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Now What ?

11/2017 • Hassan Alaoui, Point de vueCommentaires fermés sur Now What ?60028

Vous l’avez remarqué sans doute, depuis quelques années, le ton des discours du Roi est monté en intensité. Ils sont de plus en plus critiques et dans un ton qui frôle la menace. A travers des argumentaires bien pensés, l’on sent que le Roi a pris conscience de l’ampleur des défis auxquels fait face le pays, la gravité des carences sociales et les défaillances de gouvernance dans le projet de développement du Maroc.
Malheureusement, en cette période de crise économique structurelle, les solutions ne courent pas les rues, et vue l’ampleur des défis, toute solution ne s’inscrira que sur le long, voire très long terme. Par manque de solutions à effet immédiat, on a l’impression que le Roi s’est idéologiquement rangé sur le camp des plus défavorisés. Une manière de dire, «je vous ai compris».
En prenant cette position courageuse à l’encontre du «système», le Roi a cristallisé autour de sa personne l’opinion publique. Il suffit d’écouter les débats sur les radios pour comprendre que les observateurs de tout bord ont suivi comme des tournesols le changement de discours du Roi.

Il est vrai que le ton est bon, et fait visiblement le bonheur des Marocains, et des media indépendants qui, pour certains, ont mené, depuis des décennies, une bataille idéologique avec ces intellectuels organiques qui défendaient la théorie du tout est beau, tout est bien.
Le vendredi 13 octobre, il a prononcé un énième discours empreint de fermeté à l’encontre du Parlement et du gouvernement. Mohammed VI a jugé le modèle de développement du pays inapte à répondre aux préoccupations des Marocains. Tellement il a emprunté la voie de la critique ces dernières années, que lui-même a pris conscience que ce ton devenait un peu lourd à porter, surtout venant d’un Chef d’Etat (…) Mais devant les élus de la nation, il a tenu à apporter une précision de taille: «Nous ne critiquons pas pour le plaisir de critiquer, tout en laissant les choses en l’état. Des erreurs ont été commises et elles doivent être corrigées».
Mais si le Souverain ne cesse de pointer du doigt la justice, le clientélisme, les carences de l’enseignement et de l’administration publique, le laxisme des élus et de certains ministres, les retards dans les plans de développement, il faut savoir qu’en agissant de la sorte, il prend un risque considérable sur la perception du rôle de la Monarchie dans tout cela. En plus, en jouant toutes ces cartes d’un coup, il augmente considérablement le niveau d’attente des populations. Or, on le sait, tout cela ne se règle pas par une baguette magique. C’est tout un pays qu’il faut repenser.

Dans son dernier mémorandum sur le Maroc, publié en octobre 2017, la Banque mondiale rejoint l’élan royal et se montre à nouveau très soucieuse sur la mise en œuvre des grands chantiers. Elle préconise une «thérapie de choc» pour provoquer un miracle économique, faisant écho au discours royal qui appelle au séisme politique pour améliorer la gouvernance du pays.
Alors, miracle, séisme ou thérapie de choc, voilà en gros ce qu’il faudra pour corriger les excès d’une décennie de gouvernance économique et sociale où on a favorisé le matériel au détriment de l’immatériel.
Si le Souverain a maintenant énuméré les têtes de chapitre de ce qui bloque le développement du Maroc; now what? Faute de solutions à effet immédiat, il faut donner du concret à ces discours. Et c’est là où intervient le communiqué du cabinet royal du 24 octobre, et qui a créé le séisme que l’on connait tous. Un acte politique très courageux que tous les Marocains appelaient de leurs vœux depuis fort longtemps. Et maintenant quoi? Et surtout avec qui?

halaoui@sp.ma

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