GHASSAN W. EL KARMOUNI

Message brouillé

02/2018 • Ghassan W. El Karmouni, Point de vueCommentaires fermés sur Message brouillé0

La communication autour du soft power marocain n’est-elle pas contre-productive ? En principe, une telle stratégie doit être plus implicite qu’explicite; c’est du moins ce qu’enseignent les manuels de relations internationales. À moins que l’obligation d’engager des dépenses qui peuvent être injustifiées pour la population fasse de la communication autour du soft power marocain en Afrique une nécessité ? Le fait de construire des infrastructures sanitaires ou scolaires dans des pays d’Afrique subsaharienne, voire même un stade de football en Afrique de l’Est ou un hôtel de luxe dans une île des Caraïbes, financés par le budget public, doit bien être justifié aux yeux d’une opinion qui fait face tous les jours aux déficits de services publics et autres infrastructures de base… Une bonne dose de fierté nationale est supposée suffisante pour susciter l’adhésion et légitimer de telles dépenses. Mais cette campagne autour de la stratégie peut aussi avoir un contre-coût à l’extérieur, du côté des pays vers lesquels elle est orientée. En effet, en communiquant massivement autour de la stratégie marocaine, au niveau national et sur les supports internationaux et autres rencontres de think tanks, ne donne-t-on pas des arguments à nos contradicteurs, y compris dans des pays amis ? N’élevons-nous pas le coût de cette stratégie en faisant passer le message selon lequel le Maroc est prêt à payer ce qu’il faut pour être bien vu ? Une stratégie d’influence nécessite de maitriser ses messages et aussi une bonne dose de retenue.

GHASSAN W. EL KARMOUNI
gelkarmouni@sp.ma

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