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L’appel de Caixabank

04/2018 • Entreprise, EntrepriseCommentaires fermés sur L’appel de Caixabank0

Ecrasée par le poids intimidant des mastodontes français et nationaux, la petite banque espagnole joue des coudes pour se faire une place sous le soleil marocain. Il faudra pour cela que les opérateurs ibériques accélèrent leur cadence d’IDE. Ce qui n’est pas gagné!

Si à première vue, les relations d’affaires maroco-espagnoles semblent traverser un âge d’or avec 13 milliards d’euros d’échanges commerciaux en 2017, en réalité nos voisins nordiques n’investissent pas tant que ça dans notre pays. Loin derrière les Français qui pèsent 49% des IDE totaux, les Espagnols ont vu leur poids dans les capitaux étrangers investis chez nous fondre comme neige au soleil, passant de 21% à 5% entre 2008 et 2015. Ce paradoxe pour un pays si proche culturellement et géographiquement a le chic d’horripiler Ignacio Pino, Country Manager de CaixaBank Maroc, succursale du groupe financier éponyme. Ce dernier ne s’explique pas que les grands groupes espagnols s’évertuent à bouder le royaume, ce pays «regorgeant d’opportunités». «L’Espagne, confie Pino à EE, a besoin du Maroc, à la fois parce que c’est un marché à fort potentiel et parce que c’est une porte d’entrée pour l’Afrique. Le Maroc a besoin de l’Espagne en tant que partenaire face à l’Union européenne et comme un pont pour les relations avec les pays hispano-américains». En 2017, les deux pays ont fait un effort important pour consolider les bases permettant à cette relation de continuer à prospérer. CaixaBank en a pris sa part, en inaugurant «Le Cercle», un espace de rencontre faisant dialoguer les entreprises et institutions des deux pays, à travers des conférences, panels d’experts, tables rondes, etc.

Un jour, ils viendront!
«L’Espagne compte un bon nombre d’entreprises spécialisées dans les énergies renouvelables et certaines d’entre elles sont bien placées pour investir au Maroc», soutient le Country Manager de CaixaBank Maroc qui rappelle que Ouarzazate 1, le plus grand parc solaire thermique d’Afrique, a été construit et mis en service par trois entreprises espagnoles, Acciona, Sener et TSK. CaixaBank a justement eu un rôle important d’accompagnateur financier de ce projet. L’expérience des opérateurs espagnols dans les énergies renouvelables est donc un atout sur lequel le Maroc peut s’appuyer. Or, pour l’instant la cadence d’investissement est millimétrique. «Environ 800 entreprises espagnoles ont déjà consenti des investissements directs au Maroc, mais il s’agit pour la plupart d’entre elles de petites et moyennes entreprises opérant principalement dans le nord du pays», avance-t-il. Que fait la Caixabank pour inverser cette tendance? «Nous sommes particulièrement spécialisés dans l’accompagnement des entreprises espagnoles qui entreprennent un processus d’internationalisation et des entreprises marocaines ayant des intérêts en Espagne, nous pensons que c’est notre positionnement naturel», répond Pino. Suffisant pour faire clignoter le Maroc dans les radars des entreprises de l’Ibex 35? Pas sûr! En tous cas, faute de pouvoir influer sur une décision d’investissement, depuis 2009, date de son implantation au Maroc, Caixabank propose une panoplie de services financiers au profit d’acteurs espagnols déjà implantés ou en cours de démarrage d’activité. Résultat: une croissance de 100% en 2017 et une position de leader dans l’émission de garanties pour les entreprises espagnoles ayant des projets au Maroc. Malgré un réseau commercial composé de trois agences seulement, «CaixaBank Maroc a doublé son CA cette année, notamment grâce au soutien des PME espagnoles dans les secteurs de l’agroalimentaire, de la construction, de la logistique et de la distribution», se réjouit Ignacio Pino. Cerise sur le gâteau, la petite banque ibérique a même décroché un prêt de la Berd d’un montant de 217 millions de dirhams dédié aux PME. Reste que malgré son activisme et le militantisme économique de son DG, la Caixabank ne dispose pas vraiment de leviers d’attraction d’IDE majeurs. «On sait que les blue chips de la péninsule observent très attentivement les réformes économiques marocaines et sont à l’affût de bonnes opportunités, se rassure Pino, c’est un autre signe que tôt ou tard, les investissements espagnols au Maroc devraient se développer.» Vœu pieux, prophétie auto-réalisatrice ou prédiction éclairée? El tiempo dira!* (Seul le temps le dira).

Sanae Raqui
sraqui@sp.ma

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