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Jeunesse paumée ?

10/2018 • Ghassan W. El Karmouni, Point de vueCommentaires fermés sur Jeunesse paumée ?0

Partout dans le monde, la jeunesse est connue pour son activisme et sa quête de renouveau. Chercher à discipliner cette catégorie d’âge, que ce soit par le service militaire, la cooptation ou la coercition, est aussi illusoire que de chercher à empêcher l’évolution d’une société. Le Maroc a connu beaucoup d’organisations de jeunesse permettant de structurer les revendications ou de canaliser le dialogue avec les autorités, comme c’était le cas de l’Union des Etudiants du Maroc (UNEM), des jeunesses ouvrières de l’UMT, des jeunesses des partis politiques notamment de gauche et dans une moindre mesure de l’Association des diplômés chômeurs jusqu’au début des années 2000. C’était aussi des lieux de socialisation et d’apprentissage des lois, des institutions, des rapports de force, de la négociation, et le terreau de formation de beaucoup de cadres. Et nombreux parmi eux occupent encore des postes de décision ou de conseil. Paradoxalement, après que tout a été fait pour disloquer des organisations de jeunes fortes et autonomes, on parle de plus en plus de vide politique, d’une dépolitisation de la jeunesse, de jeunes paumés, etc. Ce qui est faux. Les mouvements sociaux, culturels, de tifosi et autres hiraks sont les derniers avatars d’une longue tradition d’organisations de masse. Ils sont pourtant, encore une fois, suspectés d’être des fauteurs de trouble et criminalisés. Ce qui ne fait que creuser le fossé entre l’Etat et la jeunesse comme dans un éternel recommencement. La politique, tout comme la nature, a horreur du vide. Elle générera ses propres formes d’organisation et ses structures dépendamment de l’environnement général. Autant favoriser un environnement propice à l’apaisement… 

Ghassan Waïl  El Karmouni
gelkarmouni@sp.ma

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