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Libérons la pensée

07/2018 • Hassan Alaoui, Point de vueCommentaires fermés sur Libérons la pensée71889

Depuis un peu plus de 10 ans s’est installée au Maroc une horde d’intellectuels qui surfe sur l’actualité pour interpréter à sa manière les faits et actes qui animent notre pays au quotidien. Ils distillent une pensée qui a pour principal objectif de protéger le système et l’idéologie makhzénienne. Cette élite bien-pensante composée d’intellectuels respectables, de dirigeants de think tanks, de hauts fonctionnaires, tous crédibles et bardés de diplômes, développe des argumentaires qui sont loyalement rapportés par les médias «officiels». Leurs pensées dominent ainsi les débats et malheureusement ils sonnent bien aux oreilles de nos responsables. C’est la triste réalité du niveau de débat qui agite notre pays.

A côté de ces intellectuels, il y a une autre race d’intellectuels, aussi marocains que les premiers, sinon plus, car ces derniers n’ont pas d’autres intérêts que celui de penser à un Maroc encore meilleur. Sauf que leurs idées passent inaperçues dans ce brouillard, et leurs propos sont inaudibles. Pour les neutraliser, le système les accuse d’être « des traîtres à la nation », comme l’a si bien répété d’ailleurs le responsable achat de Centrale Danone. On dit d’eux que ce sont des antimonarchiques, et même des républicains. Bref tout pour briser une vie et une carrière et ne pas contre dire les intellectuels bienpensants.

Ce virus makhzénien qui est inoculé à tous ces gens qui pensent différemment nuit au pays et à son évolution. Tout d’abord, il divise la société en deux clans d’intellectuels: ceux qui trouveraient des arguments ubuesques pour justifier n’importe quelle situation, et les autres qui seraient dans un débat cérébral pour convaincre que le Maroc doit changer. Malheureusement, ces derniers se retrouvent marginalisés, voire transparents dans le débat national, et la seule reconnaissance qu’ils obtiennent vient des chancelleries et organismes étrangers.

Cette orchestration de la pensée savamment taillée fait que le Maroc est otage du syndrome de la pensée unique qui enfume le débat national. Or, la question qui se pose aujourd’hui est la suivante: notre pays peut-il prétendre refondre son modèle de développement sur la base d’une seule pensée?

La réponse est bien évidemment non. Le Maroc est entré dans un sommeil développementaliste ces cinq dernières années, et pour le réveiller il faut impliquer toutes les forces vives du pays, et surtout accepter la différence. Traiter des universitaires, des journalistes, des économistes, des hommes et femmes de lettres de traîtres à la nation, c’est prendre le risque de passer à côté d’idées qui peuvent contribuer au sauvetage du Maroc.

Aujourd’hui, il n’est pas question de sauver le système, car celui-ci, on le sait, doit être réformé. Il faut plutôt sauver notre pays et ses institutions, et pour ce faire, l’Etat doit s’intéresser à ces intellectuels de tous bords qui, plus ils sont isolés, plus ils se radicalisent dans leurs discours. Ce n’est pas en créant un CESE ou un IRES qui sont de véritables moulinex à idées qu’on y arrivera. En optant pour une approche inclusive et sincère de toutes les pensées, peut-être que notre pays réussira à tracer cette nouvelle feuille de route pour les générations à venir.

Et pour revenir au débat qui pollue l’époque que nous traversons, il faut savoir que notre pays n’a aucune autre alternative viable sur la table. Les partis politiques, la société civile et le peuple à travers ses différentes couches sociales sont tous enchevêtrés dans la monarchie. C’est là une force dont on n’estime pas l’impact, mais à condition de pouvoir orchestrer tout cela à bon escient. Je profite de ce lien pour féliciter Sa Majesté le Roi à l’occasion de ses 19 ans de règne, et lui souhaite longue vie afin de continuer à œuvrer d’un pas ferme pour construire un Maroc moderne, juste et qui favorise la méritocratie.

Hassan M. Alaoui
halaoui@sp.ma

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