L’enseignement public a besoin d’un débat national!

10/2013 • Nawal Houti, Point de vueCommentaire (0)0

«Il fut un temps où l’enseignement privé était mal vu. C’était le refuge de ceux qui avaient échoué dans l’enseignement public !»


La période estivale 2013 était riche en événements, notamment le discours Royal du 20 août que l’on peut qualifier de révolutionnaire tant dans son contenu que dans la tonalité qu’a voulu lui donner le Souverain durant son élocution. En effet, ce jour-là, Mohammed VI n’y est pas allé par quatre chemins. Il a tapé un bon coup dans la fourmilière, faisant un diagnostic assez sévère de la situation de l’enseignement au Maroc, pointant du doigt les maux qui gangrènent depuis quelque 3 décennies ce secteur crucial pour le développement socio-économique de notre pays et auxquels pas un seul des gouvernements qui se sont succédé durant cette période n’a pu résoudre cette épineuse question. D’ailleurs le Souverain a lui-même soulevé que la discontinuité des politiques de l’enseignement adoptées par les différents gouvernements a fait que personne n’a pu apporter de véritables solutions que ce soit en matière de qualité d’enseignement, d’adaptation au marché de l’emploi ou encore plus basiquement à la cohérence de la langue d’enseignement des matières scientifiques du niveau fondamental jusqu’à l’enseignement supérieur. Suite à ce discours, les attaques ont fusé contre l’actuel gouvernement, arguant que dans son discours, le Souverain l’aurait fortement fustigé. Or, en analysant son contenu, le Souverain ne fait pas endosser la responsabilité du désastre de l’enseignement public et de la formation au gouvernement  de Benkirane, mais demande plutôt à ce dernier une plus forte réactivité qui malheureusement manque. Et dans ce sens, Mohammed VI a demandé la remise sur selle de la commission sur l’enseignement que présidait feu Meziane Belfkhih et en a donné la responsabilité à Omar Azziman. Certains ont qualifié cela de gifle pour le gouvernement Benkirane. Il s’agirait plutôt d’un coup de boost pour impulser des propositions concrètes et smart pour un secteur visiblement en mal de vision. Or qu’a-t-on constaté au lendemain du discours ? Beaucoup de règlements de comptes partisans par presse interposée, un gouvernement sourd- muet et une mesure placébo prise à la va-vite qui est celle de réenseigner les matières scientifiques en français dans certaines écoles et lycées pilotes.

Or l’heure est grave, le sujet fondamental voire sensible et il faut le reconnaître, aucun des quelques derniers gouvernements n’y a accordé l’importance qui lui revient de fait. Jamais un débat national n’a été lancé sur la question pour mettre en exergue les maux du secteur et trouver des solutions avec des mesures d’amélioration fortes ou des réformes drastiques! Pourquoi n’a-t-on jamais pensé à organiser les assises annuelles de l’enseignement comme c’est le cas pour l’Energie, le Tourisme ou encore l’Industrie. Plus, au sein même du gouvernement, les ministres actuels sont-ils vraiment à leur place ? Pourquoi Mohamed Louafa, ministre istiqlalien de l’éducation nationale, a-t-il conservé son portefeuille alors que 2 raisons auraient dû le pousser vers la sortie. D’une part la démission de l’Istiqlal de l’équipe d’Abdelilah Benkirane et de l’autre le constat d’échec de son département.

Au vu des enjeux économiques qui attendent le Maroc dans les prochaines années et des mutations mondiales, ce gouvernement et ceux qui lui succèderont ont du pain sur la planche, car il est évident que l’échec d’un système qui périclite depuis plusieurs années, ne peut se réparer en 4 ou 5 ans. Il faudra du temps, mais il suffit juste de se mettre sur les bons rails pour y arriver, auquel cas la prolifération des écoles et universités privées ira crescendo. On a vu d’ailleurs l’opportunisme de certains qui, au lendemain du discours Royal, en ont profité pour augmenter les frais scolaires. Or il fut un temps où l’enseignement privé était mal vu. C’était le refuge de ceux qui avaient échoué dans l’enseignement public ! Alors est-il encore possible de renverser cette tendance et de redorer l’image d’un secteur en mal de vision et qui jadis a tout de même produit bon nombre d’élites marocaines? «L’espoir fait vivre…

 

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