Lahlimi Ahmed

«La complexification des exportations est cruciale»

04/2018 • EconomieCommentaires fermés sur «La complexification des exportations est cruciale»0

Se basant sur un modèle développé par des chercheurs d’Harvard, le HCP a mis le doigt sur un facteur de blocage de l’offre exportable nationale. L’écueil se situerait dans la faible complexité des capabilités marocaines. Ahmed Lahlimi Alami a accepté de nous en dire plus.

Le modèle d’Harvard révise et modernise le modèle de l’avantage comparatif de Ricardo. Quels sont ses points forts?
Ce modèle se base sur le concept de la complexité économique d’un produit mesurée à l’aune des capabilités cumulées dans la logique de sa valorisation. Deux conclusions ressortent d’une analyse des produits échangés à l’échelle mondiale. La première montre que la marge de diversification des exportations d’un pays est tributaire de sa capacité, en termes de capabilités, à élaborer des produits similaires ou proches de ceux qu’il exporte et pour lesquels il bénéficie d’avantages comparatifs révélés. De ce fait, les produits requérant des capabilités similaires sont susceptibles d’être exportés ensemble. Aussi, chaque pays devrait, en premier lieu, déceler dans son tissu productif le potentiel endogène de création de ce type de produits. La deuxième conclusion est que les produits diffèrent par le nombre de capabilités que requiert leur élaboration, tandis que les pays, eux, diffèrent par le nombre de capabilités qui sont présentes dans leur territoire. C’est pour cela que les économies les plus complexes sont souvent les plus diversifiées.

Pourquoi ce choix de l’appliquer à l’économie marocaine?
Cette étude permet d’analyser la réalité de l’offre exportable de notre pays, ainsi que le potentiel de diversification que recèlent les différentes branches d’activité de son économie sous l’angle en particulier des produits proches de ceux pour lesquels elle a un avantage comparatif révélé. A partir de là se dégagent les gains d’opportunités qui s’offrent à chacune de ces branches, pour élargir sa capacité de production de nouveaux produits, aujourd’hui latents mais accessibles à l’exportation, si les capabilités disponibles sont mieux exploitées. Cette démarche présente l’avantage d’ouvrir, à côté de ces nouvelles pistes de diversification de nos exportations, des critères de la priorisation que ces pistes pourraient s’assigner à cet effet.

Hormis le textile, quelles sont les autres industries dont le potentiel de complexification est facile et rapide?
Plusieurs branches d’activités sont en mesure d’augmenter notre complexité économique, en particulier celles de l’industrie de fabrication des machines et équipements, l’industrie  chimique, le travail des métaux, l’industrie alimentaire, l’agriculture et bien d’autres.

Seulement 1% des entreprises marocaines exportent, qu’est-ce qui explique cette situation?
La faible complexité de notre économie est, dans une large mesure, synonyme d’une faible accumulation des capabilités cumulées et d’une diversification insuffisante des exportateurs pour gagner plus de parts de marché pour plus de compétitivité

La complexification permettra de générer davantage d’emploi?
Plus de complexité de l’économie veut dire aussi plus d’opportunités de diversification et donc d’emploi puisqu’elle est basée sur l’accumulation des capabilités et donc du savoir-faire. De plus, les effets en amont et en aval des activités économiques seront plus forts, ce qui va augmenter le contenu de la croissance en emploi et en particulier l’emploi qualifié.

Sara Bar-rhout
sbarrhout@sp.ma

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