», reconnaît Mounia Boucetta. Autant dire que les communes ne collectent pas l’ensemble de la valeur qui leur revient. Mais où est passé l’argent? «En enlevant quelques zéros dans la déclaration de volume, ou en transformant ses bananes en oranges, sur la paperasse administrative, les fraudeurs se font de belles sommes. Une partie du pactole est versée comme pots de vins aux contrôleurs», témoigne Mourad El Garmouti, commerçant, à l’origine de l’éclatement du scandale du marché de gros de Casablanca. Les estimations quant au volume des marchandises qui transitent en dehors des circuits officiels varient de 30% à 40%. Soit plus de 120 millions de dirhams qui disparaissent dans la nature et qu’il faudra récupérer. Selon les estimations des professionnels, les chiffres réels dépassent de loin les estimations du ministère de tutelle.
Etude prospective
Dans une tentative d’intégrer ces marchés de gros dans la nouvelle stratégie pour le secteur, baptisé «Rawaj» (dotée de 900 millions de dirhams à l’horizon 2020), le département de tutelle s’apprête à lancer une étude prospective pour le redéploiement des marchés de gros.
Trois départements se penchent sur ce dossier. Celui de l’Agriculture (dont dépendent les producteurs), l’Intérieur (les collectivités locales) et le Commerce et l’Industrie (commerçants).
L’étude, qui puisera sont budget du Fonds Rawaj, dressera ainsi un état des lieux et proposera un nouveau schéma de répartition ainsi qu’une refonte du modèle de gestion.
Le département de tutelle parle aussi de redéploiement et de redimensionnement des différents sites. Ainsi des sites vont disparaître, tandis que d’autres verront leurs mission redimensionnée: certains marchés vont servir de plate-forme de regroupement, de consommation ou d’expédition, tels le marché de la ville de Midelt qui pourrait se spécialiser dans l’expédition des pommes, vu le potentiel de la région en la matière. «Une bourse de la pomme pourrait y voir le jour pour valoriser le produit local», indique Boucetta. Cette dernière évoque aussi le cas des agrumes, des bananes (Agadir)…
Une gestion déléguée
Le métier de gestion des plates-formes de gros est un métier à part, qui nécessite un savoir faire, une technicité et des moyens. La gouvernance locale étant ce qu’elle est, la gestion des marchés de gros buttent sur les difficultés, de maintenance et de contrôle que rencontrent les collectivités locales. La réflexion engagée par les officiels n’écarterait pas la possibilité de confier cette tâche à un opérateur privé, sur la base d’un cahier de charges. D’autres modèles seront aussi étudiés telle la création d’un conseil d’administration au sein duquel siègent la commune, l’opérateur gestionnaire et des représentants des associations de commerçants. «Un modèle concevable que l’étude examinera certainement».
Pour Mounia Boucetta, l’ensemble de ces infrastructures ne sont pas inscrites dans une logique de viabilité économique. «Le modèle des taxes est révolu, car sans valeur ajoutée. Les recettes et les charges ne sont pas viables. Il n’y a pas de moyens suffisants pour le maintien des infrastructures. Le nouveau plan directeur devrait également intégrer cette question», explique la directrice du Commerce intérieur. Le département Chami privilégierait ainsi la logique des redevances, pour couper court aux fausses-déclarations et aux sous-déclarations. L’idée est que les commerçants payent en contrepartie de services rendus (entreposage, système frigorifique, espaces de stockage, parking…). Le ministère reste convaincu que cette mesure renforcera l’attractivité des marchés de gros et viendra à bout des circuits informels. «Les collectivités locales y gagneraient en terme de redevances collectées mais également en matière d’emploi structuré et de réduction de l’informel», explique-t-on. Selon le ministère du Commerce et de l’industrie, l’étude devrait durer neuf mois. En attendant, le quotidien des marchés de gros reste le même. Et après le scandale de Casablanca, une autre affaire vient d’éclater au marché de gros de Salé.
  Youssef Boufous
 
 
 
 
  Edito
Amnistie fiscale
Le Maroc se trouve face à un défi historique avec la crise de liquidité. Comment va-t-il mobiliser les fonds, nécessaires à la continuité de son développement et… au plus vite ?...
Nadia Lamlili
 
 
 
© Success Publications
207 Bd Zerktouni. Casablanca. Maroc.
Tél. +212 522 36 95 15 - Fax. +212 522 36 95 13