AMINE BENTAHER

Nous avons plus besoin de Facebook et Google qu’eux de nous.

03/2018 • InterviewCommentaires fermés sur Nous avons plus besoin de Facebook et Google qu’eux de nous.0

Parti de rien, ce jeune geek a pris le pli des nouvelles technologies et gère une nuée de startups au potentiel impressionnant. Son secret, vivre aux US et croire en ses rêves.

Cette semaine, Uber a annoncé la suspension de ses activités au Maroc. Qu’en pensez-vous?
C’est un sujet très sensible. Mais la polémique déclenchée me paraît bien dérisoire. La réalité est que ce n’est jamais bon de s’opposer farouchement aux acteurs de l’économie de partage. Uber, Lyft, Airbnb, toutes ces compagnies ont un volume d’affaires qui surpasse de loin ceux des plus grandes multinationales. A mon sens, il vaut mieux les autoriser à opérer dans des pays émergents comme le Maroc, au regard de leur potentiel à créer de l’emploi localement. Je comprends d’une part les préoccupations des chauffeurs de taxi, mais cette transition a eu lieu dans plusieurs métropoles mondiales. L’émergence d’acteurs tels qu’Uber ne provoque pas d’effets délétères sur l’économie. Bien au contraire.

Vous vivez aux USA et vous voyagez beaucoup. Vu d’ailleurs, comment nos résistances aux changements sont-elles perçues par les investisseurs étrangers ? Quels impacts sur les IDE ?
A mon avis, plus on a de sociétés comme Uber qui plient bagage, plus on envoie comme signal aux investisseurs étrangers que notre pays refuse de s’adapter au changement. L’exemple flagrant de cette résilience aux bouleversements provoqués par l’évolution digitale est le véto lancé à l’encontre du Bitcoin. Or, notre ambition d’être un hub régional nous oblige à montrer le chemin à suivre et à montrer qu’on est en train de construire des écosystèmes qui permettent aux entreprises américaines ou japonaises de venir s’installer au Maroc. Et ce, afin qu’elles fassent ce qu’elles savent faire le mieux, à savoir innover. Disons que les événements récents nuisent plus qu’autre chose à l’économie de notre pays.

Peut-on au moins espérer que le Maroc devienne une start-up nation?
Historiquement, le royaume est un pays agricole qui peu à peu quitte sa zone de confort et se découvre une vocation industrielle. Cela a commencé avec l’offshoring, les call centers, etc. Petit à petit, le Maroc s’est transformé. J’ai envie de dire que ce qui a été réalisé ces 20 dernières années en matière d’infrastructures et de réseaux rassure et pousse à l’optimisme. 

À quoi sont dus ces blocages persistants ?
Fondamentalement, à un problème de génération. Les gens qui sont en position de prendre des décisions ont probablement peur du changement. A l’inverse, la génération smartphone est née avec un « device » à la main et n’aura jamais peur d’utiliser la technologie. Cette profonde rupture entre deux générations affecte sans doute l’avenir digital du pays. Je suis Africain, Américain et Marocain. J’ai grandi ici, je suis un produit de l’école publique ; donc quelque part je comprends la peur que peuvent avoir les Américains à l’idée de venir investir au Maroc.

Retrouver l’intégralité de l’interview dans le numero de mars 2018

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