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Le Maroc ou le système ?

07/2017 • Hassan Alaoui, Point de vueCommentaires fermés sur Le Maroc ou le système ?74094

Depuis l’éclatement de la crise d’Al Hoceima, le Maroc s’est installé sous une serre d’inquiétude et de méfiance. Une situation qui bouillonne depuis 10 mois maintenant et qui inquiète fortement observateurs et citoyens. Eu égard à l’histoire mythifiée de la région et surtout à la teneur des revendications des manifestants qui sont, somme toute, légitimes, le mouvement social du Rif est à prendre très au sérieux.
Les évènements d’Al Hoceima ont eu l’effet d’une claque à la fois pour les Marocains et pour l’Etat. Tout le monde a pris conscience que le malaise social de cette petite ville de 50.000 habitants pouvait être partagé aux quatre coins du Royaume. S’il n’est pas traité en profondeur, ce mal lancinant risque de constituer un danger imminent pour notre pays.
Fallait-il attendre que quelques milliers de citoyens se manifestent pour prendre conscience que le Maroc repose sur des bases fragiles? Le 20 février n’était-il pas un premier signal fort de cette fragilité? Pourquoi ne pas avoir accordé un minimum d’intérêt à ces dizaines de journalistes qui ont osé poser les bonnes questions durant la dernière décennie, au point de mettre en péril leur quotidien?
Même si, à travers une intervention royale, qui ne saurait tarder, le Maroc arrive à rétablir la confiance dans le Rif, des questions de fond persisteront sur l’avenir du pays: quelles solutions durables pour assurer la stabilité du Maroc? Comment repenser le modèle de développement afin que cette dynamique de façade profite aux citoyens de toute classe sociale? Comment rétablir la crédibilité de l’élite politique? Et, enfin, comment protéger la Monarchie de ce genre de manifestations? N’oublions pas que le Roi, qui était l’ultime recours du peuple, ces 18 dernières années, en est désormais devenu le seul.
Il faut dire que pour le citoyen lambda, la situation est compliquée à saisir. Il voit autour de lui un Maroc qui se modernise, qui se construit à vitesse grand V, tandis qu’en parallèle, sa situation personnelle non seulement stagne, mais a tendance à régresser par principe d’inertie. Même l’Etat, qui est censé lui garantir des services universels de base comme l’éducation et la santé, a démissionné de ses fonctions régaliennes.
Il entend des discours forts prononcés par la plus haute autorité de l’Etat et pourtant, dans son environnement immédiat, c’est tout à fait le contraire qu’il voit se produire. La corruption et la bureaucratie continuent à faire des ravages, les élus auxquels il a accordé sa confiance ne portent plus sa voix et les partis politiques qui le représentent ne jouissent ni d’autorité ni de légitimité.
Le Maroc d’aujourd’hui est un chantier à ciel ouvert, et je ne parle pas d’infrastructures. Dans ce registre, le royaume a consenti un effort considérable. Routes, portes et tramways font désormais partie intégrante du paysage. Or, en matière de capital immatériel, d’éducation, de santé, de justice indépendante, nous continuons à être à la traîne. Le rapport de la Banque mondiale semble, à ce titre, être tombé à pic pour accompagner le pays dans la remise en question de son paradigme de développement. Je dirai que c’est l’ADN même du Maroc qui doit être repensé pour donner à notre pays toutes les chances de surmonter ses nombreux défis.
L’heure du bilan a sonné. Et s’il est évident que la Monarchie n’est pas sujette à un bilan, je dirai que le temps de la remise en question est venu. Chacune des institutions de notre pays doit être à la hauteur de l’enjeu du moment et procéder, enfin, à sa mue. In fine, une question fondamentale se pose à nous: voulons nous sauver le système ou voulons-nous sauver le Maroc? La réponse est évidente, c’est de notre Maroc qu’il s’agit, et en sauvant le Maroc nous sauvons toutes les institutions qu’il incarne.

Hassan M.Aloui
halaoui@sp.ma

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