Les risques liés à l’indexation des prix

10/2013 • Abdelaziz Enasri, Point de vueCommentaire (0)0

«La décision d’aller vers l’indexation a été toujours sur la table et ce, depuis 1998. Mais l’enjeu social a toujours prévalu sur l’enjeu financier»


La décision d’indexer les prix à la pompe aux cours du pétrole à travers un produit dérivé (Mécanismes optionnels) sur les marchés internationaux pour réduire les charges liées à la compensation est à mon modeste avis l’une des décisions de politique économique et financière les plus importantes depuis la décision de 1993 relative à la réforme du marché de changes et la réforme des marchés financiers. La pression des bailleurs de fonds internationaux, notamment le FMI, pour restructurer  la Caisse de compensation, a imposé la mise en place de ce mécanisme et ce malgré la crise sociale que traverse le pays.  Ce risque social demeure le principal à gérer à court terme. Les politiques de toutes tendances ont la responsabilité de le gérer  dès qu’il s’agit des intérêts suprêmes de L’Etat. Au-delà des  réactions des politiques, la question qu’il faudra se poser est-ce que d’un point de vue scientifique la décision est bonne ou mauvaise et est-ce qu’elle préserve les intérêts de l’Etat. Selon mon point de vue l’initiative est  positive. D’ailleurs je l’ai évoqué plusieurs fois dans cette tribune et je l’ai débattu avec des experts internationaux lors de la conférence africaine de la finance d’octobre 2012.

Répercuter une partie de la hausse constatée sur les marchés internationaux sur le consommateur final est une décision qui permettra à l’Etat de réduire les charges de la compensation et limiter la pression sur les finances publiques, surtout lorsque les hausses se multiplient et les ressources de l’Etat baissent. Mais, il ne faudra pas juger que ce mécanisme soit parfait puisque l’Etat s’exposera à des risques financiers. Les risques financiers peuvent s’avérer plus importants que le risque social et peuvent être dévastateurs.  Sa gestion est de la responsabilité des techniciens de l’Etat et du gouvernement en place.  En effet, recourir à l’indexation des prix correspond à un transfert des risques liés aux fluctuations des matières premières à deux contreparties. Une contrepartie financière qui se charge de verser une partie et/ou la totalité de la différence entre le cours de la couverture et le cours du marché le jour de la constatation prévue (par exemple le 16 de chaque mois) moyennant le paiement d’une prime à travers un mécanisme optionnel. Le consommateur final à qui on fera supporter une partie de la hausse observée au-delà du cours couvert.

Le gain escompté du mécanisme de couverture doit permettre à l’Etat de maintenir son budget de compensation et couvrir financièrement la prime à payer aux banques qui ont mis en place ce mécanisme.  C’est-à-dire dès que le prix du pétrole dépasse le cours budget, les banques verseront la différence de sorte à ce que la charge de compensation prévu dans la loi de Finances ne bouge pas quelles que soient les fluctuations à la hausse des prix sur les marchés internationaux. Car à titre d’exemple, il ne sert à rien de couvrir si le cours observé sur les marchés (Cours spot) qui servira comme référence de couverture est largement supérieur au cours budget qui a été fixé à 105$ dans le cadre de la loi de Finances. Car on dépense un prix pour l’option alors que le gain tiré ne sera pas important. Donc,  autant supporter le risque financier et épargner au pays un risque social.  Le risque de contrepartie constitue l’autre risque financier qui peut s’avérer important. L’Etat a acheté les options à travers des banques marocaines qui ont acheté à leur tour l’option selon le mécanisme back-to-back auprès de banques internationales. La crise financière qu’à traversée le monde ces dernières années a montré que les banques de financement et d’investissement qui proposent les meilleures stratégies de couverture ne sont pas aussi solides que ce qu’on pourrait imaginer. En cas de difficulté financière de ces banques, l’Etat aura des difficultés à couvrir ses dus auprès des contreparties étrangères. D’ailleurs le classement 2013 de Global Finance sur les banques les plus sûres au monde a surpris les analystes puisque la plupart des grandes banques internationales que nous connaissons et certainement auprès desquelles l’Etat s’est couvert ne figure parmi les 50 premières les plus sûres à l’exception de la banque HSBC. Comme expliqué par les responsables de ce projet, le principe de couverture est fait selon un mécanisme de rolling on. Les prix d’options sont fixés par période de couverture, ce qui leur donne de la flexibilité dans la gestion mais ajoute aussi des risques liés à la volatilité des marchés de change et des matières premières. Les options sont achetées en devises et le budget de l’Etat marocain est en dirhams, d’où le risque de change. Le second est le rating du Maroc qui peut rentrer en jeu lors de la fixation des prix des options surtout si ces dernières sont achetées à travers des swaps de performance. En conclusion, il faut encourager ce genre d’innovation tout en gardant à l’esprit qu’il  y a un risque pour l’Etat. La solution peut-être que l’Etat aide et subventionne les distributeurs à couvrir les risques de fluctuations des matières premières avec la mise en place d’un mécanisme de régulation et de contrôle. Le prix des options payé par l’Etat servira de subvention et d’incitation aux pétroliers pour se couvrir et ne pas répercuter automatiquement les hausses sur le consommateur final.

 

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