Chakib Alj-PDG de la SNMM

Chakib Alj

02/2018 • InterviewCommentaires fermés sur Chakib Alj0

Pris en tenaille entre les agriculteurs et l’Etat, les minotiers se démènent à coup de lobbying pour libéraliser un marché jugé trop restrictif. Le président de leur fédération (FNM) nous explique le fond du problème.

Vous avez l’air en forme malgré vos cent ans (NDLR: la SNMM fête son siècle d’existence). Votre secret?

On se maintient (rires). Tout a commencé en 1918, année pendant laquelle les Grands Moulins de Paris ont fondé l’entreprise. Suite à quoi, celle-ci a été rachetée par feu mon père Si Mohamed Alj en 1969. Nous avons participé à l’évolution du moulin à travers une période d’effervescence. Pour ma part, j’ai rejoint la SNMM en 1986. Depuis lors, nous avons investi massivement pour structurer et moderniser l’entité. Pour résumer, le moulin a un âge canonique, mais recèle beaucoup de jeunesse dans son for intérieur et vibre d’une âme propre, véritable creuset des hommes qui, à travers les époques, l’ont forgé, construit, développé. Nous nous faisons un point d’honneur d’observer les dernières évolutions en matière de normes de production et de qualité. Nous avons ce souci chevillé au corps.

Vous avez déclaré, il y a de cela quelques années, que le plus gros problème des minotiers réside dans la farine subventionnée ou la FNBT. En tant que président de la Fédération nationale des minotiers, assumez-vous vos propos?

Plus que jamais. Le système actuel, à mon humble avis, a atteint ses limites. En tant que président de la FNM, ma première mission est de supprimer la subvention pour redistribuer ces 2 milliards de dirhams différemment.

Comment comptez-vous faire cela?

Il faut savoir, et c’est essentiel de mettre l’accent là-dessus, que la farine nationale n’intervient pas dans la fabrication du pain que l’on retrouve dans les boulangeries. Ces dernières années, la FNBT ne concerne plus que 6,5 millions de quintaux contre 10 millions dans le passé. Nous prônons d’y substituer un dispositif ciblé basé sur les appels d’offres par exemple. Le vrai problème réside dans le fait que la FNBT représente à peine 15% de la farine produite par les minoteries marocaines. Au sein des groupes les plus structurés, celle-ci pèse entre 3 et 5% de la production. Nous disons ceci: les minotiers sont disposés à mettre sur le marché une farine économique qui répond à un besoin réel, moyennant la suppression de la farine nationale, tout en maintenant bien entendu des garde-fous. Cela permettra à l’Etat d’économiser des moyens, mais aussi d’injecter une bonne dose de transparence dans le secteur, et enfin d’aboutir sur une évolution naturelle de la filière. En réalité, la farine nationale a perverti le secteur. Résultat: beaucoup de moulins font faillite, sont en liquidation ou en sérieuse difficulté vis-à-vis de leurs banques.

Mais concrètement, comment la FNBT que vous décrivez comme la source de tous les maux peut-elle provoquer une telle hécatombe chez les minotiers?

Petite précision, la farine nationale n’est pas la seule cause des problèmes que vivent les minotiers. Il s’agit d’un facteur parmi tant d’autres, dont la mauvaise gestion, les erreurs d’approvisionnement, le surendettement et l’ultra-concurrence d’un marché en surcapacité chronique.

Mais le facteur FNBT précisément? L’opinion publique a du mal à saisir la causalité?

Primo, certains moulins survivent uniquement grâce à la farine nationale…

D’accord, mais en tant que président de la FNM, vous êtes aussi responsable de la survie de ces moulins, compte non tenu de leur taille. N’est-ce pas?

Certes, c’est la raison pour laquelle, en concertation avec l’autorité de tutelle, nous tentons de trouver des solutions pour ces moulins, sous la forme d’indemnités calculées en fonction de leurs chiffres d’affaires, de leur masse salariale, etc. L’ennui, c’est que la plupart des moulins en question n’ont pas injecté un seul dirham sous forme d’investissement dans leur appareil productif depuis une trentaine d’années. Résumons: ces moulins survivent artificiellement grâce à la perfusion de la subvention. Que l’on débranche les aides et ils rendent l’âme. Jusqu’à quand sommes-nous prêts à les maintenir en vie en l’état?

Nous parlons de combien de moulins sur les 130 que compte le pays?

Environ une trentaine.

Réda Dalil
rdalil@sp.ma

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