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EconomieTanger-Med plus cher que les ports marocains?
   
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«Le coût de passage portuaire de Tanger-Med est élevé». C’est la conclusion d’un opérateur économique, spécialisé dans l’import-export, après trois opérations menées au détroit. Lui et plusieurs de ses collaborateurs, notamment espagnols, se plaignent de la cherté des coûts au niveau du port de Tanger-Med, par rapport au port de Casablanca. Il y a à peine deux ans, avant le lancement de la réforme du secteur, c’était le contraire. La plate -forme portuaire de Casablanca était qualifiée des plus chères au monde. «Dire que Tanger-Med est plus cher que les autres ports du Maroc est un débat tronqué. On compare l’incomparable», s’indigne Sâad Aherdane, directeur général de l’Association professionnelle des agents maritimes, consignataires de navires et courtiers d’affrètement du Maroc (Apram). Pour lui, plusieurs variables entrent en jeu pour juger de la cherté d’un port, notamment celui de Tanger-Med. Plus fluide, plus efficace et permettant un gain de temps énorme, Tanger-Med offre de meilleures pistes de rentabilité même «si l’on paie un peu plus qu’à Casablanca», estime Saâd Aherdane.


Un port tourné vers l’international
Pour l’Apram, Tanger-Med a une spécificité. Il est exclusivement tourné vers des opérations de transbordement pour des produits destinés à d’autres marchés mondiaux. Ce sont en effet des navires de plus de 1.000 conteneurs qui y font escale et dont la cargaison sera expédiée vers des destinations lointaines (le port traite actuellement un trafic de 100.000 conteneurs en moyenne par mois). Autant dire que Tanger-Med est tourné vers l’extérieur et non pas vers l’intérieur. En clair, un importateur n’a pas intérêt à y faire passer une marchandise destinée au marché local. Et pour cause. Au-delà des tarifs portuaires, l’importateur, pour acheminer la marchandise vers sa plate-forme de production, devra compter aussi les surcoûts du fret terrestre. «Ces surcoûts peuvent avoisiner des taux difficilement supportables», estime cet importateur. «Le jour où le volume des conteneurs destinés au marché local augmentera, beaucoup de paramètres changeront», poursuit-il.


A nouveaux standards, nouveaux coûts
Manutention, services rendus à la marchandise, magasinage, services rendus aux navires, droit de port sur les marchandises et les passagers, droit de port sur les navires…la tarification d’un port donne le tournis. Pour Tanger-Med, une tarification spéciale est en vigueur. L’Agence spéciale Tanger-Méditerranée (TMSA), elle, préfère parler de «tarification simplifiée». Ainsi, pour les droits de port sur marchandise, les clients payent un tarif unique de 35 euros par conteneur. TMSA applique ce tarif unique, que le conteneur soit vide ou plein (conteneur 20 EVP –équivalent vingt pied-). Pour ce qui est des droits de port sur navire, l’agence facture le volume et non pas le taux de jauge brut (TJB, ancienne unité), comme c’est le cas dans plusieurs ports du royaume. Le schéma retenu pour la gestion du port Tanger-Med serait ainsi similaire à celui adopté dans les ports européens.
Pour ce qui est du port de Casablanca, l’Agence nationale des ports (ANP) perçoit, également, sur toute marchandise débarquée, embarquée ou transbordée des droits et des taxes. Ces derniers sont fixés à la tonne manipulée, au mètre cube ou à l’unité, selon plusieurs taux fixés selon un barème établi par l’Agence. Pour l’exemple d’un conteneur 20 EVP plein, l’ANP le taxe à un taux de 248 dirhams, hors taxes. Il faudra ajouter à cela une taxe régionale (voir tableau). En somme, le port Tanger-Med est-il moins ou plus cher que le port de Casablanca?


Efficacité et fluidité
Que ce soit du côté de l’ANP ou de TMSA, on insiste pour dire que les tarifs sont soumis à plusieurs variables (poids, nature et volume de la cargaison). Sur le terrain, les agents maritimes, eux, préfèrent de loin parler d’efficacité et de fluidité que de «tarifs chers». «Les importateurs ou exportateurs qui font du chiffre autour d’une centaine de conteneurs sentiront certainement la différence, qui, à mon avis, n’est pas importante», explique Saâd Aherdane de l’Apram. Et, même au cas où ces clients préfèrent passer par le port de Casablanca, prétendu moins cher que Tanger-Med, ils seront perdants. «Le port de Casablanca est moins fluide. Les embarquements et débarquements y prennent un peu plus de temps. Alors que passer par Tanger-Med a des avantages en matière de fluidité et de réduction du temps de débarquement», indique un agent transitaire. Ceci dit, il faut savoir que des changements ont eu lieu dans les ports marocains dès début 2007, date du lancement de la réforme portuaire. L’objectif de cette révision était justement de réduire de 30% les tarifs au niveau de ces ports car jugés très chers à l’époque. Sauf que cette réforme n’a pas encore touché tous les ports. Notamment le port d’Agadir. L’ANP n’a pas encore défini le cahier des charges de cette infrastructure, très étriquée selon les professionnels. On ne compte pas moins de six opérateurs qui y assurent des prestations. La piste idéale est de les regrouper au sein d’un groupement d’intérêt économique (GIE).

  Par Youssef Boufous et Sanaa Raqui
 
 
 
 
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