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Omar Balafrej

07/2018 • InterviewCommentaires fermés sur Omar Balafrej0

Pur produit des grandes écoles françaises, cet ancien patron du Technopark et neveu de Abderrahim Bouabid prend son envol en politique. Il milite bec et ongles pour une démocratie réelle et une monarchie parlementaire, dénonçant le manque de courage qui paralyse notre pays.

Actualité oblige, comment jugez-vous les peines prononcées à l’encontre des leaders du Hirak?

C’est plus qu’un scandale, nous sommes peut-être en train de vivre un retour aux pires années de notre histoire récente: les années de plomb. Ces jeunes sont la nouvelle élite du Rif. Au lieu de les encourager à s’engager politiquement, à représenter les citoyens de cette région dans les conseils communaux, à la région et au Parlement, on les condamne à 20 ans de prison. C’est effroyable et très dangereux pour l’avenir du pays.

Est-il vrai que vous avez commencé votre carrière à l’ONA?

Tout à fait. C’était dans le cadre d’un programme créé par feu Kamal El Ayoubi, directeur du contrôle de gestion de la holding, qui recrutait des lauréats de grandes écoles françaises. On nous faisait faire le tour des différentes filiales du groupe pendant un an dans des domaines comme le contrôle de gestion industriel, l’audit, etc. J’y ai passé trois ans. Après cela, j’ai travaillé dans une filiale de l’ONA basée à Paris, qui s’appelait Pêche et Froid. Puis, j’ai cofondé une startup en 1999, Mena Business, grâce à des capitaux d’amis et d’une banque d’affaires suisse. Enfin, j’ai atterri au Technopark qui, contrairement à ce que l’on pense, est une société de droit privé où l’Etat est simple actionnaire minoritaire, les autres actionnaires étant [historiquement, ndlr] des banques privées et publiques telles que la BCM, la BP, BMCE, Wafabank et la CDG.

En fait, vous n’avez jamais travaillé dans une administration publique?

Jamais.

Vous qui connaissez le monde des startups, êtes-vous satisfait de leur évolution?

Il faudrait faire davantage. Ce qui plombe la dynamisation pérenne des startups, c’est l’absence de bons de commande. Il faut que les grandes entreprises privées et publiques fassent confiance aux startups. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Nous avons à peu près réglé le problème du financement, mais une entreprise doit d’abord vendre ses produits. C’est l’Etat qui doit créer des incitations en encourageant le rachat de startups marocaines plutôt que d’entreprises étrangères.

Votre profil grandes écoles, plutôt technocratique, vous destinait à une belle carrière dans le privé ou dans une grande institution publique. Pourtant, vous choisissez de bifurquer vers l’engagement politique.

L’engagement politique n’est pas un métier. C’est du bénévolat. Cela fait 20 ans que je m’engage politiquement à travers mes idées. J’ai été élu local d’opposition en 2003 au conseil municipal d’Ifrane, sans être rémunéré. La politique c’est donner de son temps à la collectivité. C’est un don de soi pour un projet auquel on croit mais ce n’est pas un métier. Je crois profondément à la démocratie et me méfie de cette notion d’homme providentiel, de technocrate qui possède réponse à tout. Cela ne marche pas. Le seul modèle au monde à même de développer un pays est le modèle démocratique. Trouvez-moi un contre-exemple outre les monarchies pétrolières?

Mais n’y a-t-il pas des prérequis à la démocratie? Aujourd’hui, lorsqu’on voit le niveau des élus, on se dit que ce n’est pas gagné. Ce système dont vous parlez peut-il être greffé sur notre architecture institutionnelle et avoir une chance de fonctionner?

Bien évidemment, si les citoyens s’engagent en politique, si des gens de qualité font le pari de l’altruisme, s’ils choisissent de servir la communauté. Les représentants du système voient d’un mauvais œil l’implication de gens capables car ils souhaitent continuer à bénéficier de privilèges exorbitants. La responsabilité revient aux diplômés, à ceux qui possèdent un esprit citoyen de s’engager.

Supposons qu’un(e) citoyen(ne) bien formé(e), avec des idées, veuille s’engager mais ne se reconnaisse dans aucun parti, que lui reste-t-il?

Que cette personne crée un parti!

Pour se présenter en indépendant, il faut recueillir un certain nombre de signatures dont des signatures d’élus, ce qui rend la tâche quasiment impossible…

Effectivement et c’est un scandale. Mais cela ne changera pas car les parlementaires ne veulent pas d’un système différent. Il faut entrer dans le jeu. Moi-même en 2011, j’étais contre le boycott des élections de la part du PSU et désirais me présenter en indépendant. Or, le Parlement a changé la loi, doublant le nombre de signatures nécessaires et introduisant le pourcentage des élus.

Réda Dalil
rdalil@sp.ma

Retrouver l’intégralité  de l’interview dans le N°216 d’Economie Entreprises ( Juillet 2018 )

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