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L’assurance à l’âge de la disruption

05/2018 • EconomieCommentaires fermés sur L’assurance à l’âge de la disruption0

Les Insurtech bousculent les pratiques en assurance. Les opérateurs marocains ne veulent pas rater le train en marche et comptent se disrupter eux-mêmes.

Intelligence artificielle, algorithmes de placements, voitures autoguidées… le monde n’est plus à une révolution près. Or d’après Bernard Spitz, président de la Fédération française de l’assurance, «lorsque le monde change, l’assurance change». Au royaume, pour ne pas rater le coche, la Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance (FMSAR) a inscrit son rendez-vous annuel à l’heure de la disruption. Son président, Hassan Bensaleh, estime qu’il y a une place à prendre dans cette disruption et que «si nous opérateurs ne la prenons pas, d’autres le feront à notre place». Une façon d’acter ce que le secteur semble avoir compris, à savoir que les Insurtech envahissent de plus en plus la scène assurantielle, changeant radicalement la manière d’opérer.
Deux tendances récentes émergent: les voitures autonomes et la médecine basée sur les nanotechnologies. Ces innovations imposent à elles seules une nouvelle logique en matière d’assurance et d’assistance. Et c’est tout le modèle économique des assureurs qui pourrait en être impacté. Transfert d’images d’accident ou de dégâts par blockchain, roboadvisors pour la gestion des actifs d’assurance-vie, voilà quelques exemples de technologie appliquée à l’assurance. Inga Beal, CEO de Lloyd’s, relativise tout de même cette hégémonie en soulignant que «cette disruption ne menace pas toute l’assurance. Les Insurtech n’ont pas pu disrupter toute la chaine de valeur. Ce n’est ni évident, ni possible. De plus, ces startups ont un délai de survie très limité. Si elles ne réussissent pas en 18 mois, elles disparaissent».

Test & learn au Maroc
Au Maroc, on en est encore loin. Suite à une enquête menée par Eurogroup Maroc, son directeur associé Taoufik Megzari précise qu’«à ce stade, il n’y aura pas de bouleversement des usages. Les assureurs lancent des initiatives en mode test & learn et restent alertes par rapport à des innovations qui pourraient déstabiliser leur marché». L’enquête en question révèle que «2/3 des assureurs marocains pensent qu’ils seront disruptés». Quant à l’origine de cette disruption, Taoufik Megzari cite les assureurs eux-mêmes. A travers leur connaissance du marché et leur capacité d’innovation, les assureurs internationaux avec de forts atouts technologiques et enfin de nouveaux acteurs agiles pourraient  contourner les barrières règlementaires à l’entrée et proposer un modèle plus agile, plus segmenté et moins coûteux. Dans l’immédiat, les décideurs de l’assurance veulent adresser trois problématiques, l’amélioration de la qualité de service client, l’amélioration de la performance managériale et enfin le développement d’une culture et d’une stratégie d’innovation.

Pas de révolution
Rejoignant les sondés, Bachir Baddou, directeur général de la FMSAR, a précisé à Economie Entreprises que «ces changements apportés par la technologie ne vont pas révolutionner l’assurance, ils vont transformer nos manières de travailler et de concevoir nos services. C’est normal, nous devons utiliser ces technologies, elles s’imposent à nous». Ces avancées vont toutefois chambouler la vie des intermédiaires d’assurance, dont Baddou estime qu’ils devront utiliser les canaux digitaux et repenser leur manière de travailler pour la recentrer autour du conseil, assure le directeur général. Néanmoins, tant que le texte de loi permettant la vente en ligne des contrats d’assurance n’aura pas vu le jour, le métier d’intermédiation sera sauvegardé.

Sara Bar-rhout
sbar-rhout@sp.ma

 

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