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Leçons de gouvernance du Plan Azur

03/2017 • Hassan Alaoui, Point de vueCommentaires fermés sur Leçons de gouvernance du Plan Azur150100

Depuis quelques années, les rapports de la Cour des comptes tombent comme des couperets, plein de vérités mais sans qu’aucune suite ne leurs soit donnée. Le récent rapport sur le Plan Azur m’a interpellé à plus d’un titre, car celui-ci est porteur de plusieurs messages tant politiques qu’économiques, et surtout parce que le tourisme est un secteur névralgique pour notre pays et porteur d’un véritable potentiel.

Si les fins limiers de Driss Jettou se sont penchés sur le tourisme c’est parce qu’il y a un sacré souci de mise en œuvre, un problème qui se résume en un seul chiffre: le Plan Azur tablait sur la création de 58.500 lits sur une période de 9 ans. Or le résultat n’a été que de 1.570 lits, soit un taux de réalisation de 2,7%.

Inutile de revenir sur tous les atouts du Royaume, qu’ils soient géographiques, culturels ou même culinaires. Le constat est unanime, et pour paraphraser Fathia Bennis, l’ancienne directrice générale de l’Office du Tourisme, je dirais que le Maroc est bel et bien le plus beau pays du monde.

Mais, quand je lis le rapport de la Cour des comptes, je me dis que quelque chose ne tourne pas rond dans la mise en application de la vision touristique nationale. C’est vrai que les consultants internationaux ont vendu au Royaume sur le papier des projets qui paraissent réalistes mais, sur le terrain, les gouvernements qui se sont succédés ont échoué à les concrétiser.

Lire entre les lignes du rapport de la Cour des comptes est un exercice politique périlleux, car cet organe constitutionnel est censé pointer du doigt les défaillances dans la gouvernance publique en interpellant les responsables, dont le premier est la SMIT, l’organe opérationnel du ministère du Tourisme.

L’on sait que le Plan Azur est une émanation directe de la vision royale pour le tourisme. Rappelez-vous les années 2002 à 2010 que notre magazine avait qualifiées de «10 glorieuses». Un ministère du Tourisme qui répondait directement aux orientations du Palais, qui lui-même organisait les fameuses Assises du Tourisme pendant plus de 10 ans, et que les opérateurs suivaient en grande partie parce que la Monarchie en cautionnait la vision.

Mais encore… L’actuel président de la Cour des comptes, Driss Jettou, alors Premier ministre, ratifiait toutes les conventions interministérielles publiques et privées. Autant dire que la responsabilité de l’exécution incombe aux différents ministres et gouvernements qui étaient aux affaires.

Vous l’aurez compris, la responsabilité est diffuse, et c’est, je dirais, typique de notre modèle de gouvernance qui est peu favorable par tradition à un mode de fonctionnement dual. La tradition de gouvernance est très monarchique, au sens exécutif du terme, et non celle qui sépare l’exécutif du recours à l’arbitrage. C’est bien pour cette raison que lorsqu’il y a un problème dans le dispositif de mise en œuvre, l’Etat profond balaye tout sous le tapis.

Allons plus loin dans la réflexion. Où s’arrête la responsabilité du Palais dans la stratégie nationale, et où débute celle du gouvernement et des différents ministres dans une mise en œuvre? Il est important de définir clairement cette ligne de démarcation pour donner du sens aux actions de la Cour des comptes, qui sont souvent assimilées à des communiqués de l’agence de presse officielle.

Rappelez-vous: La Vision 2010 et le Plan Azur étaient, pour les opérateurs économiques, proches des sphères du pouvoir à l’époque, comme un grand gâteau dans lequel chacun pouvait se servir. Et c’est bien là où l’Etat a «fauté». Depuis son annonce, en 2001, la stratégie touristique nationale a été hypothéquée par des ambitions de rente. Grâce à la bonne volonté du Makhzen de l’époque, tout industriel initié pouvait accéder à du foncier public et devenir promoteur immobilier «à vocation touristique», mettant à mal la vision de tout un pays. Ces terrains non bâtis font aujourd’hui la fortune matérielle de ces hommes d’affaires et sont à l’origine de l’échec du Plan Azur et de la désindustrialisation de notre économie.

Hassan M.Alaoui

halaoui@sp.ma

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