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Parlons-en de ce plafond de verre !

11/2018 • Hassan Alaoui, Point de vueCommentaires fermés sur Parlons-en de ce plafond de verre !46842

De tous les problèmes structurels qui plombent l’élan du Maroc, il y en a un qu’on évite de voir. C’est ce plafond de verre étanche qui empêche le Pouvoir d’accéder à toute forme de pensée innovante. Même s’il est transparent, ce plafond existe bel et bien et constitue de ce fait une véritable chape de plomb. Sa fonction première: protéger le système avec zèle! Non, je ne fais pas allusion à cette métaphore qui est apparue aux Etats-Unis dans les années 80 et qui a fait prendre conscience à la société américaine de la difficulté des femmes à accéder à des postes de haute responsabilité. Je parle plutôt de cette barrière invisible qui prive le pouvoir exécutif d’un accès aux intellectuels, aux réformateurs et aux visionnaires locaux, cantonnés à un rôle de spectateurs impuissants et dont les analyses, les diagnostics et les propositions, pourtant brillantes, ne trouvent aucun écho nulle part.

Ce phénomène, la majorité des hauts commis y est aveugle tant son immersion dans le système est totale. Les autres font comme si ce plafond de verre n’existait pas. Ils composent avec, quitte à empiéter sur leurs valeurs, celles-là mêmes qui les ont fait repérer le premier jour (…)

Dans un Maroc où toutes les institutions ont été affaiblies, la Monarchie reste le vaisseau-amiral. Elle est seule garante de l’avenir du pays. Grand maître d’ouvrage de ce système complexe, elle a instauré – sans le vouloir – un plafond de verre qui s’est épaissi en quelques années seulement, et qui commence à constituer un danger pour les équilibres du Royaume. Pour illustrer mes propos, il suffit de regarder le nombre de drames qui se sont accumulés ces 18 derniers mois sans qu’aucune action digne de ce nom ne soit entreprise. C’est là une preuve supplémentaire s’il en fallait qu’un véritable plafond de verre s’érige entre l’Exécutif et le nouveau Maroc. Un plafond de verre opaque, infranchissable, qui brouille le regard de la Monarchie et la rend sourde aux résonances de la société.

Le drame de Bouknadel est, en ce sens, un énième rappel de la nécessité de repenser les mécanismes de gouvernance publique. On en a parlé en long et en large dans de précédentes chroniques. Que peut-on espérer d’un haut fonctionnaire qui a passé 14 ans à la tête de l’Office des Chemins de Fer? Je n’ai rien contre Mohamed Rabie Khlie. Brillant technocrate, honnête homme, il a eu le mérite de gravir les échelons des cheminots jusqu’à en devenir le Directeur Général. Mais son mandat au sein de l’ONCF a trop duré, au point de lui faire croire qu’il est blindé de protection, qu’il n’a aucun compte à rendre; en somme, qu’il est inamovible (…) Qu’à cela ne tienne, il ne faut pas lui jeter la pierre. Sa situation est tout à fait naturelle et pourrait être celle de n’importe lequel d’entre nous. Même avec une «petite tête», après 14 ans à la tête de l’ONCF, un crapaud se prendrait pour le prince des rails. Or, en le maintenant en fonction malgré les multiples couacs, l’Etat finira sans doute par griller quelqu’un de compétent. Quelqu’un qui pourrait être plus utile ailleurs…

Des hauts cadres comme Mohamed Rabie Khlie, il en existe pléthore, une véritable «armée». Autant au sein de l’institution qu’ils dirigent qu’en externe, ils rassurent par leur longévité, mais en réalité font partie intégrante de ce plafond de verre qui donne l’impression, à tort, que le système est performant. Le véritable défi est donc dans le choix des hommes et des femmes qui accompagneront la transition de notre pays vers des lendemains qui chantent. A ceux-là, il s’agit de donner «carte blanche» pour transcender ce proverbial plafond de verre.
Il y a quelques semaines, une lettre confidentielle bien renseignée et éditée depuis la capitale française rapportait qu’une reprise en main des affaires du pays par le Monarque était en train de s’opérer. Elle annonçait en outre la «création d’une nouvelle boîte à idées royale». Ce «think tank» devra se pencher sur le modèle de développement à venir. En apercevant les quelques noms cités par le média parisien, je me demande si l’on peut repenser un modèle de développement avec ceux-là mêmes qui sont à l’origine de son échec et qui, formatés par un logiciel ancien, sont organiquement incapables ni de détecter ni de voir ce fameux plafond de verre.

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