Le sauvetage du système financier et la croissance réelle

06/2013 • Abdelaziz Enasri, Point de vueCommentaire (0)0

«L’austérité n’a pas permis de faire baisser le niveau de la dette des pays de l’Union européenne qui se situe, aujourd’hui, à 90,6%, un niveau jamais atteint auparavant»


Le mois de mai fut marqué par deux nouvelles contradictoires: la première est que la zone euro est plus proche de la récession que la reprise: le PIB français a stagné en 2012 et reculé de 0,2% au premier trimestre et l’Allemagne n’est pas à l’abri puisque les destins des deux économies européennes se rapprochent. Le deuxième fait marquant est la reprise des principaux boursiers et la tendance des marchés actions en zone euro et outre-Atlantique alimente déjà les débats et les risques d’une nouvelle bulle sont bien là. L’abondance de liquidités injectées par les banques centrales et les Etats pour sauver les banques est la principale source de cette contradiction. En 2007, la crise financière internationale a incité les Etats a sauver les systèmes bancaires et financiers en injectant des liquidités qui se comptent par milliards. Certes, les produits dérivés et structurés prenant comme sous-jacent des prêts immobiliers (titrisation) et offrant des rémunérations attrayantes ont été vendus en masse à des investisseurs institutionnels et par ricochet ont accéléré la chute des marchés incitant les Etats à intervenir sans pour autant calculer les conséquences de ce sauvetage rapide et sans imposer des réformes profondes qui permettent une protection à long terme de l’épargne des ménages. Le principe de base de l’efficience et de la perfection des marchés financiers devait normalement imposer que le système se régule lui-même dans le temps sans intervention externe. Le principe a été pour les hommes politiques effrayés par la complexité du système financier de dire: on sauve d’abord et on réforme après. Mais à travers cette action et la concentration des efforts sur le sauvetage du système financier, les Etats ont laissé la crise économique et de croissances s’aggraver et leurs déficits publics atteindraient des niveaux élevés selon les normes imposées par le FMI. A partir de 2010, les plans d’austérité se sont multipliés, les agences de notation ont commencé à dégrader les notations des pays et les marchés ont augmenté leurs primes de risque et prêtent aux Etats et/ou entreprises avec des taux très élevés et ce, bien que la liquidité ne manquait pas sur les marchés (les Etats et les banques centrales ont injecté à coups de milliards d’euros et de USD).  Des liquidités que le système financier et bancaire a pu obtenir dans le cadre d’une politique de baisse des taux d’intérêt appliqués par la majorité des banques centrales. Ce qui a permis aux banques et aux marchés de faire des profits profitant d’une marge d’intérêt intéressante. Et pour continuer à pouvoir accéder aux financements sur les marchés des taux d’intérêt avantageux, les Etats sont obligés de mener des plans d’austérité pour ramener les déficits publics à des niveaux inférieurs à 3% du PIB. Comme souligné par l’économiste, prix Nobel d’économie 2001, le professeur Joseph Stiglitz, dans son livre le triomphe de la cupidité, les banques et le système financier commencent à refaire des profits, mais nous sommes toujours en crise économique. Autrement dit, le problème fondamental n’était pas seulement un problème qui vient du secteur financier. En 2007, l’économie avait une maladie qui a été masquée par la bulle immobilière qui a permis aux gens de consommer au-delà de leurs moyens. Si on n’avait pas eu cette bulle, on aurait eu un déficit de la demande agrégée et l’économie aurait été faible. Ce constat est prouvé pour certains pays émergents. L’exemple le plus frappant est celui du Maroc: un système financier qui se comporte bien jusqu’à maintenant. «Malgré un problème de liquidité et de réserves de change qui risque d’être source de problème dans l’avenir proche», mais une économie qui s’affaiblit depuis 2009, si l’on prend en considération le critère de la demande agrégée qui subit l’effet négatif de l’aggravation du déficit commercial. Revenir à un système bancaire réparé laisse les Etats quand même avec les problèmes d’une économie faible. Renflouer les banques était nécessaire, mais pas suffisant. Et c’est là que le gouvernement d’Obama et ceux qui étaient proches du système bancaire se sont trompés. Les banques se sont très mal comportées et elles ont aggravé la crise en profitant des primes de risques élevés appliqués sur le marché de crédits. Les banques se sont rétablies mais les prêts aux petites et moyennes entreprises n’ont pas été rétablis. Là encore les analystes ne comprennent pas pourquoi entretenir encore la baisse des taux d’intérêt. En passant beaucoup de temps à s’occuper des banques, les Etats ont oublié les problèmes de fonds notamment inscrire la politique de réduction des déficits dans le temps pour qu’elle ne devient pas un facteur de retard du retour de la croissance: se débarrasser des déficits rendra l’économie plus saine est évidemment incorrect. L’austérité n’est pas la solution; cela aggravera les problèmes de croissance, car faire revenir la croissance et combattre le chômage requerra plus de dépenses d’investissement et une augmentation du déficit. Par ailleurs, l’austérité n’a pas permis de faire baisser le niveau de la dette des pays de l’Union européenne qui se situe aujourd’hui à 90,6%, un niveau jamais atteint. Récemment, Bill Gross, gérant du fonds Pimco, l’un des principaux acteurs et plus grand fonds obligataire au monde, a affirmé au Financial Times que «le Royaume-Uni et la plupart des pays européens ont commis l’erreur de croire que l’austérité, plus particulièrement la rigueur budgétaire à court terme, est la solution pour générer de la croissance réelle. Mais ce n’est pas le cas. Dépenser de l’argent public aurait créé plus de croissance. Les économies ont besoin d’énormes efforts d’investissements en infrastructure, en technologie, énergies renouvelable et en éducation. Il faut donc des programmes d’investissement créateurs d’emplois, qui aident l’économie à restructurer sa dépendance par rapport aux secteurs qui doivent être affaiblis (l’immobilier, l’industrie, la finance) et à aller vers des secteurs qui doivent être intensifiés (les services, les énergies renouvelables, la santé, l’éducation).

 

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