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Le Maroc, un long fleuve tranquille

04/2018 • Hassan Alaoui, Point de vueCommentaires fermés sur Le Maroc, un long fleuve tranquille97883

Ces derniers mois, tout le monde ne parle que des absences fréquentes et prolongées du Roi à l’étranger. Il est vrai que dans certains cas, les circonstances sont atténuantes, et là j’en profite pour souhaiter à Sa Majesté une santé de fer pour continuer à se tenir au chevet du Maroc. Mais il faut reconnaître que ces derniers mois, le Roi a passé plus de temps à l’étranger que dans son pays.
A partir de là, les supputations et les théories ont fusé dans tous les sens, aggravées par cette fourmilière que sont les réseaux sociaux, qui créent une véritable cacophonie au niveau de l’image institutionnelle de la Monarchie. Je vous épargne les détails, mais il est important de souligner cet excès d’exposition du Souverain sur les plateformes communautaires, surtout qu’il n’apporte rien de concret aux défis quotidiens du pays, bien au contraire.
Et si on prenait le contrepied de tout ce qui se murmure aujourd’hui dans les salons et les cafés et qui alimente une inquiétude générale chez les Marocains. Et si on prêchait le faux pour avoir le vrai? Et si derrière les absences répétées du Souverain, il y avait un plan savamment préparé par l’Etat profond et qui cache un objectif allant dans l’intérêt de la nation?
Posons-nous LA question. Quel est l’impact de l’absence du Roi sur le quotidien du pays? A première vue, aucun. L’Administration tourne et délivre les documents aux citoyens; la police assure avec brio la sécurité publique; la banque centrale joue son rôle de garant des équilibres monétaires et nos tribunaux fonctionnent normalement…
Même les gros dossiers historiquement gérés en direct par le Palais avancent correctement. Regardez par exemple la gestion du dossier Morocco 2026 ou encore la manière dont le gouvernement gère avec un gant de velours les émeutes de Jerada et Al Hoceima.
Fin mars dernier, le Chef du Gouvernement adressait une injonction sévère à toutes les parties concernées par les projets de l’Agence pour l’aménagement de la vallée du Bouregreg. Qui aurait pensé il y a quelques années à peine que le gouvernement pourrait un jour mettre son nez dans un projet royal?
Il faut l’admettre, le profil du Chef du Gouvernement est pour beaucoup dans cette phase tampon. Il est consensuel, fuit la polémique, évite les déclarations chocs, et de ce fait, peut paraître transparent voire même soporifique (…) On a même l’impression qu’il a contaminé une opposition aux abonnés absents. Rassurez-vous, tout cela n’est pas un hasard. Saâdeddine El Othmani semble être taillé pile-poil pour cette période, qui est un prélude à quelque chose de bien plus important à l’échelle de notre pays. Sommes-nous en train d’assister à un ajustement des équilibres institutionnels et, partant, à la mise en place des conditions d’un nouveau pacte de gouvernance?
N’oublions pas que le Maroc est un pays en développement. Et ce n’est aucunement le rythme imprimé par ce Chef du Gouvernement qui lui assurera une croissance à même de répondre aux attentes de la société, tout en résorbant son endettement. Notre pays a besoin de bien plus que d’expédier les affaires courantes. Il nécessite de véritables chocs de croissance capables de combler ce gouffre qui se creuse sous nos pieds.
Les absences répétées et volontaires du Souverain ces dernières années ne peuvent être qu’un signal envoyé aux forces vives de notre pays. Objectif: les encourager à prendre leur destin en main. C’est à la fois une véritable opportunité et la quintessence même de la Constitution de 2011 qui peine jusqu’ici à creuser son sillon.
Mais si l’on devait se référer à l’architecture institutionnelle du Maroc, la Monarchie reste un acteur central. Et plus que jamais, afin d’éviter que le Maroc ne s’enfonce dans une croissance molle qui serait synonyme d’inertie, il a besoin de déclics fréquents que seul le Roi est en mesure d’initier.

Hassan M.Alaoui
halaoui@sp.ma

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