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Akhannouch, l’homme du centre, mais à gauche

03/2018 • Hassan Alaoui, Point de vueCommentaires fermés sur Akhannouch, l’homme du centre, mais à gauche92263

Ces dernières années, la scène politique nationale est à l’image d’un véritable podium où défilent des candidats censés apporter des réponses aux maux du pays. Le citoyen en a vu de tous genres: le psychorigide, le pitre, le loup, le malin, mais aucun n’a réussi à apporter des solutions à ses problèmes. Dans ce contexte, les récentes sorties du Président du RNI m’interpellent, sur le fond et la forme.
Historiquement, l’Etat a toujours soutenu les parties du centre, ceux qui partageaient la vision de la monarchie. Sauf que ces partis n’ont jamais réussi à atteindre le niveau de reconnaissance dont les Marocains ont gratifié les formations de gauche, plus proches des sujets et défis de l’époque. Depuis une dizaine d’années, à l’aune des bouleversements mondiaux, une nouvelle fenêtre d’opportunités s’est ouverte, facilitant la voie aux centristes marocains.

Ce que nous vivons, c’est la transformation des priorités de notre société : si, il y a 30 ans, les sujets de droits de l’homme et d’engagement politique animaient les revendications et les émeutes, aujourd’hui ce qui agite le pays résulte de problématiques purement sociales, et donc économiques. Pour les partis du centre, dont la base est constituée essentiellement de technocrates, il y a une véritable opportunité.
Et ça, le RNI, sous la Présidence d’Aziz Akhannouch, l’a bien compris. Lors de ses congrès locaux dans les 12 régions, le parti a annoncé son nouveau positionnement idéologique. Le RNI reste un parti de centre d’ancrage libéral. Il ajoute tout de même une dimension «sociale» qui le transforme de facto en formation de centre gauche, en parti réformiste appliquant des idées libérales sur l’économie de marché.
C’est que le RNI a compris que la priorité c’est le social. L’emploi occupe donc une grande place dans le discours pragmatique de son Président. Il s’appuie sur une palette de propositions qui sortent de l’ordinaire politique auquel nous sommes accoutumés, au point de se demander si elles sont réalistes.
Dans le sillage de ces propositions, une idée brillante pour soutenir l’équité territoriale et la stabilité professionnelle, celle d’instaurer un quota pour les étudiants accédant à la faculté de médecine dans leur Région, à condition de travailler dans ce même territoire après obtention du diplôme. Akhannouch lance aussi un appel pour lutter contre les discours destructeurs qui «sont incompatibles avec la nature optimiste des Marocains».

Aziz Akhannouch a tout pour réussir sa mission : un contexte politico-social «favorable» à un nouveau discours, mais aussi un atout de taille, ses valeurs humaines. Celles que son père lui a inculquées et qui font sa véritable richesse, au-delà des milliards qu’il peut détenir. Ce sont bien ces valeurs qui ont fait la personne qui est appréciée et écoutée jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Pour ceux qui le connaissent, un citoyen presque parfait, au point de se demander ce qu’il fait dans cet univers véreux de la politique (…)
Mais, pour préserver cette crédibilité, et se donner toutes les chances de tirer profit de cette nouvelle vague idéologique qui traverse la société marocaine, Aziz Akhannouch ne peut se contenter de déclarations qui font la une des quotidiens et le buzz sur les réseaux sociaux. Il ne peut pas non plus se contenter de discours qui prônent l’optimisme et qui sont loin des réalités que vit le Maroc. Les attentes des citoyens sont très fortes.
Or, annoncer l’engagement de créer 2 millions d’emplois en 7 ans, et en faire son pilier de campagne, c’est faire preuve d’un optimisme mal placé. Dans une économie qui créé, bon an mal an, guère plus de 40.000 emplois, cela relève d’un travail d’Hercule. Ceci dit, bon vent Ssi Aziz !

halaoui@sp.ma

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