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L’élaboration de la Vision 2010 était un exercice qui a réussi à démontrer la capacité de l’Etat à restructurer tout un secteur en un temps record. C’est, en effet, la première fois dans l’histoire de l’économie marocaine qu’une industrie accouche d’une vision claire, cohérente, qui a gagné l’adhésion de toutes les parties concernées, ainsi que celle de l’opinion publique. L’objectif ultime de cette vision était l’atteinte de 10 millions de touristes.
Derrière cet objectif, la Vision 2010 visait aussi à tripler la capacité d’hébergement, former 75.000 professionnels dans les différents métiers du tourisme, planifier l’adéquation entre la nouvelle capacité litière et les sièges d’avion additionnels, ouvrir l’espace aérien, mettre en place un marketing moderne et dynamique, renforcer le budget de promotion et, de manière plus globale, faire du tourisme un levier de développement économique.
Pour mettre sur les rails cette machine de guerre stratégique, à laquelle avait contribué le secteur public et le privé, l’Etat avait conçu un levier opérationnel appelé le Plan Azur. Ses six stations (Saïdia, Taghazout, Lixus, Plage Blanche, Mogador et Mazagan) devaient engager 60 milliards de dirhams d’investissements pour augmenter la capacité litière de 120.000 lits et créer près de 200.000 emplois. Franchement, pour la première fois, rien n’avait été laissé au hasard pour réussir la mise sur orbite du tourisme national.
Mais, si aujourd’hui l’objectif des 10 millions de touristes n’a pas été atteint, et le Plan Azur n’a réalisé que 10% de la capacité en lits prévue, il est temps de se pencher sur les vraies raisons de cet échec, surtout que le gouvernement doit présenter la Vision… 2020.
Dans la nouvelle vision touristique, le gouvernement devra faire les bons choix stratégiques, notamment dans la structuration des projets. Car, si la Vision 2010 n’a pas atteint les objectifs escomptés, c’est bien à cause des retards pris dans l’exécution du Plan Azur.
C’est vrai que les six stations ont connu tellement de perturbations dans leur mise en oeuvre, qu’il serait injuste de blâmer la seule crise mondiale. Elle y est, certes, pour beaucoup et elle a poussé bon nombre d’investisseurs étrangers à opérer un repli stratégique. Cela a été le cas de Colony Capital qui était derrière Taghazout, l’espagnol Fadesa qui pilotait Saïdia et Plage Blanche, Orco et Thomas & Piron, qui contrôlaient Lixus et avaient un pied dans la station Mogador.
Par ailleurs, en présentant un Plan Azur avec un arrière- goût de foncier, le gouvernement a réussi à attirer des groupes qui n’ont visiblement ni l’expertise de développement ni les moyens pour accompagner la vision. Rappelez-vous la saga Dallah Al Baraka qui, après 4 ans de va-et-vient, n’a même pas réussi à poser une brique sur la station de Taghazout, ou encore certains promoteurs immobiliers spécialisés dans le logement social, auxquels on a confié des stations qui, visiblement, les dépassent !
Peut-on donc dire que l’euphorie des dernières années a aveuglé nos officiels au point qu’ils n’ont pas fait attention aux signaux avant coureurs qui pointaient du doigt ces problèmes? Mohamed Boussaid, l’ancien ministre du tourisme, confirmait cette analyse à sa manière, lors d’une conférence de presse tenue l’été dernier, où il reconnaissait en substance que «l’erreur était de ne pas avoir fait des bilans d’étape».
Et, pour tenter de racoler tout cela, on fait aujourd’hui appel à des institutionnels nationaux à tour de bras. Des fonds de pensions qui se retrouvent, dans certains cas, chef de file de grands projets acculés à suivre ces énormes chantiers, sans en avoir l’expertise et sans mesure des risques. Inutile de le rappeler, le tourisme est avant tout un métier!
Le grand challenge du nouveau ministre du Tourisme est aujourd’hui d’identifier le bon montage financier et les bons leviers d’intéressement, pour financer le plan Azur et associer à la Vision 2020 des opérateurs touristiques de renom, qui vont s’inscrire dans les perspectives long-termistes du développement touristique national. C’est peut-être pour cette raison qu’on a remis ce département à un banquier d’affaires installé à Londres.