Reda Dalil

«HograCasablanca»

10/2016 • à la une, EditoCommentaires fermés sur «HograCasablanca»0

Pour expliquer le choix de «WeCasablanca», ses commanditaires ont dit vouloir: «développer l’attractivité de la ville et renforcer son sentiment d’appartenance». Faux, ce slogan n’a en rien renforcé le sentiment d’appartenance des Casaouis. Il a, toutefois, démontré à quel point ceux-ci vibraient d’un sentiment d’attachement insoupçonnable pour leur ville. Ce lien viscéral peut en étonner plus d’un. De fait, Casablanca, métropole hybride à l’urbanisme débridé, au développement anarchique et brouillon, grevée par la saleté et l’insécurité, en délabrement permanent, n’est pas le genre de havre pour lequel on se prend d’affection. Et pourtant, le désormais fameux «Wecasablanca» a fait exploser le chauvinisme des Casaouis, étreints par un vil sentiment de Hogra, blessés que l’on puisse décider pour eux de la manière dont on «vend» l’image de leur ville. Le slogan/logo en lui-même n’est pas en cause, même si la simplicité des couleurs, du design et ce « We » en préfixe, qui se dresse comme un cheveu sur la soupe, peuvent paraître faciles. Certains aimeront, d’autres pas. Là n’est pas la question. Pour justifier le choix de cette signature visuelle, le DG de la SDL Casa Events et Animations Mohamed Jouahri a parlé de Marketing territorial. Mais que signifie ce néo-concept à la mode? Ouvrons le dictionnaire. « On peut définir le marketing territorial comme l’effort collectif de valorisation et d’adaptation des territoires à des marchés concurrentiels pour influencer, en leur faveur, le comportement des publics visés par une offre dont la valeur perçue est durablement supérieure à celles des concurrents». Que celui ou celle qui a compris cet enchaînement de mots veuille bien nous en expliquer le sens? Bref, en poursuivant la lecture, on tombe sur ceci: «Une stratégie de marketing territorial est d’autant plus efficace qu’elle mobilise les acteurs du territoire.

Elle n’est donc pas la résultante de la décision d’un seul décideur (le chef d’entreprise) mais d’un collectif d’acteurs.» Eh oui, c’est précisément ce que nos élus ont oublié de faire: Consulter les citoyens. Passe encore que la ville suinte le sous-développement, qu’elle se décompose sous l’effet d’une incompétence sidérale des élus… sur tout cela les Casaouis ferment un œil désespéré. Mais qu’on ne vienne pas confisquer leur droit à disposer de l’image de leur ville, surtout pas à 3,6 MDH (de leurs impôts) quand tout ce qu’il aurait fallu faire était de lancer une campagne de Crowdsourcing sur Internet pour dénicher des perles rares. Imaginez la fête citoyenne, l’explosion d’inventivité, l’élan passionnel auxquels nous aurions assisté si l’on avait consulté l’immense faune de créatifs qui peuple cette ville, secouée en son tréfonds par la sève d’une jeunesse créative et prête à se mobiliser pour son écrin de vie. Au lieu de cela, on est allé puiser dans un vieux répertoire de verticalité, de hiérarchie, de reflexes rouillés, propres à un monde périmé. La démarche aurait pu se comprendre dans les années 70, 80, 90, voire 2000, où l’expertise était l’apanage d’un «happy few», où l’on se contentait de signer un chèque au profit d’une agence internationale pour faire le job. Mais, en 2016!! Comment peut-on se gargariser d’innovation, de développement inclusif, de startups, d’économie de la connaissance, d’EGov, d’ubérisation d’un côté, pour refuser, de l’autre, au génie marocain de déployer toute l’étendue de son talent. Las, à ces jeunes patriotes volontaires et prêts à contribuer bénévolement, on a privilégié (cela étonne-t-il quelqu’un?) une expertise venue d’ailleurs.

Cet ailleurs que l’on nous préfère. Cet ailleurs qui décide pour nous. Cet ailleurs à tout prix et à tous les prix fusse à celui de notre dignité collective. Hogra.

 

Réda Dalil

rdalil@sp.ma

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