L’ouverture: Une arme à double tranchant

08/2014 • jawad kerddoud, Point de vueCommentaire (0)0

«La libéralisation de l’économie marocaine s’est accompagnée par l’ouverture sur l’extérieur, par l’adhésion du Maroc au GATT en 1987 et à l’OMC en 1995»


L’économie marocaine a connu une grave crise au début des années 1980, qui a eu pour conséquence une détérioration importante des équilibres internes et externes. L’endettement extérieur était également très élevé, puisqu’il s’est élevé à 12,8% du PIB. Sur le plan extérieur, le Maroc a dû faire face à une grave pénurie de devises étrangères. Le Maroc a dû faire appel en septembre 1983 au Fonds Monétaire International (FMI), qui a ordonné un plan d’ajustement structurel (PAS), basé sur la maîtrise de la demande interne, la mobilisation de l’épargne locale, l’optimisation des allocations des ressources, et enfin un réaménagement du taux de change du dirham par rapport aux devises étrangères. Une série de réformes fiscales (TVA en 1986, IS en 1988, IGR en 1990) ont été réalisées, ainsi que la déréglementation bancaire en 1991, couronnée par une nouvelle loi bancaire en 1993. La Bourse des valeurs fut également réformée, et des mesures de libéralisation importantes du commerce extérieur furent prises, telles que la réduction des restrictions quantitatives, et l’allégement de la protection tarifaire. La politique des changes fut également modifiée, avec en 1988 la libéralisation des opérations courantes, et en 1993 le libre accès des entreprises marocaines au marché international.

Une autre réforme importante a été la libéralisation des prix de la majorité des biens et services, et la suppression du contrôle des prix. A partir de 1993 a été lancée une vaste campagne de privatisation des entreprises publiques, qui s’est soldée en 2006 par 102 opérations de privatisation, ayant rapporté à l’Etat 77 milliards de dirhams. Sur le plan sectoriel, l’intervention de l’Etat a été progressivement réduite. C’est ainsi que dans le secteur de l’agriculture, a été supprimé en 1985 le monopole de l’OCE à l’exportation pour certains produits agricoles. En 2004 a été lancé un programme de location des terres Sodea et Sogeta destiné au secteur privé national et international. Sur le plan industriel, outre la privatisation des entreprises publiques, l’Etat a pris la décision de ne plus investir directement dans ce secteur. Le secteur des services a connu de son côté une vaste campagne de privatisation et de déréglementation.

Cette libéralisation de l’économie marocaine s’est accompagnée par l’ouverture sur l’extérieur, par l’adhésion du Maroc au GATT en 1987 et à l’OMC en 1995. Elle a été suivie par la signature d’un grand nombre d’Accords de libre-échange: Accord d’Association avec l’Union européenne (1996), Accord de libre-échange d’Agadir (2002), Accord de libre-échange avec les Etats-Unis (2004), Accord de libre-échange avec la Turquie (2004). Une étude récente de McKinsey Global Institute vient de confirmer cette ouverture de l’économie marocaine. C’est ainsi qu’en 17 ans (1995 – 2012) le Maroc se positionne en tant que 2ème pays au monde à avoir progressé en termes d’intégration aux flux mondiaux, et qu’il est passé de la 79ème à la 53ème place mondiale. L’indice de connectivité mesure 5 flux: biens, services, personnes, capitaux, données et communications. Le Maroc se place aussi en bonne position dans l’indice «d’intensité des flux», c’est-à-dire le rapport des flux à la taille de l’économie.

Il va sans dire que cette libéralisation de l’économie marocaine a apporté des éléments positifs quant à la progression du PIB national, au développement des investissements directs étrangers, à l’éclosion d’une classe moyenne, et à la modernisation aussi bien de l’agriculture que de l’industrie et des services. Elle a eu cependant des efforts pervers quant au déficit structurel de la Balance commerciale qui montre que le Maroc est déficitaire vis-à-vis de la quasi-totalité des pays avec lesquels il commerce. Même la Balance des paiements qui était bénéficiaire jusqu’en 2007 est devenue déficitaire à partir de cette date, et l’endettement global atteint actuellement 75% du PIB, si l’on inclut les engagements Hors-Bilan. Cette ouverture de l’économie marocaine s’est également traduite par  la perte d’emplois dans plusieurs secteurs économiques. Cette ouverture n’a pas également permis la diversification de notre économie, qui reste orientée aux 2/3 sur l’Europe aussi bien sur le plan des échanges commerciaux que des IDE, du tourisme et des transferts des RME. On peut en déduire que l’ouverture de l’économie marocaine a été trop rapide, et que les mesures d’accompagnement n’ont pas été efficaces pour résorber les éléments négatifs.

En conclusion,  il ne s’agit en aucune manière de revenir à une politique protectionniste, que la signature par le Maroc du Traité de l’OMC et des Accords de libre-échange ne permet pas. Aussi faut-il porter tous les efforts sur l’amélioration de la compétitivité de l’économie marocaine, sur l’augmentation de l’offre exportable, notamment par des biens et services à forte valeur ajoutée qui nécessite une réforme profonde de l’éducation et la formation, enfin sur la diversification des débouchés de nos exportations, notamment vis-à-vis de l’Afrique, l’Amérique et l’Asie. Cette nouvelle politique économique est à mettre en œuvre de toute urgence si on veut éviter des lendemains qui déchantent.

Jawad Kerdoudi

Président de l’IMRI (Institut marocain des relations internationales)

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