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Le Soft Power, un projet de règne !

02/2018 • Hassan Alaoui, Point de vueCommentaires fermés sur Le Soft Power, un projet de règne !71029

Sans doute, le débat le plus brûlant qui anime nos intellectuels et économistes, et qui polarise notre société, concerne le modèle de développement économique et social emprunté par notre pays et plus précisément l’allocation des ressources publiques et leur impact réel sur la société.
Dans leurs arguments, les experts mettent en équation un Maroc à deux vitesses, celui où un président de commune inaugure un robinet d’eau dans un petit village devant les applaudissements d’une population désœuvrée, en face d’un Etat qui investit 8 milliards de dirhams dans une station solaire qui produira de l’électricité, alors qu’à capacité égale une centrale à charbon aurait coûté cinq fois moins cher.

Ils se demandent aussi si le Maroc a bien besoin d’investir 100 millions de dollars par an dans un satellite alors que ses hôpitaux et son système d’éducation publics souffrent de graves dysfonctionnements, à même de représenter une véritable menace pour l’avenir du pays.
Ils s’interrogent sur la pertinence d’ouvrir les frontières du Royaume à plusieurs communautés étrangères qui cherchent à se faufiler vers l’Europe, alors que notre jeunesse chaque jour dans les quatre coins du pays envoie des signaux de détresse.

Malgré tous les signaux faibles émis par la société civile, auxquels on pourrait ajouter le fameux rapport de la Banque mondiale sur le capital immatériel qui a fait grincer des dents, l’Etat, par le biais de tous ses organes, continue à faire l’autiste. Cette polarité idéologique – entre un Etat qui mise presque tout sur les grands projets et une société qui a le regard rivé sur les urgences – a même créé au sein de la société une fracture qui reste invisible, grâce à la Monarchie qui réussit à aligner les intérêts des Marocains.

Ceux qui lisent entre les lignes ont compris que tous ces projets à haute visibilité ont un fil conducteur : le Soft Power. Notre pays investit dans des mégaprojets qui permettront de moderniser le pays, de changer sa perception et d’accroître son influence dans la région et dans le monde. C’est là un véritable projet de ce règne.

Si on se limite à l’analyse de l’impact de ce Soft Power, les résultats sont là. Il suffit de voir comment le Maroc est perçu aujourd’hui pour le comprendre.

Il y a quelques années, un Chef d’Etat européen était en visite à Rabat. Tard un soir, celui-ci avait demandé à son chef de cabinet de faire une visite nocturne de la ville. Emu par la transformation de la capitale, un de ses propres collaborateurs m’a rapporté qu’il avait terminé son séjour avec une toute autre image du Maroc. Et depuis ce jour, «on parle du Maroc différemment», m’a-t-il avoué.
Il y a quelques semaines, une chaîne de télévision africaine diffusait une émission sur l’entrée avortée du Maroc à la Cedeao. Le thème de l’émission, tenez-vous bien, était : «Le loup Maroc dans la bergerie Cedeao?» Il faut comprendre par loup une superpuissance économique qui veut rentrer dans une zone encore très fragile. Cette perception est à la rigueur flatteuse pour un pays qui manquait de reconnaissance il y a à peine une décennie.
Regardez comment la relation avec notre pays voisin l’Espagne s’est normalisée. La mise en exploitation de Tanger Med, la stratégie d’armement du Maroc et le lancement du satellite y sont pour quelque chose.
Et tout dernièrement, si le Maroc s’est assuré un succès diplomatique en intégrant le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine, c’est aussi grâce à notre satellite, qui est un des symboles du Soft Power national.
Mais ce décryptage est pour ceux qui ont la capacité de lire entre les lignes (…) Qu’en est-il de ces Marocains qui, incapables de décrypter ces subtilités, continuent à croire qu’ils sont les grands perdants de cette époque où le Soft Power prend le dessus sur les urgences de la société ?

Hassan M.Alaoui
halaoui@sp.ma

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