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«La chute de Legler nous a mis à genoux». C’est en ces termes que Khalid Oustad, directeur export de Caulliez Maroc, qualifie l’état actuel de son groupe. Principal fournisseur de matière première pour le groupe Senoussi, le groupe Caulliez a été frappé de plein fouet par l’onde de choc provoquée par l’effondrement de Legler Maroc. Selon un membre de l’AMITH, Caulliez est actuellement en discussion avec l’association pour voir comment il peut bénéficier du plan de sauvetage que prépare le gouvernement pour Legler.
Et dans ce sens, l’option choisie est de convertir les créances en souffrance en prise de participation dans le capital du groupe de Senoussi. Une information confirmée par le Ministre de l’Industrie et du commerce, Ahmed Reda Chami. Selon lui, le plan de restructuration prendrait la forme d’une prise de participation des banques dans le capital de Legler Maroc. «La dette sera ainsi transformée en capital», déclare le Ministre.
Une usine fermée
Spécialiste de la filature, Cauliez fournissait près de 50% des besoins du groupe Senoussi. D’où l’importance des dégâts recensés par les dirigeants de Caulliez: plus de 14 millions de dirhams de pertes et une chute critique des commandes. Un véritable coup de massue qu’a ressenti le fileur, déjà sonné par les effets de la crise économique mondiale et les déboires de la filière elle-même au Maroc. Pour limiter la casse, les patrons de Caulliez ont dû recourir à l’ultime solution : la fermeture de l’une des deux principales usines de fabriques de la société. Basée à Fès, cette usine produisait les deux tiers de la production totale et employait pas moins de 400 personnes. «Les salariés percevront leurs soldes de tout compte en décembre prochain», indique une source interne. Celle de Settat, qui emploie 100 personnes, sera maintenue. «Nous allons redevenir petit pour survivre», assène Jean François Domé, directeur général de Caulliez Maroc. «Je suis sous la pression de mes banquiers. Nous devons réaliser des actifs pour ne pas fermer notre deuxième usine à Settat», ajoute-t-il.
Des impayés qui datent d’avril 2009
Pourtant, ce n’est pas le 19 octobre dernier, date à laquelle Legler a été officiellement déclarée en redressement judiciaire, que Caulliez Maroc a senti venir le «danger». A en croire les dirigeants du fileur marocain, les problèmes de paiement ont été enregistrés, pour la première fois, en avril 2009. Début juillet, Caulliez décide d’arrêter les livraisons destinées à Legler. «J’ai tenté de joindre M. Senoussi pour trouver une solution aux problèmes des factures impayées. Mais il se dérobait». Aux dires du patron de Caulliez Maroc, il aurait appelé directement le patron de Legler. «Il jouait la politique de la chaise vide», dit-il. Le 20 juillet, le patron de Caulliez commence à s’inquiéter. Son entreprise faisait face à un danger de mort. Il décide alors de passer à l’action et d’envoyer les premiers signaux de détresse. Domé saisit ainsi directement les autorités. Il commence par interpeler le ministère de l’Industrie, du commerce et des services. «J’ai saisi le ministre Ahmed Reda Chami, bien avant la mise en redressement judiciaire de Legler», tient à préciser Domé. Histoire de dire que le gouvernement était au courant des déboires financiers du textilien depuis juillet dernier. La médiation des officiels a fini par porter ses fruits. Durant le mois d’août, Senoussi, qui ne s’est pas prononcé depuis que cette affaire a éclaté, finira par répondre aux patrons de Caulliez, via le ministère de tutelle. «J’ai eu droit à des promesses. Les officiels m’ont promis qu’il allait me recevoir. Chose qu’il n’a pas faite depuis», indique Domé. L’entrepreneur français dit avoir relancé l’administration marocaine, mais en vain. L’attentisme était de mise, augurant de tristes événements qui finiraient par se produire. En octobre dernier, la nouvelle a circulé comme une traînée de poudre, qui a fini par exploser.
Erreur stratégique ?
Pourtant, Caulliez Maroc a connu des jours meilleurs. Présent au Maroc depuis 1997, ce sont les frères Caulliez qui ont fondé l’entreprise du même nom. En fait, ils n’ont que changé le nom de l’ex-Cofitex, l’ancien fleuron du groupe Kettani. Les affaires allaient tellement bien qu’en 2004, Caulliez Maroc reprend l’entreprise publique marocaine Setafil en engageant un programme d’investissement de 47 millions de dirhams. Sur trois ans. Les deux usines du groupe produisaient 7000 tonnes de fil, dont 60% dédiés à l’export (principalement au marché européen). Le reste est dédié au marché local. Les effets de la crise ont commencé à se faire ressentir fin 2006, la production passant 5000 tonnes. Deux ans plus tard, les commandes ont baissé de 50%. Le chiffre d’affaires, lui, a baissé de 25% au terme du premier trimestre 2009, comparé à la même période l’année dernière (passant de 190 millions de dirhams à 75 millions). Selon le top management, au vu des répercussions de l’affaire Legler, le CA va accuser un gros coup en 2010. «On avait beaucoup de projets pour 2010 avec Legler, qui représentaient 50% de notre chiffre d’affaires», explique Domé. Tous les projets programmés se sont ainsi évaporés. En fait, selon un observateur, Caulliez Maroc a commis la lourde erreur de miser sur le marché des gros fils, vu le potentiel ressenti auprès du groupe Legler et la crise économique qui a plombé les exportations. Sauf que c’était une pilule empoisonnée…