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«Il faut être dans l’action et la réalisation»

11/2016 • COP22, Nos supplémentsCommentaires fermés sur «Il faut être dans l’action et la réalisation»0

Championne de haut niveau du Maroc pour le climat, Hakima El Haité nous éclaire quant aux attentes et avancées du pays en faveur de l’environnement. Tour d’horizon.

Quelles sont vos attentes suite à la mise en place de la COP22?

Nous souhaitons que l’Accord de Paris, qui est un pacte de long terme pour l’action climatique, soit réellement mis en œuvre à Marrakech sur deux aspects essentiels: d’une part, que les promesses faites à Paris sur les financements et les projets concrets pour améliorer l’environnement au quotidien des populations qui souffrent de la situation climatique, soient tenues. D’autre part, que l’engagement des pays sur le long terme, basé sur des objectifs clairs concernant la baisse des émissions de CO2, devienne non seulement une réalité mais aussi que ces pays accroissent leurs ambitions. Nous sommes face à des urgences criantes en matière d’accès à l’eau, à l’énergie et de stabilité alimentaire qui demandent une feuille de route financière plus claire. Il est aussi indispensable d’investir dans l’innovation. Il n’y a plus de temps à perdre; il faut être dans l’action et la réalisation. Et pour cela, il faut consolider le lien entre les Etats, le secteur privé et la société civile. Cette confiance est indispensable pour accélérer.

Que pensez-vous des actions entreprises par le pays pour la gestion des ressources en eau et la sécurité alimentaire?

Souvenons-nous, en 1997, la ville de Marrakech accueillait déjà le tout premier conseil mondial de l’eau. Cette année, pour affirmer l’importance du sujet dans le cadre de la COP22, nous avons organisé, les 11 et 12 juillet, une rencontre internationale de l’Eau et le Climat. C’est là que 18 ministres africains en charge de l’eau du continent africain ont lancé à tous les acteurs du développement durable l’appel «Water for Africa» afin que l’eau soit considérée comme une priorité dans l’adaptation. La COP22 devra les écouter. Nous appelons tous les acteurs et tous les porteurs d’initiatives dans le secteur de l’eau à venir à la COP22 avec un programme solide. Le 9 novembre, dans le cadre de l’Agenda de l’Action, nous les réunirons pour suivre les avancées depuis Paris. Nous devons constamment rappeler aux dirigeants du monde comme à l’opinion publique que l’accès universel à une eau de qualité est un droit de l’Homme. De la même façon, nous nous mobiliserons sans répit pour la reconnaissance du fait que notre environnement relève du bien commun.

Répondent-ils aux besoins établis dans le cadre de la COP22?

Les urgences en matière d’accès à l’eau, à l’énergie et de stabilité alimentaire sont prégnantes et interpellent la communauté internationale. L’eau, le climat et le développement sont désormais reliés entre eux par l’Accord de Paris et l’Agenda 2030 et ses objectifs de développement durable, à travers des objectifs et des engagements qui doivent, à présent, être mis en œuvre; mesurés et surveillés. C’est une très bonne chose. La mention spécifique de l’eau pour la première fois dans le sixième objectif de développement durable -garantir à tous l’accès à l’eau et à l’assainissement- va, elle aussi, dans la bonne direction. L’une des meilleures façons de faire converger les questions du climat, de l’eau et de l’agenda mondial du développement serait de promouvoir une nouvelle gestion de l’eau multi-dimensionnelle, une forme de nouvelle norme internationale de bonne gouvernance en la matière, avec des indicateurs, des classements des pays, des territoires, des villes et des entreprises pour créer et maintenir une pression positive sur ce sujet vital. Il faudrait également que les partenariats publics-privés et la finance innovante s’intéressent beaucoup plus à l’eau et à l’assainissement, car ces sujets cruciaux affectent quotidiennement des milliards de personnes, en particulier dans les zones rurales et péri-urbaines.

Dans sa contribution nationale, le Maroc a entrepris plusieurs actions pour faire face au changement climatique, quelles sont-elles?

Depuis 2009, sa Majesté le Roi Mohammed VI a engagé notre pays dans la voie d’un développement économique durable et d’une transformation énergétique globale qui lui vaut une reconnaissance de son leadership en la matière sur le continent africain et au-delà. Nous avons ainsi ouvert la plus grande centrale solaire au monde à Ouarzazate. Notre pays entend montrer au monde entier que, même dans une région aussi vulnérable au réchauffement climatique, il est possible de s’adapter à son environnement, notamment par la mise en place d’un important programme de développement des énergies renouvelables. Nos ambitions dans ce domaine ne cessent de progresser. Sa Majesté le Roi a ainsi décidé de rehausser la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique de 42% en 2020 à 52% en 2030.

Et pour le financement?

En matière d’adaptation, le Maroc a déjà déployé des efforts importants. Historiquement, sur la période 2005-2010, le Royaume a consacré 64% des dépenses climatiques du pays à l’adaptation, ce qui équivaut a 9% de ses dépenses globales d’investissement. La part considérable du budget national d’investissement dédiée à l’adaptation montre l’ampleur des enjeux qu’elle représente pour la sociétéì marocaine. Cet effort est appelé à augmenter dans les années et décennies à venir. Dans sa contribution nationale, comme vous le savez, le Maroc s’est engagé à réduire ses émissions de GES en 2030 de 32% par rapport aux émissions projetées pour la même année, selon un scénario «cours normal des affaires». Cet objectif correspond à une réduction cumulée de 401 Mt-CO2 sur la période 2020-2030. Dans sa contribution, le Maroc précise qu’il lui faudra faire pour atteindre cette ambition un investissement global de l’ordre de 45 milliards de dollars américains, dont 35 milliards sont conditionnés par un appui international grâce aux nouveaux mécanismes de la finance climat, dont le Fonds Vert pour Climat.

Sur un autre volet, comment la société civile s’est-elle préparée pour accueillir la COP22?

Nous ne le dirons jamais assez. Les changements climatiques concernent l’être humain dans sa globalité. La société civile a pris une place très importante dans la lutte contre le réchauffement climatique. Elle est en particulier très engagée dans l’Agenda de l’Action dont j’ai la charge en tant que Championne de Haut niveau pour le Climat avec Laurence Tubiana, ambassadrice de France en charge des négociations climatiques. Notre rôle est en effet de rapprocher les acteurs du monde réel de celui de la diplomatie climatique pour qu’ensemble ils génèrent des résultats plus rapides sur le terrain. Dans le cadre de la COP de l’Action à Marrakech, nous accueillerons du 8 au 17 novembre de nombreux rendez-vous sectoriels sur les forêts, l’industrie, l’agriculture et la sécurité alimentaire, l’eau, les océans, les transports, l’énergie, les villes et la construction durable ainsi que sur l’innovation des représentants des villes, des entreprises, mais aussi des artistes qui viendront dire leurs engagements et leurs attentes. La COP22 sera la COP de tous et de toutes.

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