Oui à la contradiction, non au baillonnage!

02/2014 • Nawal HoutiCommentaire (0)0

«Cette décision de Benkirane poserait le débat sur la liberté de contradiction et sur la pensée unique qui n’est plus l’apanage des moyens de communication actuelle surtout en cette ère d’Internet où l’accès à l’information est ultrarapide et sans frontières»


En allumant la télé, ce dimanche, je tombe sur une émission d’information qui fait état de l’actualité internationale avec un tour d’horizon des différents foyers de tension dans le monde. Et l’on voit qu’en Egypte ça s’embrase à nouveau; à Kiev, en Ukraine, le peuple se soulève contre le rapprochement avec la Russie et sombre dans le chaos: en Thaïlande, la population s’est révoltée contre le trucage présumé des élections,… l’Indonésie est en conflit avec l’Australie,… La Syrie, n’en parlons-pas, Bachar El Assad est en train d’exterminer son peuple, la Centrafrique… et j’en passe. En clair, nous assistons passivement à un embrasement aux quatre coins du monde et pendant ce temps-là, que se passe-t-il chez nous? Nous vivons dans un pays paisible, où l’Amazigh est désormais langue officielle aux côtés de l’Arabe et nous frôlions la sécheresse. Il a donc fallu, à la demande du Souverain, Commandeur des croyants, que nous fassions des prières rogatoires à travers tout le Royaume pour voir tomber des pluies providentielles qui, avec de fortes chances, sauveront la saison agricole. Or, les mauvaises langues disent que ces prières ont bizarrement coïncidé avec des prévisions météorologiques qui prévoyaient de la pluie au même moment, comme ce fut le cas du temps de feu Hassan II! Cette information, disons-le moqueuse, a circulé sur les réseaux sociaux, mais pas sur la presse écrite. Pour cette dernière, que ce serait-il passé dans le cas où elle aurait diffusé ce type d’information? Aurait-elle eu des représailles pour ces moqueries? Visiblement non, puisque le Maroc, depuis quelques années, s’est inscrit tous azimuts dans la liberté d’expression et il se doit de la respecter. Cette dernière ne serait même plus un enjeu, puisqu’elle est pratiquement brandie dans tous les milieux d’expression et c’est le Web qui y a fortement contribué. Or aujourd’hui, contrairement à la presse écrite et audiovisuelle, aucune réglementation ne régit le e-journalisme pour la diffusion d’informations sur les sites ni ne contraint la liberté d’expression. Ce vide juridique peut mener malheureusement à toutes les dérives car chacun pourra y aller de son clavier en toute impunité, à quelques exceptions près, en l’occurrence, le cas Ali Anouzla. Il a été incarcéré pour la publication sur le site Lakome d’une information sur l’Aqmi, incitant au terrorisme et mettant en danger la sécurité du pays. Cette arrestation qui a été qualifiée d’arbitraire et faite par des personnes qui voudraient apparemment renouer avec des pratiques autoritaires, a asséné un coup fatal à l’élan de liberté qui souffle sur notre pays. Cet élan a été d’autant plus renforcé avec l’avènement du printemps arabe et la nouvelle formation gouvernementale menée par son Chef, Abdelilah Benkirane. C’est pour cela qu’il paraît inconcevable que Benkirane, tout fervent défenseur du droit à la parole qu’il est, interdise la retransmission à la télé de la première partie des séances hebdomadaires, réservées aux mises au point. Benkirane en homme blasé, aurait-il choisi de revenir auxpratiques d’antan provoquant l’ire de certains membres de l’opposition. Ils ont en effet refusé de se soumettre à cette décision gouvernementale et ce sont bâillonnés lors d’une séance parlementaire en signe de protestation contre la décision unilatérale de Benkirane. Celle-ci relèverait plutôt des prérogatives de la HACA.

Ce qui s’est passé au parlement et l’histoire de Ali Anouzla, avec sa mise en liberté provisoire et la fermeture de son site, pourrait en inquiéter plus d’un, qui, en matière d’avancées démocratiques aurait lu dans ces pratiques un réel recul des libertés d’expression et d’opposition. Cette décision de Benkirane poserait le débat sur la liberté de contradiction et la pensée unique qui ne sont plus l’apanage des moyens de communication actuels surtout en cette ère d’Internet où l’accès à l’information est ultrarapide et sans frontières.

Tous les conflits auxquels nous assistons actuellement sont pour certains les conséquences des restrictions des libertés individuelles et de pensée. Il serait donc inopportun de provoquer inutilement de telles tensions, au moment où l’attention devrait être focalisée sur les réformes et le développement économique. Laissons, donc, les gens s’exprimer, la contradiction enrichit le débat et élève le niveau et c’est tout bénef… A bon entendeur !

 

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