Des ministres philanthropes !

12/2013 • Nawal Houti, Point de vueCommentaire (0)0

«Lorsqu’un travail est fourni et des résultats obtenus, il est tout à fait légitime que les efforts soient rémunérés à leur juste valeur, à moins que ce soit dans le cadre d’un travail associatif et ici en l’occurrence ce n’est pas le cas !»


En cette fin de mois de novembre, l’évènement marquant est sans conteste celui de la visite officielle de travail  du souverain aux Etats-Unis. Une délégation importante et de haut niveau, comme on l’a si fortement martelé, faisait partie du voyage. Or, le communiqué du Palais n’a pas cité tous les noms, jusqu’à ce qu’on ait vu les reportages à la télévision pour voir qu’il y avait Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la CGEM, Mostapfa Terrab, PDG de l’OCP, Mohamed El Kettani, PDG d’Attijariwafa bank… et Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie numérique. Ce dernier n’a pas été cité dans la liste des ministres officiellement communiquée. Le constat reste toutefois celui que les ministres accompagnant le Souverain étaient majoritairement du RNI, mais cela était sûrement juste un hasard! Bref, l’agenda de l’ensemble des membres de la délégation était bien rempli et le Maroc a vraiment réalisé une très belle opération de communication et de charme vis-à-vis de son hôte américain. Celle-ci a été clôturée en apothéose par la rencontre, dans le bureau ovale de la Maison-blanche, des deux chefs d’Etat pendant plus de 2 heures. Et, que ce soit Mohammed VI ou Barack Obama, les deux hommes paraissaient très à l’aise et une certaine complicité semblait naître entre eux. Durant donc cette semaine surchargée, tous les participants étaient sollicités par les médias nationaux et américains. Mbarka Bouaida, ministre déléguée aux affaires étrangères, qui après un saut au Koweït, est arrivée à Washington, était sur Fox news et Moulay Hafid Alalamy (MHE) n’était pas non plus en reste. Il a de son côté accordé un entretien au magazine américain Forbes. Mais avouons que nous ne nous sommes pas encore familiarisés avec lui en tant que ministre et c’est même assez perturbant, le connaissant plus comme un redoutable homme d’affaires! Lorsque, avant lui, Aziz Akhannouch avait été nommé ministre de l’Agriculture, l’effet n’était pas le même, peut-être faudrait-il un peu plus de temps pour s’y habituer ou est-ce juste une question de perception. Plus, MHE, comme Akhannouch, a renoncé à son salaire et il aurait même mis la main à la poche pour rafraîchir les locaux de son ministère. Cette initiative est sacrément louable, mais elle est discutable, autant d’ailleurs que dans le cas du ministre de l’Agriculture. Lorsqu’un travail est fourni et des résultats obtenus, il est tout à fait légitime que les efforts soient rémunérés à leur juste valeur, à moins que ce soit dans le cadre d’un travail associatif et ici en l’occurrence ce n’est pas le cas. Certes animé d’une forte fibre patriotique, par l’intérêt général, connu pour être un grand bosseur et bien entouré, Monsieur Elalamy réalisera à coup sûr de très belles choses dans un département multi-portefeuille et nerf de guerre du développement économique de notre pays, mais ses affaires s’en ressentiront très certainement. Rappelons-nous le cas, à une moindre échelle, de Mohamed Horani, alors président de la CGEM. Il avait vu son entreprise HPS prendre l’eau et l’avait sau-vée in extremis! Aujourd’hui, Moulay Hafid Elalamy, en homme intelligent, est allé chercher un gros calibre marocain, Saad Bendidi, ancien président du holding royal ONA et homme intègre qui faisait profil bas depuis quelques années. Il l’a nommé directeur général délégué de son groupe. Le titre n’est certes pas pompeux, mais la mission qui lui incombera est très lourde, car il devra garder le cap du navire Saham. Donc MHE peut, en toute quiétude, endosser son costume de ministre, sauf qu’il aurait été plus judicieux d’accepter son salaire et de le reverser, par exemple, aux œuvres sociales de son ministère ou à toute autre association caritative, plutôt que de le refuser tout court. Son salaire étant de toute façon budgétisé dans la loi de Finances, il serait curieux de savoir où est-ce qu’il va atterrir. Souvenez-vous du cas français: Hollande et son exécutif avaient fait une demande de baisse de salaires. Cette demande avait été refusée car anticonstitutionnelle. Alors qu’en est-il dans notre Constitution? Nous avons aujourd’hui deux cas de ministres qui renoncent à leur salaire.

Il est peut-être temps de considérer cette nouvelle donne pour une allocation organisée et transparente des salaires qui seraient amenés à être déclinés par des hauts commis de l’Etat philanthropes!

 

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