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Eliminons la corruption! Le reste suivra

07/2017 • Hassan Dabchy, Point de vueCommentaires fermés sur Eliminons la corruption! Le reste suivra0

Un mot revient de plus en plus dans les slogans des protestataires: corruption. La corruption fait obstacle à la politique de l’Etat et dénature ses décisions. Le droit et la justice se trouvent lésés parce que des procédures ont été enfreintes. Requalifier un terrain ou déplacer une simple ligne sur un plan, peut faire des fortunes, au détriment des populations. La corruption donne lieu à une répartition inéquitable des richesses, encourage le népotisme, et in fine, affecte l’image et la crédibilité du gouvernement. La corruption réduit la représentativité et la responsabilité dans les institutions publiques et éloigne les personnes intègres du jeu politique. Ce fléau cause des préjudices considérables à l’emploi, aux collectivités publiques, ou encore à l’environnement. La corruption réduit les ressources destinées aux services publics de base comme l’éducation et la santé, brise la confiance du citoyen dans les institutions et favorise le désordre social et les activités criminelles. Selon le FMI, la corruption renchérit les coûts économiques de 20 %, décourage l’investissement,  porte préjudice à la libre concurrence, peut annihiler les efforts de développement et engloutir jusqu’à 2% de la richesse d’un pays.  Dans les pays africains, le manque à gagner au niveau des recettes douanières et de l’impôt représente jusqu’à six fois le montant que  ces pays consacrent à la santé. Lorsque la corruption touche les personnalités publiques, elle peut avoir des implications particulièrement dévastatrices sur la société, surtout quand elles échappent à la justice. Si la démocratie garantit à tous le droit de dire ce qu’ils veulent, elle ne peut réserver à quelques-uns le droit de faire ce qu’ils veulent. L’impunité, aussi perverse que l’injustice, encourage le crime et affaiblit l’Etat; et les peuples ne respectent pas les Etats faibles. Leur confiance et leur estime envers l’Etat naissent de sa capacité à faire respecter la justice et le droit, par tous, pour tous. La haine des élites dirigeantes, politiques ou économiques, exprimée par les protestataires ne tombe pas du ciel. Elle prend racine dans un environnement politique et social qui l’arrose, celui du mépris des élites envers les citoyens, celui du reniement répétés des engagements de ces élites qui, une fois aux manettes du pouvoir, s’éloignent de la masse qui les a élues. L’isolement dans lequel elles s’enferment les rend inaptes à comprendre et à partager les aspirations de communautés humaines qui leur sont, dans leur grande majorité, complètement étrangères. Grisées par le pouvoir, ces élites finissent par oublier qu’elles sont là pour « servir les gens et non l’inverse », comme l’a si bien dit Sa Majesté le roi Mohammed VI (discours d’octobre 1999). Et c’est là que les problèmes commencent, car « les négligés ont une voix, et celle-ci porte plus loin, plus fort qu’elle ne l’a jamais fait », comme le souligne Réda Dalil dans son précèdent édito. La souffrance liée à la perception de l’injustice conduit à la fureur, et peut aller jusqu’à la violence. Le non respect du droit entraîne la dégénérescence du tissu social et la désintégration des valeurs qui unissent la nation. Pour restaurer la confiance des citoyens dans les institutions et le personnel politiques, la lutte contre la corruption doit être érigée en priorité nationale. Certes, des progrès considérables ont été réalisés par le Maroc au cours des quinze dernières années, comme l’attestent les outils juridiques et institutionnels mis en place pour mener ce combat : discours royaux, déclaration du Chef de Gouvernement, ICPC, loi sur le blanchiment, loi sur la déclaration de patrimoine, police économique, magistrats spécialisés, Stratégie nationale de lutte contre la corruption. Il faut maintenant passer du verbe à l’acte. Lorsque la corruption prend des proportions telles qu’elle menace la stabilité de toute une région, elle devient un enjeu politique grave. Dans une société, le niveau de radicalisation – religieuse, sociale ou politique – est proportionnel à son niveau de corruption. Plus le droit et la justice reculent, plus l’extrémisme avance, sous une forme ou une autre. Le contexte actuel rend plus que nécessaire la lutte contre ce mal qui ronge notre pays. La volonté politique a beau être là, elle se fracassera immanquablement sur l’absence de résultats. Sans efforts rapides pour concrétiser et rendre visible la lutte contre la corruption, la voix du gouvernement restera inaudible, et rien ne sera suffisant pour reconquérir la confiance perdue. Combattons la corruption et rétablissons le respect du droit, le reste suivra, naturellement.

hd.conseil@yahoo.fr

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