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Comment sortir de l’impasse ?

07/2018 • Hassan Alaoui, Point de vueCommentaires fermés sur Comment sortir de l’impasse ?72085

Voilà maintenant trois mois que le boycott dure et que les questions sur ses origines, et ses objectifs, fusent dans tous les sens. Sont-elles politiques? Sont-elles économiques? Sont-elles sociales? Ou bien sont-elles l’œuvre d’une main étrangère? Nul ne peut le dire, car les réseaux sociaux sont ainsi faits qu’ils brouillent les pistes, pour le meilleur et pour le pire. Mais ce qui est sûr, c’est que les dégâts de ce boycott sont colossaux. Le moral en berne, les patrons se sentent victimes de l’impuissance de l’Etat à répondre aux besoins élémentaires des citoyens. En d’autres termes: assurer un équilibre à même de faire cohabiter différentes strates sociales sous un même drapeau.

Le cas de la multinationale Danone est à analyser minutieusement. Les dégâts sur ce producteur de lait ne se limitent pas uniquement à sa capacité à remonter la pente sur le marché domestique. L’entreprise possède un trésor de guerre considérable, on ne s’en fait pas pour elle (…) Ce que l’on doit décortiquer en revanche, ce sont les conséquences de ce boycott sur la réputation du Maroc à l’international et les rapports qui sont transmis au Conseil du Commerce Extérieur de la France, bras économique de la diplomatie française et aiguilleur des investissements hors frontières.

Aujourd’hui, ce qui inquiète le plus les patrons marocains et étrangers, c’est cette haine du «capital» qui s’est installée à travers ce boycott, et qui creuse davantage le fossé entre le Maroc d’en haut et celui d’en bas. Une situation longtemps appréhendée et qui a fini par advenir. A travers son histoire, notre pays a toujours su faire cohabiter les différentes couches sociales grâce à une alchimie politique propre au défunt Roi. Mais les temps ont changé et à nouvelle époque, nouveaux remèdes.

La question qui brûle les lèvres du Maroc d’en haut, celui qui crée de la richesse, qui crée des emplois, qui contribue à la majorité des recettes fiscales du pays, est la suivante: quel camp l’Etat va-t-il choisir pour trouver une sortie de secours à cette crise? La raison politique voudrait que le choix se porte sur le Maroc d’en bas: la vox populi qui a toujours été un allié inaliénable de la Monarchie. C’est bien ce que l’élite craint. Cela se ressent dans cette ambiance délétère que vit notre pays.

Faut-il sacrifier cette élite capitaliste pour reconstruire un nouveau modèle de société? Le système serait-il tenté de reproduire le schéma barbare de l’Arabie Saoudite au point de jeter en pâture une partie de cette élite qui a trop longtemps profité du système au point d’en abuser au détriment des petites gens? Ce serait là une erreur monumentale. Le Maroc n’est pas l’Arabie Saoudite, loin s’en faut. Le Maroc d’en haut et l’Etat sont intimement liés par des intérêts croisés, difficilement dénouables. Du moins à un horizon proche(…)

L’issue à cette crise réside dans une solution de transformation transversale du modèle de gouvernance politique top-down. Il faut d’abord que le système reconnaisse les faiblesses de son modèle de gouvernance et la nécessité de repenser sa relation incestueuse avec l’élite.

Ensuite, il est nécessaire que cette élite prenne conscience que ses intérêts économiques sont étroitement liés à la stabilité du pays et de sa société. Il ne suffit pas de créer des fondations pour démontrer qu’on est responsable socialement, il s’agit plutôt de travailler en profondeur sa relation avec le Maroc réel. Cela me renvoie à une déclaration de l’ancien Chef du Gouvernement Abdelilah Benkirane qui, s’adressant aux patrons des 500 plus grandes entreprises en octobre 2013, avait dit: «Je ne vous comprends pas. Je ne vois pas l’intérêt d’être très riche dans un pays très peu stable».

halaoui@sp.ma

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