l'ors gris

Les milliards de “l’or gris”

04/2018 • EconomieCommentaires fermés sur Les milliards de “l’or gris”0

Malgré un coup de mou au niveau de la production, les industriels du ciment engrangent des marges mirifiques grâce, entre autres, à une forte optimisation des coûts. Mais pas que! Plongée dans une filière aussi profitable que concentrée.

La baisse continue du rythme de construction des logements sociaux a-t-elle affaibli les marges des cimentiers? Si l’on ajoute à cela le recul de l’auto-construction et le ralentissement des projets immobiliers de moyen standing, peut-on dire que la situation devient critique? Certes, la contre-performance enregistrée par les ventes de ciment en 2017 (-2,54%) a de quoi inquiéter. Pour autant, dans les états-majors des cimentiers, l’heure n’est pas du tout à la panique. Et pour cause, en dépit de la surcapacité de production qui prévaut depuis plusieurs années, les principaux opérateurs du secteur continuent à dégager de robustes bénéfices. 

Rentabilité certaine
Les raisons de cette santé éclatante sont multiples, à commencer par la stabilité des prix et la maîtrise des coûts. Sans oublier que le calcaire (ou roche calcaire) est une matière première disponible en abondance au Maroc, où la majorité des carrières sont exploitables à ciel ouvert. Conséquence: des marges brutes oscillant entre 40% et 50% et une rentabilité record. Pour une production annuelle de 100.000 tonnes, il faut compter un investissement de 60 MDH en moyenne, mais il est tout à fait possible de récupérer la totalité de sa mise au bout de la 3e voire la 2e année. La situation des cimentiers est d’autant plus confortable que la nature périssable du ciment et la difficulté à le transporter rendent son importation très difficile. Malgré un régime douanier favorable, les importateurs se heurtent ici à une barrière naturelle, renforcée par le fait que le ciment brut périme au bout de 3 mois et que les installations nécessaires à son transport dans des conditions optimales nécessitent un investissement de 40 millions de dollars en moyenne.

L’aubaine des prix
En 2012, un rapport du Conseil de la concurrence sur le secteur faisait ressortir une situation où domine une «logique d’oligopole» avec un prix du ciment qui n’est réglementé par aucune autorité, qui dépend largement du coût de l’énergie côté production et du coût du transport pour ce qui est de la vente. Ses auteurs soulignaient aussi «une certaine homogénéité du prix du ciment par rapport à une industrie dominée par cinq producteurs [désormais 4, Ndlr], ce qui donne l’impression d’un tacite accord sur les prix». Un postulat que confirment les deux analystes financiers contactés par EE : «La baisse de consommation est souvent accompagnée d’une hausse des prix. D’autant plus que les prix du ciment n’exercent aucune pression ni à la hausse ni à la baisse sur le coût final des logements », expliquent-ils. En effet, quel que soit le prix de vente d’un logement, le ciment n’en représente que 5 à 10% ; l’essentiel du prix étant déterminé par la phase de finition.

Roche généreuse
Le calcaire, principal intrant dans la production du ciment – outre les argiles, est à la fois abondant et bon marché. D’après le professeur Abdelfatah Tahiri, responsable du Centre de Recherche «Géophysique, Patrimoine naturel et Chimie verte» et du Laboratoire Géo-Biodiversité et Patrimoine Naturel à l’Institut scientifique de l’Université Mohammed V de Rabat, «bien qu’il n’y ait pas d’estimation sur les gisements, en surface et sub-surface, de calcaire (ou carbonate de calcium), ce ‘géo-matériau’ est disponible en quantité importante dans les montagnes du Maroc, en Algérie ou encore en Tunisie, contrairement à l’Afrique subsaharienne, où cette roche (à intérêt industriel) n’est pas aussi présente». En dépit de cette abondance, une liste du ministère de l’Equipement datant d’octobre 2012 recensait seulement 44 carrières de calcaire en exploitation. Un nombre qui ne représente que 2% des carrières recensées à cette date. Si la durée moyenne d’exploitation des carrières varie entre 5 et 60 ans, certaines affichent des durées de vie illimitées. C’est le cas notamment des deux carrières qu’exploite LafargeHolcim Maroc à Berkane ou de celles de Nouaceur et Skhirat-Temara qui affichent une production de 600.000 tonnes par an. L’autre caractéristique de la roche calcaire «c’est qu’elle est souvent exploitable à ciel ouvert. C’est le cas de la plupart des carrières exploitées par les cimentiers», ajoute le professeur Tahiri. La dernière en date, c’est la carrière qu’exploitera Takcem, la filiale cimentière de SGTM, à Ouled Ghanem dont les réserves sont estimées à plus de 73 millions de tonnes, soit environ 55 ans d’alimentation de l’usine. Un des analystes contactés précise que la richesse du calcaire marocain, explique en grande partie l’itinéraire de croissance emprunté par les industriels marocains en Afrique subsaharienne, où cette roche est rare.

Retrouver l’intégralité de l’article dans le N° 213 d’Economie Entreprises (Avril 2018)

Sara Bar-rhout
sbarrhout@sp.ma

 

Les commentaires sont fermés