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Tous les débats sur le futur projet de régionalisation sont tournés vers la nature des pouvoirs qui seront dévolus aux régions. Or, le projet ne se limite pas à cette question. La régionalisation pose un enjeu de leadership. Qui pilotera la nouvelle architecture, qui sera retenue pour chaque région? Quelle est cette personne qui sera à même d’appliquer le projet régional et de servir, en même temps, de relais avec le pouvoir central?
Le bon sens veut que la régionalisation élargie, sur laquelle planche l’intelligentsia du royaume, aille vers la délégation d’un maximum de pouvoir aux politiques et une limitation des attributions du pouvoir central. Mais, où est cette classe politique qui assumera ce rôle névralgique? Elle est défaillante. Pour utiliser des termes plus sobres, disons qu’elle n’est pas encore prête.
Par conséquent, tout pourrait laisser croire que les walis seraient appelés à jouer un rôle de premier plan. D’abord, parce qu’ils tirent leur légitimité directement du roi (ils sont ses représentants directs) et que le roi lui-même a insisté, dans son discours, sur la sauvegarde de l’Unité de l’Etat, symbolisée par la Monarchie, dans le projet de régionalisation. Et puis, n’oublions pas que ces walis jouent déjà un rôle de coordination économique, politique et sociale au sein de chaque région. Ce qui fait d’eux le profil idéal pour piloter la régionalisation. Certes, on ne sait pas s’ils garderont le nom de «walis» ou s’ils auront une nouvelle appellation, qui correspondra à de nouvelles fonctions.
Mais sommes-nous en de bonnes mains? Les walis ont-ils toute la latitude d’agir dans leur région et d’impulser cette liberté d’initiative régionale souhaitée?
C’est loin d’être évident. Savez-vous qu’il n’existe aucune loi fixant les attributions des Walis? C’est tout de même surprenant, pour des personnes qui sont tout le temps au devant de la scène. Contrairement aux gouverneurs, dont la fonction est réglementée par le Dahir du 12 septembre 1963, les walis agissent dans un flou juridique. Une situation tellement absurde que, pendant longtemps, les walis étaient obligés d’être gouverneurs quelque part dans leur région, pour éviter que le vide, qui entoure leur statut, n’éclate au grand jour. Créés par Hassan II pour contrôler les élus et être informé sur tout se qui se passe dans les régions, les walis ont donc gardé un statut des plus bizarres. Ils font tout: de l’incitation à l’économie au renseignement.
Plus tard, Mohammed VI leur assignera un rôle de relais direct de la vision royale et donc de développement des investissements, dans le cadre du nouveau concept de l’autorité. Leur mission, consignée dans un discours royal, est de créer de la richesse sur leur territoire et de se rapprocher du citoyen. S’en sont suivis une ouverture sur l’opinion publique, ainsi que des chantiers gigantesques, tels que: Tanger Med, réaménagement de Casablanca, de Marrakech et d’Agadir…
Mais, les super-walis se sont vite essoufflés et commencent actuellement à se retirer derrière leur bureau. Depuis que Mohamed Hallab a remplacé Mohamed Kebbaj, on ne sait pas ce qu’il fait dans sa wilaya. A Tanger, Mohamed Hassad se fait tellement petit qu’on se demande s’il y a encore un wali. Dans le même temps, les walis ont laissé des plumes dans leurs conflits de pouvoir avec certains maires des villes. Et, comme un malheur ne vient jamais seul, le limogeage de Mounir Chraïbi, pour des motifs politiques, a fini par ébranler un corps en perte de vitesse, en lui rappelant les risques encourus en cas d’impair. Malgré l’aura qui l’entoure, le wali est un géant aux pattes d’argile. Si nous voulons réussir une régionalisation selon notre propre modèle marocain, il faudra que ses prérogatives soient explicitement notifiées et que le lien direct qu’il entretient avec la Monarchie ne soit pas le fouet par lequel on le châtie.