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Doit-on repenser notre approche de l’Afrique ?

01/2018 • Hassan Alaoui, Point de vueCommentaires fermés sur Doit-on repenser notre approche de l’Afrique ?98712

Depuis des années, Sa Majesté a pris à bras le corps une stratégie africaine très ambitieuse, qui vise à revaloriser le continent aux yeux du Monde. Avec comme leitmotiv la promotion du partenariat Sud-Sud, à travers des actions économiques, sociales, humanitaires et institutionnelles, il a pu contribuer à dynamiser le rythme de développement de plusieurs pays. Il a en outre présidé à la signature de plus de 1.000 conventions de partenariats bilatéraux dans une vingtaine de pays au cours des 10 dernières années, au point même que j’ai personnellement entendu des responsables publics africains solliciter la venue du Roi du Maroc pour un peu secouer leurs gouvernants (…)

En faisant prévaloir subtilement l’hégémonie et l’exception marocaine, et surtout un soft power culturel, religieux et sécuritaire, le Souverain est accueilli en grande pompe partout sur le continent, au point où le retour du Maroc au sein de l’Union Africaine s’est fait par une standing ovation de l’Assemblée Générale à Addis Abeba. Même les pays Anglophones, très influents sur le continent- alliés historiques du Polisario -ont été attentifs à l’approche marocaine.

Avec le revers CEDEAO, je me demande aujourd’hui s’il n’aurait pas été plus judicieux de s’arrêter là pour consolider cet acquis de taille qu’est le retour à l’Union Africaine et faire un travail de fond dans les commissions et organes institutionnels, là où ça se passe vraiment.

Eh bien non. Cette effervescence semble avoir créé une véritable overdose auprès de ceux qui dessinent les grands traits de la stratégie africaine, au point où ils se sont sentis galvanisés, peut-être même en terrain conquis (…). Quelques semaines après le feuilleton Union Africaine, le Maroc annonce sa demande d’intégrer la CEDEAO. La suite de l’histoire on la connait, et le Maroc devra essuyer un refus cinglant.

Qui aurait pensé que la société civile de plusieurs pays amis et frères s’exprimerait contre le souhait du Maroc d’intégrer le marché économique ouest africain? La question mérite d’être posée et pensée en cette période où le royaume bute sur un blocage institutionnel et une levée de boucliers inimaginable il y a à peine quelques mois. C’est bien le cas. Les associations patronales du Sénégal et de la Côte d’Ivoire ont pris position contre l’entrée du Maroc.

Aurait-on survendu l’Afrique et surtout le projet CEDEAO au Roi? A-t-on créé une histoire à laquelle nous avons cru? Notre diplomatie a-t-elle surestimé la relation personnelle entre le Roi du Maroc et plusieurs Chefs d’Etats africains amis, et par la même sous-estimé la démocratie locale des pays, la solidité des Institutions communautaires, l’appareil technocratique d’Abuja et les intérêts des Etats?

Dans cette édition, Economie Entreprises, fort de son rayonnement depuis 14 ans sur le continent africain, s’est livré à un exercice d’énumération des angles morts de la diplomatie qui a mené à cette impasse. A ces loupés, j’ajouterai trois questions fondamentales :

Peut ont prétendre pousser la porte d’un marché commun en 12 mois seulement? Ceux qui ont vécu les négociations d’adhésion au marché commun européen vous diront qu’accéder à un marché de libre-échange, quel qu’il soit, n’est pas chose aisée. Cela passe par un accompagnement, une mise à niveau économique et industrielle, une harmonisation juridique des codes du commerce, du travail et des chartes d’investissement. Toutes ces étapes ont pris près de 20 ans au Maroc pour pouvoir accéder au statut avancé avec l’Union Européenne en 2012.

La Constitution Marocaine définit l’Islam, l’arabité et l’amazighité comme des composantes fondamentales de l’identité du peuple marocain et le pays comme terre d’Islam. Au Maroc, l’Islam est la religion de l’État. Or au sein de la CEDEAO, aucun des pays n’a une religion d’État, et c’est plutôt la laïcité qui domine.

Enfin, à quel ensemble le Maroc appartient-il vraiment? Peut-on l’extraire de ses racines méditerranéennes, maghrébines et arabes… N’ayant aucune frontière commune avec un pays membre de la CEDEAO, le Maroc, sur la carte, est de facto extraverti du périmètre géographique.

Si les éléments de débat ne manquent pas, c’est le débat lui-même qui, comme toujours, a fait défaut.

halaoui@sp.ma

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