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Peut-on ralentir un projet royal ?

12/2018 • EditoCommentaires fermés sur Peut-on ralentir un projet royal ?0

En ces temps économiques pénibles, il est difficile pour un gouvernement doté de très peu de moyens de suivre le train de l’investissement de l’Etat. Il faut rappeler que cette cadence d’investissement, qui a bâti le Maroc moderne, répond à une vision Royale de développement, souvent imposée au gouvernement.

Je prendrai pour exemple les deux mégaprojets inaugurés en ce mois de novembre: la LGV liant Tanger à Casablanca pour 23 milliards de dirhams et le satellite Mohammed VI B, lancé depuis la Guyane (le second en neuf mois), d’un coût global de 500 millions d’euros et dont l’utilisation est limitée à 5 ans.

Sauf que ces derniers temps, et depuis le ralentissement économique que connaît le Maroc, les choses commencent à se corser au niveau des finances de l’Etat. Et pour ne pas arranger les choses, le rythme des grands projets n’a pas décéléré.

Depuis quelques années, on sent tout de même un net ralentissement dans l’exécution de ces grands projets, au point où l’on pourrait penser qu’il existe au sein de l’Administration des gardiens des grands équilibres sacro-saints de l’Etat qui agissent tels des freins, ou plutôt des stabilisateurs (…) Le Roi l’a sans doute ressenti, puisque l’on apprend ici et là qu’il a rappelé à l’ordre et à plusieurs reprises telle institution ou tel haut cadre pour avoir manqué à ses prérogatives.

Si personne ne peut remettre en question un projet royal, il semblerait qu’il y ait alors une force centrifuge au sein de l’Administration ralentissant ces projets. Mais dans quel objectif?

Combien de fois avez-vous entendu parler de cette cinquième colonne du pouvoir, celle-là même qui oriente les grandes décisions de l’Etat et qui veille à la bonne exécution de la vision royale, pour mieux canaliser la démocratisation du pays face aux risques de dérives politiques?

Sous l’ère du défunt Monarque, cette cinquième colonne était essentiellement sécuritaire, car l’époque le voulait. Sous le nouveau règne, elle est éminemment technocratique pour ne pas dire économique. C’est normal, les temps ont changé et les priorités du régime aussi.

La technostructure de l’ère Mohammed VI est formée aux grandes écoles, elle «sympathise» avec les théories des institutions internationales. Ses membres sont des soldats de l’ombre qui ne sont pas médiatisés, mais se tiennent en réalité aux avant-postes des décisions qui font bouger l’Administration dans un sens comme dans l’autre.

Les ministres arrivent aussi vite qu’ils repartent, les élus de même, mais eux sont là, inamovibles, ancrés dans leurs sièges: de véritables gardiens du temple.

Au vu des équilibres politiques fragiles que connaît le Maroc ces dernières années, cette «junte» technocratique est devenue très puissante. D’un côté, elle veille à ce que les responsables politiques qui sont de passage ne dérogent pas à l’orientation royale, de l’autre elle protège son ADN: l’orthodoxie économique!

On le sait, la Monarchie accorde un grand intérêt au Soft Power. Elle a déployé un grand nombre de visions et de projets qui ont transformé la perception du Royaume à l’international. Mais, il s’avère que nombre de projets n’ont jamais vu le jour et traînent dans leur réalisation. Trop coûteux? Durs à financer? Ou simplement ne répondant pas à l’impératif du moment?

Face à la multitude de colères royales et de discours critiques, l’on peut penser que cette cinquième colonne est en mesure d’y mettre du sien en ralentissant l’exécution des projets royaux dans l’intérêt suprême du pays. Je dis bien suprême, car au-delà de la volonté de la Monarchie, il y a la stabilité de tout un pays qui est aussi importante.

Au regard de la fragilité des finances publiques et de la montée en flèche des revendications sociales, ces techniciens de l’Administration agiraient alors par souci d’orthodoxie financière, afin de lisser les grands projets dans le temps et d’éviter une surchauffe.

halaoui@sp.ma

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