Point de vue Ghassana elkarmouni - Alhouceima

Le copier-coller ne prend plus !

06/2017 • Ghassan W. El Karmouni, Point de vueCommentaires fermés sur Le copier-coller ne prend plus !0

La situation actuelle dans le Rif central est en train d’exploser. Et ce n’est pas la dernière visite officielle du quartier Hassan de Rabat à Al Hoceima qui va changer la donne, encore moins la répression des manifestations ou l’arrestation des activistes. Le problème est beaucoup plus complexe. Bien sûr l’image des ministres et autres hauts fonctionnaires avec leurs bagages descendant de l’avion et la mise en scène d’une visite de terrain dans les rues calmes de la ville peut être considérée comme positive d’un exécutif qui cherche à montrer qu’il est proche des attentes des citoyens.

Mais les problématiques sont loin de cette image. Encore plus loin qu’une rencontre avec les «représentants» institutionnels, associations, syndicats et autres politiciens de la région qui ne sont pas partie prenante de la contestation, surtout si quelques jours après  des scènes de courses poursuite nocturnes dans la ville blanche et ses environs largement diffusés sur les réseaux sociaux. Il s’agit en fait, d’un défi lancé par la rue à la pertinence des politiques de développement locales formatées à partir du ministère de l’Intérieur et de sa puissante Direction générale des collectivités locales (DGCL). Le plan présenté devant le roi en 2015 est, le moins qu’on puisse dire, bancal, et tout le monde le sait. Il vise certes le rattrapage de la région qui depuis près de 60 ans a été marginalisée dans les politiques publiques, mais il reproduit un péché originel: celui de calquer tout modèle de développement local sur les réalités de Rabat et de Casablanca sans réelle prise en considération des spécificités locales. Les attentes des habitants d’Al Hoceima, de Sidi Ifni ou de Bouarfa ne sont pas les mêmes que cherchent les investisseurs de Casablanca, Abou Dhabi ou Londres. Ce n’est pas en créant des marinas, corniches ou places dallées qu’on rend tous les territoires attractifs. Ils doivent d’abord être attractifs pour les investisseurs locaux qui seront à même d’adapter leurs offres à une population locale pérenne. Le copier-coller de modèle n’est bon pour personne. Et ce n’est pas en pensant faire plaisir à untel ou un autre qu’on va stimuler l’attraction d’un territoire.

D’ailleurs, combien d’expériences de ce modèle dubaiote ont-elle marché au Maroc? Les 15 ans de fiascos du plan Azure n’ont-ils pas suffi pour arrêter l’hémorragie de la dépense publique improductive? Marrakech ou Agadir, villes phares du tourisme national, ne se plaignent-elles pas des défaillances de ce modèle exogène financiarisé à outrance? Ne parlons même pas de Lixus, Oued Chbika ou Saidia. Ce dont il s’agit encore une fois à Al Hoceima (comme dans d’autres régions du Maroc) c’est de l’absence d’une réelle démocratie participative à même d’imposer les choix des populations locales, avec leurs défauts certes, mais qui, du moins, affectent les budgets aux priorités ressenties par les gens.

Mais, pour cela, encore faut-il avoir une vraie régionalisation et une démocratie représentative générant des élites locales redevables à leurs électeurs. Non pas un système fermé où les représentants «du peuple» sont complètement déconnectés de leurs bases sociales et n’ayant aucun contrats qui les y relient. Ce faisant, dès qu’il y a crise c’est le centre (le plus souvent via le ministère de l’Intérieur) qui tente de reprendre les choses en main avec la même vision sécuritaire et paternaliste qui infantilise les parties en présence. Et qui, surtout, fait perdre beaucoup de temps et de moyens avec le risque avéré que cela dégénère…

GHASSAN W. EL KARMOUNI
gelkarmouni@sp.ma

Les commentaires sont fermés