C’est parti pour une nouvelle vague de débats nationaux. Débat national sur la jeunesse, débat national sur l’environnement…Encore une fois, les décideurs publics veulent organiser des forums régionaux, élargir la concertation sur une grande partie de la population et pouvoir, ainsi, sortir avec des décisions qui émanent de la base.
Pour ceux qui ne s’en souviennent pas, le dernier grand débat national date de 2004. Il portait sur l’aménagement du territoire. Pendant un an, Mohamed El Yazghi, alors ministre doté de ses pleins pouvoirs, a sillonné le Maroc pour superviser «ce remue-méninges» national.
Le résultat de ce débat fut une charte qui moisit actuellement dans les placards et puis un schéma national de l’aménagement du territoire, un document qui avait coûté à l’époque 6 millions de dirhams, mais qui peine, jusqu’à maintenant, à être appliqué. C’est de lui qu’émane le nouveau plan d’aménagement de Casablanca, signé en grande pompe devant le souverain il y a plus d’un an et qui, comme tout le monde sait, est bloqué dans les rouages administratifs.
Cette grande concertation de l’époque est loin d’avoir prouvé son utilité et d’avoir justifié son coût. Qu’apporteront alors ces deux nouveaux débats envisagés par le gouvernement, à deux problématiques déjà décortiquées ces dix dernières années?
Sous l’ancien ministre de la jeunesse Mohamed El Gahs, le thème des jeunes avait connu une véritable révolution avec le programme «Vacances pour tous», ainsi qu’avec les universités populaires et la réforme des maisons de jeunes. Pourquoi ne pas avoir continué sur les chantiers des prédécesseurs?
Même chose pour l’environnement, un thème mondialement connu qui, de plus, ne nécessite pas une concertation nationale pour être cerné. Ainsi, toutes les rédactions ont été inondées, ces dernières semaines, par des rapports sur l’état de l’environnement dans chacune des 16 régions. On n’y apprend rien de nouveau…si ce n’est une compilation de données périmées.
Dans l’état actuel des choses, cette manie d’enclencher des débats nationaux pour, qu’à la fin, ils ne donnent pas suite, est incompréhensible et intolérable. Le Maroc n’a plus besoin de sonder les gens d’en bas à propos de sujets globaux, comme la jeunesse ou l’environnement. Ce que nous n’avons pas compris, c’est que le temps des diagnostics et des engagements est révolu, comme l’affirme d’ailleurs la Banque mondiale. Des bilans sans concession ont été établis dans la Santé, l’Enseignement, la Justice…
Pour la Banque mondiale, ce qui pose problème, c’est la mise en œuvre de nos stratégies et de toute la littérature que nous avons produite ces dix dernières années. En d’autres termes, nous avons un problème d’action.
Si l’objectif de ces deux chartes en préparation est d’arriver à agir concrètement, alors le chemin choisi est erroné. Capitaliser sur l’héritage ne dénote pas d’un manque d’intelligence ou de motivation. Au contraire. C’est au moment de l’exécution de cet héritage que l’imagination des acteurs locaux doit se manifester. Et si les actions préconisées ne sont pas adaptables à la région, ils pourront toujours les remodeler. De cette façon, au lieu de passer son temps à disserter, le Maroc sera dans l’action.