Les placements garantis: effet de mode ou réels opportunités?

07/2013 • Abdelaziz Enasri, Point de vueCommentaire (0)0

«L’évaluation des options c’est ce qu’il y a de difficile, car elle se base sur une modélisation stochastique et sur plusieurs paramètres, dont la volatilité implicite «Cotation de la volatilité par les marchés»


La crise financière a certes apporté au grand public certaines complexités des produits financiers qui peuvent-être source de risques de marché et/ou risque opérationnel, mais a créé de nouveaux besoins chez les investisseurs utilisant les stratégies de placement et d’investissement se basant sur la même ingénierie financière appliquée sur de nouvelles classes d’actifs. Ces nouveaux supports d’investissement, appelé saussi produits structurés ou fonds structurés d’investissement (Ce que d’autres peuvent appeler fonds contractuels. Le marché marocain a connu le lancement de plusieurs fonds de ce type homologué par le CDVM depuis 2011. Par exemple, celui lancé par Upline, filiale du Groupe Banques Populaires a été largement médiatisé dans la presse marocaine «voir l’article de L’Economiste du 7 septembre 2012» et ayant ciblé l’or et le pétrole comme support d’investissement) se basant sur des stratégies qui garantissent le capital ou une partie du capital ont donné de l’appétit à des investisseurs à la recherche d’une diversification de leurs placements en période ou les actions et les obligations subissent les effets de la crise économique et financière. Si en termes pratiques, ces produits peuvent apparaître simples «Grâce notamment au marketing à la pédagogie dont font preuve leurs émetteurs» dans la réalité, elles peuvent cacher des complexités et des surprises que seuls les experts et leurs émetteurs peuvent cerner lors de leurs lancements. Le principe de base de ses produits est simple, l’émetteur place les montants collectés sur l’horizon de placements dans une obligation «Actif de taux sans risque» qui lui procure une rémunération. Avec cette rémunération, il procédera à l’achat d’une partie et/ou la totalité de la performance d’un ou plusieurs actifs à travers une option d’achat (Call) si l’émetteur anticipe leur hausse sur la période d’investissement «Stratégie Long qui permet à l’investisseur de profiter de la baisseà travers une option de vente si l’émetteur anticipe leur baisse (Stratégies short qui permettent de toucher la baisse sous forme de performance). A titre d’exemple, ce genre de stratégie est appelé stratégie directionnelle qui coûte souvent chère si l’actif est volatile comme les actions, les matières premières, les devises, etc. L’anticipation de la tendance des marchés et le timing d’investissement sont des éléments importants de la performance de ce genre de produits. A titre d’exemple, pour investir dans l’or en 2012, selon une stratégie directionnelle longue sur 3 ans, il fallait que l’émetteur anticipe une évolution à la hausse de l’or sur cette période avec une rentabilité anticipée annualisée qui dépasse le taux de rendement d’un actif sans risque, qui représente le coût d’opportunité «Manque à gagner au cas où le produit ne performe pas». Toujours pour l’exemple de l’or, les années 2009 et 2010 ont été de bonnes fenêtres d’entrée. 2012 l’était moins puisque les investisseurs seraient tentés par les prises de bénéfices sur cet actif, pour se positionner sur les actions qui procurent de bons niveaux d’entrée. Donc, les anticipations et le timing d’entrée peuvent dès lors constituer des risques de revenus pour l’acheteur de ses produits. Dans le cas de l’or, l’année 2012 constitue sans aucun doute un mauvais point d’entrée et pour qu’on dépasse à l’avenir ses niveaux nécessitera sans aucun doute plusieurs années ce qui nous amène au-delà de la date d’échéance du produit. Un autre élément pour l’appréciation de ce genre de produit reste la garantie du capital et le coupon garanti. L’émetteur place l’argent collecté dans une obligation zéro coupon sur la période du placement qui lui procure un montant x%. Ce montant lui servira pour acheter l’option qui donnera qu’une participation à la performance puisque, dans le cas des matières premières, la volatilité est très forte, donc le prix de l’option est élevé et l’émetteur peut dégager un surplus de coupon garanti en baissant la participation à la performance. Le souscripteur abandonne dès lors les x% de rémunération sûre et prend le risque de l’actif sous-jacent s’il reste jusqu’à échéance et la valeur de l’option s’il veut sortir avant échéance. L’évaluation des options c’est ce qu’il y a de difficile, car elle se base sur une modélisation stochastique et sur plusieurs paramètres, dont la volatilité implicite «Cotation de la volatilité par les marchés». Le recours aux marchés des options pour monter des produits de ce type permet également l’utilisation de nouvelles classes d’actifs, comme les matières premières, les devises, etc. cotaient sur des marchés qui agissent selon certaines règles techniques et fondamentales complètement différentes de celles qui peuvent régirent les marchés des actions. En effet, les options et les produits dérivés liés à ses sous-jacents ont toujours existé comme instruments de couvertures utilisés par les entreprises opérantes dans l’industrie et le commerce internationale. Ce qui a permis d’assurer leur liquidité et multiplier les idées de création de produits de placements lancés pour la première fois en 1998 par la banque d’affaires américaine JPMorgan. Le produit à capital garanti peut dépendre de plusieurs devises, la devise de l’émission, la devise du support obligataire et celui de l’option. Par exemple, un produit lancé en 2012, qui a comme sous-jacent l’or et le pétrole lancé auprès de clientèles utilisant une monnaie Y non échangeable sur les marchés internationaux, fait que le disponible (le fruit du placement) pour acheter l’option qui donne la performance promise aux clients et en euro nécessite dès lors un swap de change eur/Y, de sorte à ce que les clients touchent enfin de compte leurs performances en utilisant la monnaie Y. Pour éviter cette situation qui peut être source de risque de change pour l’émetteur, l’option peut être achetée à travers un swap de performance qui ferait que les paiements se nivellent à échéance. Ce qui engendre la baisse du coût du risque de change pour l’émetteur et soulage leur position de change et le risque sur la partie optionnelle se régule dans le temps. Cette technique a été introduite au Maroc en 2007 mais n’a pas eu le même succès auprès de la presse locale spécialisée, le développement d’un marché pour ses produits ne pouvant pas être considéré comme un effet de mode. Elle permettra une plus grande ouverture des marchés financiers de la région sur les marchés internationaux et donnera un souffle aux investisseurs institutionnels, dont les placements sont concentrés sur le marché des actions et les marchés obligataires, qui commencent à s’essouffler et stagner.

 

Les commentaires sont fermés