Amica

Frères ennemis

05/2017 • EconomieCommentaires fermés sur Frères ennemis0

La toute puissante Association marocaine pour l’industrie et le commerce de l’automobile (Amica) se défait de ses membres importateurs pour faire le focus sur l’industrie. Un choix vécu comme une discrimination. Explications.

Le secteur de l’automobile a vu la naissance, en février dernier, d’une nouvelle corporation professionnelle: le Gipam (Groupement interprofessionnel automobile au Maroc). Sa vocation: «mieux défendre les intérêts de ses membres et faire un lobbying efficace auprès des administrations concernées», affirme son président Mohamed El Housni, directeur général de Copima. Le Gipam regroupera donc les distributeurs et importateurs de pièces détachées, ainsi que leurs fournisseurs équipementiers. Pourtant, représentés au sein de l’Amica, les distributeurs et importateurs n’y trouvaient plus leur compte. En cause, leur supposée marginalisation par l’association. Hakim Abdelmoumen, président de l’Amica, assure à notre magazine qu’«à chaque renouvellement des équipes de notre association, nous nous rendions à cette évidence que les importateurs n’y avaient plus rien à faire. Il faut savoir qu’on ne peut plus, aujourd’hui, défendre leurs actions, car notre priorité majeure est désormais l’industrie».

Représentativité
En effet, l’association traite de sujets stratégiques au niveau de l’industrie automobile; elle a des contrats-programmes avec le ministère à honorer, en plus des axes stratégiques à travailler, comme le développement de la filière automobile nationale, l’export et surtout l’intégration et la création de valeur ajoutée locales. «Notre Conseil d’administration n’a donc pas voulu reconduire le bureau des importateurs au sein de l’association. De ce fait, je vous affirme que, depuis plusieurs années, nous n’avons pas arrêté d’encourager ces opérateurs à créer leur propre association. On ne peut pas défendre l’industrie et l’importation en même temps; il faut choisir l’un ou l’autre», martèle Abdelmoumen. L’Amica compte 130 entreprises adhérentes, dont la grande majorité est représentée par des industriels nationaux et internationaux, notamment Renault, Somaca, PSA, Ford et d’autres multinationales de renom…
En faisant scission, les fondateurs du Gipam se voient désormais comme «un groupement complémentaire à l’Amica visant à ce que nos métiers aient davantage voix au chapitre à l’échelle économique nationale», affirme El Housni.

Conformité
Se faire entendre et avoir un poids dans le secteur de l’automobile national sont donc les ambitions premières du Gipam. En effet, les importateurs déplorent le contrôle de conformité des pièces de rechange qui leur est imposé par les autorités, notamment la douane, mais surtout ceux du Centre technique des industries des équipements pour véhicules (Cetiev). Les importateurs dénoncent des audits systématiques dans des conditions préjudiciables, notamment en termes de délais de réalisation des tests anormalement longs.
Justement le management de l’AMICA confirme à notre magazine qu’il y avait des anomalies dans la gestion du Cetiev, créé en 2005, dans l’objectif d’améliorer la compétitivité de l’industrie automobile au Maroc, en collaboration avec le ministère chargé de l’Industrie, et avec l’appui financier de l’Union européenne (Programme MEDA2).
En effet, il a eu un petit parfum de scandale, qui a été corrigé par l’AMICA et le ministère récemment. «Le ministère utilise ce laboratoire pour le contrôle à l’importation dans le secteur automobile. Nous avons donc constaté qu’il y avait des conflits d’intérêts au sein du laboratoire. Effectivement, ce dernier a été dirigé par des importateurs. Ce qui biaisait l’efficacité mais surtout la transparence de ce dernier». Les dirigeants du Cetiev détenaient donc de l’information de première main sur les origines des pièces, leurs factures, etc. Ces derniers pouvaient donc très bien bloquer les affaires de leurs concurrents, mais aussi importer de la marchandise plus facilement pour leur propre compte. D’où les retards dans les réalisations des tests de conformité des marchandises importées par leurs concurrents. «Ces personnes ont donc démissionné de leurs fonctions en vue de laisser place à une nouvelle structure du Cetiev, avec de nouvelles normes de gouvernance qui intègrent plus les industriels, mais aussi avec un meilleur contrôle de qualité», affirme Abdelmoumen de l’Amica. Donc, il était peut-être temps de recadrer le système en définissant notamment les responsabilités entre l’Amica et le Gipam.

Représentativité
En attendant, le nouveau-né de la profession promet une approche globale dans la défense des intérêts du secteur. «Les différentes mutations, notamment économiques, technologiques et environnementales, auxquelles sont confrontés les métiers de l’automobile, nécessitent plus que jamais une organisation représentative de l’ensemble des métiers de notre secteur», affirme le président du Gipam. D’ailleurs, le programme du groupement est en train d’être mis en place. Objectif: «soulever la problématique de la ferraille importée, la contrefaçon,  la contrebande qui touche le secteur. On veut tout simplement être entendu par l’Etat, afin d’organiser notre secteur d’activité au mieux possible», affirme ce dernier. Parmi les objectifs du Groupement, justement, la réalisation d’études pour une meilleure analyse des enjeux résultant des contraintes ou des opportunités du secteur.

sraqui@sp.ma

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