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Santé

HCZ, une référence sanitaire

03/2014 • Entreprise, EntrepriseCommentaire (0)0

L’exploit de l’HCZ est sa réussite à introduire un modèle de gestion qui répond à la dualité entre la logique médicale et celle du gestionnaire


Quinze années après sa création, l’Hôpital Universitaire International Cheikh Zaïd de Rabat s’impose aujourd’hui comme un modèle sanitaire dans un secteur qui se cherche. Derrière cette réalisation, une fondation dotée d’un objectif humanitaire et une gouvernance qui combine excellence médicale et efficience dans la gestion.

 

S’il y a un dénominateur commun à la vision du règne de Sa Majesté Mohammed VI, c’est bien d’avoir placé les valeurs humanistes au cœur de toutes les visions, qu’elles soient économiques, politique ou sociale. Cette prise de conscience date d’ailleurs de bien avant le début de son règne, lorsqu’il menait des actions en faveur des plus démunis, ce qui deviendra, en 1998, la Fondation Mohammed V. S’en suivra la création, en 2005, de l’INDH, une approche Maroco-Marocaine pour répondre aux Objectifs du Millénairedu Développement, OMD, votés, en 2000, par 150 nations membres des Nations Unies.

Que ce soit donc dans le cadre de grands chantiers, comme Tanger Med, les stations touristiques ou des projets futuristes comme le Train à Grande Vitesse, les parcs technologiques ou Casablanca Finance City, on retrouve une forte composante sociale qui est placée au cœur de chaque projet.

Logé au cœur de la ville de Rabat, l’Hôpital Universitaire International Cheikh Zaïd, HCZ, est une concrétisation de cette vision humanitaire. Son histoire remonte à la fin des années 90, lorsque le défunt Cheikh Zaïd Ben Sultan Al Nahyane fait don de 50 millions de dollars au Royaume afin de construire un établissement sanitaire à la pointe de la modernité et de la performance. Au lieu de mettre ces fonds dans le budget de l’Etat, et afin de tirer la meilleure vélocité économique de ce don tout en répondant aux contraintes de sensibilité sociale que la santé implique, il a été décidé de créer une Fondation à but non lucratif pour mener à bien cet investissement et assurer la gestion de l’hôpital, ainsi que son développement. Après un démarrage d’activité difficile, en 1998, l’Hôpital Cheikh Zaïd arrive aujourd’hui à point nommé pour coïncider avec le début des réformes dans le secteur de la santé.

Et voilà que la Fondation Cheikh Zaïd démontre qu’avec une offre sanitaire de haut niveau et un meilleur rapport entre la qualité des prestations et leur coût, le citoyen était disposé à s’acquitter de ses soins de santé.

Une reprise en main

Après une profonde phase de remise en question qui a duré cinq ans, ce n’est qu’à partir de 2003, que l’on peut dire que la Fondation Cheikh Zaïd a réellement pris son envol. Sous la présidence de Mounir El Majidi, Secrétaire Particulier du Roi, elle réussit le défi de transformer l’hôpital fort par une équipe médicale multidisciplinaire et compétente en une infrastructure des plus modernes et des plus développées d’Afrique.

Le cheval de bataille de la nouvelle politique a été indéniablement la gouvernance hospitalière. Le défi était d’introduire un model de management qui puisse apporter une solution à la dualité entre la logique médicale (qui s’oriente patient et moyens à mettre à disposition pour assurer la sécurité médicale) et la logique du gestionnaire qui doit s’assurer de l’équilibre de la structure et de sa «santé» économique. Rappelons que l’un des principaux reproches faits à notre système de santé est que les infrastructures hospitalières- publiques ou privées -sont toutes gérées par des médecins, qui manquent très souvent d’expérience managériale. C’est ainsi que la Fondation a réussi à apporter une nouvelle vision de gestion des hôpitaux, en transformant la philosophie managériale d’une logique de moyens à une logique de qualité/productivité.

L’autre défi fut celui du développement de l’activité au Maroc et à l’étranger. Fort d’un plateau technique des plus complets en Afrique, et une politique de modernisation des installations, l’Hôpital Cheikh Zaïd a développé une réputation qui dépasse nos frontières. C’est ce qui lui permettra de signer d’importantes conventions avec par exemple la Caisse de Sécurité Sociale des Français à l’Etranger, permettant aux résidants français du Maroc de bénéficier d’un certain nombre de services. Un accord a aussi été signé avec SOS International, pour recevoir des patients de diverses origines: Sénégal, Mali, Niger, Guinée, Burkina Faso, Côte d’Ivoire etc., mais aussi de l’Union européenne. Aujourd’hui, selon le directeur général de l’Hôpital Cheikh Zaid, le Professeur Amine Hassani, «la clientèle étrangère représente 7% de notre chiffre d’affaires, et nous œuvrons pour contribuer à améliorer ce taux».

En 2008, une seconde poussée organisationnelle a permis à l’Hôpital Cheikh Zaïd d’atteindre le cap de la performance en mettant en place une organisation orientée «structure process». En standardisant les processus, et en transcrivant les pratiques et procédures, en renouvelant son système d’information hospitalier (SIH) et en créant de nouveaux services et comités transverses pour faciliter le partage d’information entre les différents pôles de l’hôpital.

Une fondation qui réinvestit dans l’action sociale

C’est ainsi que les indicateurs de performance de l’HCZ se sont nettement améliorés d’année en année. Son chiffre d’affaires est passé de 31,5 millions de dirhams en 2003 à 272,5 millions en 2012, soit une croissance annuelle moyenne de 31%. Selon le Professeur Hassani, l’Hôpital génère 40 millions de dirhams par an, qui sont entièrement réinvestis dans le développement des infrastructures. Là non plus pas de surprise car ce sont les statuts de la Fondation qui l’exige. Le cumul de fonds propres générés, ces dernières années, a poussé la Fondation à envisager des projets à caractère humain très ambitieux. Dans ce sens, et par autofinancement, l’HCZ a réalisé une extension de l’Hôpital avec un centre d’oncologie, une plateforme d’urgence, un centre de diagnostic de 40 salles, de nouveaux services hospitaliers d’une capacité de 90 lits supplémentaires, et un centre de formation. Pour un montant de 300 millions de dirhams, tous ces investissements sont opérationnels depuis décembre dernier.

La Fondation a créé un pôle social qui offrira des soins gratuits aux populations défavorisées dans les régions du Royaume les plus enclavées. Pour ce faire, près de 15 millions de dirhams ont été investis dans des unités médicales mobiles entièrement équipées qui réaliseront leur première campagne dès juin prochain. Une démarche ciblée et planifiée, réalisée en partenariat avec des partenaires privés, publics mais aussi des associations, qui permettront à la Fondation de contribuer davantage à la vision nationale de développement humain.

Par ailleurs, la Fondation prévoit la création sur un terrain de trois hectares d’une université pour l’enseignement des sciences de la santé pour répondre à des besoins en enseignements des sciences et techniques pour les étudiants marocains et étrangers. Pour un investissement de 200 millions de dirhams, et utilisant l’architecture pédagogique de la Faculté de Médecine de Rabat, celle-ci comprendra une faculté, un institut des sciences paramédicales et une école des techniques de la santé.

Les locaux d’enseignement (amphithéâtre et salles de cours) et les laboratoires pour les trois premières années d’enseignement sont déjà prêts. A son démarrage, attendu en septembre 2014, la Fondation prévoit de recevoir 250 étudiants.

Le modèle de gouvernance de la Fondation restera la principale marque de fabrique de son succès. Il faut dire qu’au moment où le Maroc tente de mettre en place les bases d’une industrie sanitaire ouverte au secteur privé, en faisant la promotion du partenariat public privé, l’Hôpital Cheikh Zaïd est un modèle unique, qui mérite une attention particulière.

Au-delà de son statut juridique, la Fondation Cheikh Zaïd est une manière de répondre aux contraintes économiques auxquelles pourraient faire face un investisseur privé qui a des contraintes de rentabilité. Rappelons que le partenariat public-privé dans la santé requiert un modèle économico-financier que même les pays les plus développés n’ont pas pu maîtriser.

L’absence de tout intérêt à but lucratif lui confère donc un rôle spécial dans le paysage sanitaire. Sa particularité est qu’il jouie d’une gouvernance privée, combinée à une attention humaniste digne d’un service public. Dans un contexte de réforme, la Fondation Cheikh Zaïd est un véritable laboratoire où des investisseurs privés ont confirmé qu’en introduisant un service hospitalier payant et de qualité, les citoyens répondent présent.

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