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EconomieRégionalisation et autonomie économique
   
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> La folie des grandeurs
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> Une phase curative
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> Qui financera les grands projets?
> L’Etat et le Fonds Hassan II manquent d’argent
> Les banques mises à rude épreuve
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> Les fonds touristiques se sont multipliés au Maroc. Mais ils sont de petite taille et manquent de financement. Pour optimiser leur action et pouvoir se recentrer sur leur métier de base, ils sont appelés à se regrouper.
> Coup de pouce diplomatique!
> La relance à nouveau !
> Les marinas, un business en essor
> L’agrégation, un choix controversé
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> L’OCP «Market maker»
> Le Technopark se régionalise
> Une libéralisation inachevée
> Nouvelle offensive de Finatech
> A quand les parcs logistiques?
  Dossier
> L’AMO, cinq ans après...
> La nécessité d’une réforme
> Un système à double vitesse
 

Le compte à rebours a commencé. La Commission Consultative de la Régionalisation (CCR) n’a que six mois pour établir la conception générale d’un modèle national de régionalisation avancée, englobant toutes les régions du Royaume. Mission d’autant plus difficile que «cette commission doit faire un travail d’expertise et de recensement des ressources pour donner naissance à une conception équilibrée de la région qui doit marier à la fois le fait politique, économique et culturel», affirme Driss Benali, économiste. Ainsi, la région en tant qu’entité indépendante pourra exister.

Des régions mais avec quelles élites?
Toutefois, plusieurs éléments sont à revoir au niveau de la réflexion mené au sein de la CCR. Le premier élément étant la gouvernance. «Une région ne peut se développer que si toutes les parties prenantes sont impliquées et qu’il y a une excellente coordination et entente entre les différents acteurs», avance l’économiste Mohammed Berrada. Mais, comment intégrer l’ensemble des acteurs à la définition de la bonne gouvernance régionale, si chaque partie ne sert que ses propres intérêts en premier. Le champ politique local en est la preuve. Combien de fois les conflits pour des aspirations politiques personnelles ont pris le dessus sur le débat d’idées ! C’est toute une mentalité qui doit changer pour qu’enfin, gouvernement, collectivités locales, entreprises et universités puissent mettre leurs efforts au service de l’intérêt général de la région. Ce dernier point stipule la prise en main de la région par une élite locale qui, aujourd’hui, lui fait défaut. De bonnes instances de gouvernance doivent avoir à leurs têtes des profils qui ont, à la fois, de l’expérience sur le terrain mais aussi la capacité de générer des visions et des idées innovantes. La régionalisation, si elle donne plus de droits aux individus, exige plus de responsabilité et d’obligation. «La région a besoin pour exister d’une élite locale, jouant un rôle d’avant-garde», estime Mohammed Berrada.

Vers une fiscalité régionale ?
Mais au-delà de la gouvernance, un autre handicap majeur, nécessite l’attention de la commission. L’espace économique marocain ne favorise pas une régionalisation équilibrée, pour la bonne raison qu’il y a un grand déséquilibre entre les différents espaces territoriaux que ce soit du point de vue ressources humaines, matérielles ou financières.
Loin de l’image du Maroc utile et celui inutile que Sa Majesté s’est attelé à changer durant les dix dernières années, les disparités régionales restent une réalité incontournable. En effet, à titre d’exemple, la région de Meknès-Tafilalet affiche un taux de pauvreté de 24,2%, Gharb-Chrarda-Beni Hssen, 21,7% et Marrakech-Tensift-Al Haouz, 18,5%. A l’opposé, les taux de pauvreté les plus faibles sont enregistrés bien évidement dans le Grand Casablanca avec un 1,6% et Rabat-Salé-Zemmour-Zaër à 7,0%. Comment peut-on imaginer une région autonome alors qu’elle n’a pas les moyens pour s’autofinancer? «On ne peut pas savoir comment la fiscalité va être conçue. Va-t-il y avoir une fiscalité nationale où l’Etat fera la redistribution comme c’est le cas aujourd’hui, ou bien ira-t-on jusqu’à prévoir des impôts régionaux qui peuvent être différents d’une région à une autre ?», s’interroge Mohammed Hdid, président de la commission fiscalité au sein de la CGEM.
Si des régions riches telles que Casablanca ou Rabat peuvent s’en sortir, les régions pauvres ne pourront pas compter sur les taxes locales actuelles pour renflouer leurs caisses. Penser dans le cadre de la réflexion globale à une fiscalité régionale peut être une solution intéressante mais insuffisante. Même si l’Etat veuille déléguer une partie de la fiscalité aux régions, il ne pourra déléguer que les éléments secondaires dans un premier temps «parce que l’Etat doit d’abord élargir la base fiscale, l’étendre à l’ensemble de l’économie et réduire le secteur informel, de manière à ce qu’il y ait une fiscalité régulière», explique Driss Benali. Ainsi, les fortes inégalités spatiales qui caractérisent le Maroc gênent fortement la mise en place d’une décentralisation fiscale. Ce qui impose une révision du découpage administratif aujourd’hui obsolète, qui ira peut être même vers une réduction du nombre de régions. Le découpage doit désormais donner la priorité à l’économie créant une médiane de richesse et donnant naissance à des pôles économiques forts. Car, de par le monde, les territoires qui ont réussi, avaient des vocations qui émanaient de la base de leurs atouts, et l’autorité centrale ainsi que la volonté politique les ont développés et encouragés grâce à un cadre incitatif.


Des pôles économiques
Au Maroc, l’application du découpage économique en pratique a quelques peu précédé la réflexion sur la régionalisation. Ce qui rend la tâche plus facile à la CCR. Puisque les différents chantiers et plans sectoriels lancés depuis l’avènement du règne de SM le Roi Mohammed VI ont permis l’émergence de pôles économiques spécialisés. «Bien sûr, il y a eu un élan de régionalisation économique, donnant à chaque région un secteur de prédilection. Et même qui peut pousser à l’instauration d’une concurrence interrégionale», approuve Mohammed Berrada. Aujourd’hui, on peut facilement distinguer la spécialité de chaque région. La région El Jadida-Safi est aujourd’hui connue pour être une zone industrielle chimique et énergétique. Tanger-Tétouan constitue désormais le pôle logistique du royaume avec un potentiel touristique de taille. En ce qui concerne Casablanca et Rabat, ces deux régions se positionnent aujourd’hui comme des centres du secteur des services et du commerce. L’agriculture reste le fief de la région de Meknès-Tafilelt avec le grand projet de l’agropole. La pêche et le tourisme sont du ressort de la région d’Agadir. Enfin, on vient récemment d’attribuer au sud le grand projet solaire, le préparant à devenir la région productrice d’énergie renouvelable. En résumé, depuis maintenant 10 ans chaque région trouve graduellement sa vocation économique et donc développe son autonomie. Toujours est-il que la vocation d’une région ou une autre n’est pas une volonté politique. C’est un fait.
Si la concurrence s’installe entre les régions, celle-ci serait déséquilibrée, dans la mesure où la valeur ajouté créée par le secteur agricole n’est pas la même que celle créée par le secteur industriel par exemple. De ce fait, la spécialité des régions peut accentuer les disparités régionales au lieu de les diminuer. C’est pour cela que la régionalisation ne pourra fonctionner que si tous les producteurs de richesses contribuent fiscalement à leur région.


Solidarité ou concurrence
Ce qui pose sérieusement la question de la solidarité interrégionale. D’ailleurs, SM le Roi, l’a bien noté lors de son discours le 3 janvier créant la CCR. «La régionalisation ne sera équilibrée et n’aura une portée nationale que si l’exploitation optimale par chaque région de ses atouts et potentialités propres, s’opère en corrélation et en concomitance avec la mise en place des mécanismes efficients de solidarité, incarnant la complémentarité et la cohésion interrégionales dans un Maroc uni». Le mot est lâché. La régionalisation doit comprendre la notion d’une grande solidarité à l’échelle nationale, qui doit s’exprimer par une péréquation qui permet aux zones riches de subventionner plus ou moins les zones pauvres de manière à leur permettre d’exister en tant que régions. Ce principe de solidarité est d’autant plus important pour réduire le danger des disparités ethniques et culturelles qui peuvent être une conséquence fâcheuse d’une régionalisation poussée.
Cette dernière, doit dans l’idéal «être la confirmation démocratique de la singularité du Maroc, riche par la diversité de ses affluents culturels et de ses atouts spatiaux, le tout se fondant dans une identité nationale unique et singulière», comme il a été précisé dans le discours royal. Plus que cela, la condition majeure pour la réussite de ce chantier- qui demandera bien plus d’une décennie pour s’ancrer dans le subconscient des marocains -est le renforcement du lien qui uni la monarchie aux citoyens. Car, régionalisation et autonomie économique ne veut pas dire abandon de pouvoirs par l’Etat central. Au contraire, les régions devront reposer sur un socle institutionnel commun, où la Monarchie est le maillon central.
hgharbaoui@sp.ma

  Par Hayat Gharbaoui
 
 
 
 
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