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Monsieur le Chef de Gouvernement

11/2016 • Hassan Dabchy, Point de vueCommentaires fermés sur Monsieur le Chef de Gouvernement0

Et maintenant commence pour vous l’essentiel. Il ne suffit pas de remporter une élection pour s’imposer comme Chef de Gouvernement. Y parvenir exige une certaine évolution personnelle, la prise de conscience d’une métamorphose indispensable, sous peine de ne jamais franchir le simple statut de chef de parti. Etre un Chef de Gouvernement, ça ne se proclame pas, ça se prouve. Vous n’avez à subir ni querelle d’héritage ni devoir d’inventaire puisque vous succédez à vous-même. Investi d’un second mandat, vous connaissez mieux les rouages de l’exercice du pouvoir, ses codes et ses réseaux. Vous avez été l’adversaire de nombre de chefs de partis qui, aujourd’hui que les tensions électorales se sont apaisées, se bousculent au portillon du nouveau gouvernement que vous êtes chargé de constituer. Quels qu’aient été vos désaccords antérieurs, vous devez avoir conscience de la grandeur de votre mission qui dépasse vos seuls rapports personnels, si bons ou si mauvais soient-ils. En politique, il n’y a pas d’amis éternels, pas d’ennemis éternels, il y a des intérêts éternels, et l’intérêt éternel c’est le Maroc. Votre fonction se fonde avant tout sur la mission primordiale qui vous a été confiée par Sa Majesté le Roi et, à travers lui, le peuple marocain qui vous a élu, celle d’assumer pleinement vos responsabilités constitutionnelles et de contribuer au rayonnement de notre pays. Votre devoir est aussi de veiller à la permanence des valeurs, des principes et des traditions séculaires qui ont forgé l’identité de notre nation et restent les meilleurs garants de son unité. Monsieur le Chef de Gouvernement, vous devez tirer les leçons de vos échecs précédents, en vous affranchissant peu à peu d’une appartenance trop partisane qui empoisonnait parfois vos relations avec les membres de votre équipe gouvernementale et vous empêchait de mieux percevoir la réalité concrète des problèmes que vous deviez affronter. Vous êtes maintenant le Chef de Gouvernement de tous les marocains, quels que soit leur appartenance politique. C’est cette mesure de la fonction qui vous permettra d’avoir le recul nécessaire à l’exercice de vos pouvoirs. Vous personnifiez le gouvernement et incarnez l’Etat dans ce qu’il a de plus fort, de plus élevé et de plus exigeant. Face aux nombreux défis qui vous attendent, vous devez constamment être un exemple de dignité et de rigueur. Homme de tolérance et de mesure, vous devez faire preuve d’une parfaite maîtrise de soi. Votre réussite dépendra en grande partie de votre capacité à dépasser les clivages idéologiques, à prendre de la hauteur pour répondre aux attentes, non pas de vos électeurs, mais du peuple entier dans toute sa diversité. Vous devez passer du statut de chef de parti à celui de Chef de Gouvernement, ce qui impose du recul et de la distance. Autour de vous règnent l’impatience et la fébrilité des lendemains de victoire qu’accompagnent une pression médiatique et des rumeurs incessantes. Pour être efficient, évitez l’inflation de ministres et de secrétaires d’Etat, choisissez une équipe restreinte, compétente, soudée et déterminée. Une fois le gouvernement constitué, engagez vite les réformes tant attendues par les marocains. Ils ont pour nom l’économie et l’emploi, l’enseignement, la santé et la justice. Pour y arriver, mettez la lutte contre la corruption là où elle doit être: au sommet de l’agenda gouvernemental. Sans cela, la corruption sapera tous les efforts menés pour lutter contre la pauvreté, promouvoir la prospérité et combattre l’extrémisme. L’un de vos devoirs les plus urgents, c’est aussi de combler le fossé de la défiance qui s’élargit entre le peuple et ceux qui, censés servir ses intérêts, ont trop souvent fait preuve d’inertie et de cupidité. Cela exige de vous de rénover la façon de gouverner, de lui insuffler plus de dynamisme et d’efficacité. Enfin, souvenez-vous : ces élections n’ont pas vu la victoire d’un Maroc contre un autre, mais la victoire d’un Maroc démocratique, uni et rassemblé autour de son roi. Le Maroc est un vieux pays, mais sa population est jeune et enthousiaste, pleine d’ardeur et de générosité. Malgré ses cicatrices, ses exclus, ses inégalités, notre nation est prête à donner le meilleur d’elle-même, pour peu qu’on lui montre un horizon de lumière, et non l’étroitesse d’un chemin obscur.

Hassan Dabchy

hd.conseil@yahoo.fr

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