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Assurance

Les nouvelles ambitions de Mamda-Mcma

02/2015 • Entreprise, FinanceCommentaires fermés sur Les nouvelles ambitions de Mamda-Mcma29406

Considéré comme l’institutionnel le plus puissant de la place, la Mamda-Mcma est très mal connu par le public. Ayant entamé une mutation depuis les années 2010, qui lui ont permis d’augmenter de taille, le groupe cherche aujourd’hui à s’internationaliser. 

 

C’est dans des locaux neufs que nous avons été accueillis à Mamda (Mutuelle agricole marocaine d’assurances) /Mcma (Mutuelle centrale marocaine d’assurances). Sis à la route de Zaër, à Rabat, le nouveau siège se veut grand et moderne, à l’image que veut se donner la mutuelle d’assurance. Présent dans la quasi totalité des conseils d’administration des sociétés cotées et dans beaucoup de fonds d’investissement, Mamda/Mcma est un institutionnel très mal connu du public, pour ne pas dire opaque. Il est pourtant très puissant de par sa force de frappe financière et agit dans son marché en quasi monopôle. D’aucuns estiment qu’il serait même plus puissant que CDG. Avec près de 20 milliards de dirhams d’actifs sous gestion, Mamda-Mcma fait figure de mastodonte des zinzins. Ses avoirs réévalués peuvent être même valorisés à 40 ou 50 milliards de dirhams, selon son président du Conseil de surveillance Abed Yacoubi Soussane, lors d’une récente sortie, dans le cadre d’une rencontre de l’association des agronomes à Rabat. Une puissance qui, dans un passé proche, a attiré le courroux de l’habituellement très indulgent CDVM avec des soupçons de manipulation de cours en 2006.
De nouveaux produits…
Après cet épisode, la mutuelle s’est lancée dans un vaste chantier de restructuration. Et il faut dire que cela lui réussit bien. En maître absolu sur le marché de l’assurance agricole, elle a quasiment pu doubler son taux de pénétration. Ainsi, avec 1,4 milliard de dirhams de primes émises en 2013, la Mamda a pu faire monter le taux de pénétration de 0,3% en 2010, à 0,6% en 2013. Une performance due à la modernisation des produits passants, ainsi qu’à une garantie de l’Etat contre la sécheresse à une vraie assurance multirisque climatique. «Pendant plus de 50 ans, Mamda était un gestionnaire du fonds de garantie sécheresse, mis en place par l’Etat. Elle jouait le rôle de collecteur de fonds et de distributeur des indemnités. Depuis 2011, nous offrons à nos sociétaires de vrais produits d’assurance», affirme Larbi Lahlou, DGA de Mamda-Mcma. Ainsi, l’assureur a pu négocier avec l’Etat la transformation des dotations du fonds de garantie en subventions aux primes du produit «multirisque climatique». Et ça marche! En trois ans, ce sont plus de 30.000 nouveaux agriculteurs qui ont souscrit à ce produit. Les superficies couvertes par l’assurance sont, elles, passées de 65.000 hectares en 2010 à 677.000 en 2013! Pour 2015, on vise 1 million d’hectares assurés. Ce n’est pas tout. Alors que l’ancien produit sécheresse couvrait essentiellement les blés, tendre et dur, et l’orge, le nouveau produit multirisque couvre en plus des céréales traditionnelles, le maïs, les fèves, les lentilles, les petits pois, les pois chiches et les haricots, soit l’essentielle de ce que plante 65% des agriculteurs marocains. En outre, cette assurance concerne l’essentiel des risques agricoles, à savoir, la sécheresse, l’excès d’eau, la grêle, le gel, le vent violent et les vents de sable contre seulement la sécheresse pour le fonds de garantie.
… fortement subventionnés
C’est dire qu’il y a de la marge pour développer la couverture. Seul bémol, le carton plein que la multirisque agricole Mamda semble essentiellement dû à la subvention de l’Etat. «Je ne sais pas si ce produit sera aussi attractif si l’Etat supprime sa subvention», glisse dans ce sens Najib Akesbi, économiste à l’Institut agronomique et vétérinaire. En effet, si la prime est facturée entre 16 et 368 dirhams à l’hectare, c’est bien parce que la subvention est comprise entre 90% et 53% pour un capital garanti de 600 à 4.350 dirhams par hectare. Une remarque qui a du sens surtout quand on voit que la dynamique croissante de la couverture destinée à l’arboriculture (10% des surfaces cultivés au Maroc) s’est rapidement tassée en 2013, avec l’arrêt de la subvention publique. Ainsi, alors que la souscription pour ce produit avait culminé en 2012 à près de 10.000 hectares, celle-ci est vite retombée à 9.700 ha, après l’arrêt de la subvention. En revanche, grâce au système de remise sur prime permis par le statut mutualiste de Mamda, cette dépendance à la subvention pourrait diminuer au fil des années. Quoi qu’il en soit, et au vu du point de départ, toute amélioration ne peut être que bénéfique pour l’agriculteur. Le management de la mutuelle table sur 50.000 ha en 2015 pour l’arboriculture. Un optimisme d’autant plus justifié que ce sont des assurances qui sont systématiquement exigées par le Crédit Agricole du Maroc pour débloquer ses prêts destinés aux campagnes agricoles.
L’autre percée majeure de Mamda-Mcma est dans la santé et la prévoyance. Grâce à Mcma, qui détient un agrément vie et non-vie (contrairement à Mamda spécialisée dans le non-vie), le groupe a pu développer des assurances spécifiques aux agriculteurs, notamment l’hospitalisation et la retraite. Grace à son partenariat avec Banque centrale populaire, Mcma à pu couvrir près de 55.000 agriculteurs pour la retraite et plus de 35.000 pour l’hospitalisation, soit une hausse respective de 31% et 220% en trois ans! «Notre cœur de cible est le petit agriculteur, non seulement nous le couvrons, mais nous favorisons aussi sa bancarisation», affirme Lahlou. Et d’ajouter: «Notre principale force est la proximité. Avec 50 bureaux régionaux, nous sommes à la fois à l’écoute des besoins tout en étant proches de notre cible, ce qui facilite la communication et l’explication des produits».
30% de résultats financiers
Cette proximité est aussi essentielle pour maintenir des coûts d’exploitation très faibles. Ainsi, Mamda/Mcma détient un réseau en propre, ce qui supprime les commissions versées aux courtiers et augmente en conséquence sa rentabilité. «Nous avons un des coefficients d’exploitation des plus faibles du marché», affirme non sans fierté Lahlou. Ainsi, avec près de 2,2 milliards de dirhams de chiffre d’affaires, le groupe dégage près de 600 millions de résultat net. Des résultats qui vont renforcer les fonds propres de la mutuelle, qui ne distribue pas de dividendes à ses sociétaires… Au final, ce sont plus de 10 milliards de fonds propres placés essentiellement en bourse. Selon le DGA, 30% des fonds sont placés sous forme de bons du Trésor et près de 70% en bourse, dont 80% essentiellement dans les valeurs bancaires Attijariwafa bank, BMCE Bank et BCP. «5% de nos placement sont destinés à l’agroalimentaire essentiellement dans Cosumar et Lessieur, du fait que nous sommes dans le secteur agricole», explique Lahlou. La mutuelle détient d’ailleurs 10% du capital du Crédit Agricole du Maroc. Quant aux prises de participation dans les secteurs productifs, elles sont réalisées via des fonds d’investissement. «Notre philosophie est de prendre le moins de risque possible. Nous n’investissons jamais seuls; nous accompagnons toujours d’autres institutionnels. Nous avons un comité d’investissement qui cible les secteurs stratégiques du développement du pays. Nous avons d’ailleurs très peu d’investissement dans l’immobilier», assure le DGA Mamda-Mcma. Avec cette politique, le groupe dégage près de 30% de son résultat à partir de ses placements financiers. Mais garde tout de même la tête sur les épaules car, comme l’explique si bien Lahlou, «l’objectif n’est pas de faire du chiffre, mais de croître sainement». Voilà qui devrait éviter à Mcma-Mamda un scénario à la CDG.
gelkarmouni@sp.ma

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