Pour une nouvelle politique de change

01/2014 • Abdelaziz Enasri, Point de vueCommentaire (0)0

«Au-delà des actions à caractère commercial et politique, un retour à l’équilibre ne peut pas se faire sans un changement progressif de la politique de change qui doit dépasser le caractère exceptionnel de la dévaluation du dirham»


Selon l’information relayée par un quotidien de la place, le gouvernement chercherait à mettre en œuvre un plan d’urgence avec des mesures immédiates et rapides pour rétablir l’équilibre de la balance commerciale. En effet, selon un membre du gouvernement, «l’état actuel de la balance commerciale représente une dangereuse menace à même d’anéantir tous les efforts déployés dans de nombreux plans de l’économie avec des conséquences sociales». Cette prise de conscience tardive  de gravité de la situation ne changera certainement pas les choses à court terme  encore moins d’atténuer le risque de précipiter  la baisse de la note souveraine de l’investment grade. Mais le plus préoccupant dans cette situation c’est que l’aggravation du déficit commercial dure depuis 2003 et devient structurel avec un taux d’aggravation moyen de 17% par an. En montant, le déficit commercial s’est aggravé de 150 milliards de dirhams en 10 ans. Le plus inquiétant c’est que cette situation a eu un impact négatif sur les avoirs extérieurs du pays: l’encours des réserves internationales nettes s’est situé, à fin octobre, à 145,4 milliards de dirhams, soit l’équivalent de 4 mois et 5 jours d’importations de biens et services contre 10 mois d’importation en 2003. Ce niveau des  avoirs extérieurs a eu une incidence négative de 4,8 milliards de dirhams sur la liquidité bancaire, selon un rapport de BAM. Mais, au-delà des actions à caractère commercial et politique, un retour à l’équilibre ne peut pas se faire sans un changement progressif de la politique de change qui doit dépasser le caractère exceptionnel de la dévaluation du dirham. En effet, ce n’est pas un plan d’urgence et des actions de sensibilisation qui permettront au Maroc de recouvrir 150 milliards de dirhams de déficit surtout dans le contexte actuel marqué par la crise que traversent les principaux pays vers qui on exporte, la concurrence de plus en plus rude des produits de pays similaires au Maroc et un retour de plus en plus fort vers la préférence nationale en termes de consommation chez plusieurs de nos partenaires économiques. La question doit se poser en termes de prix de nos exportations qui est lié à la valeur réelle du dirham. Dès lors, il faudra se poser la question: est-ce que le dirham est devenu une monnaie chère, si oui comment le rendre compétitifface aux monnaies des pays qui proposent les mêmes produits à l’export comme nous. Le dirham est à 80% lié à la devise européenne qui est une monnaie considérée aujourd’hui comme chère et qui handicape les exportations de certains pays du Sud de l’Europe dont le Maroc est proche. Depuis le début de la crise, plusieurs analystes et même des politiques de premier plan ont appelé la banque centrale européenne à revoir sa politique monétaire basée sur des objectifs d’inflation qui a pour conséquence de rendre plus rigide le système de change qui a porté l’euro à des niveaux très élevés contre le dollar, ce qui a défavorisé les exportations des pays européens, en dehors de la zone euro et qui a favorisé le développement des exportations des pays dont la monnaie et plus proche du dollar. La diversification des zones d’exportations ne pourra pas avoir d’effets positifs sans que la cotation du dirham ne tienne compte des monnaies et des devises des pays cibles. Mais aussi, à terme, en faisant évoluer le système de change afin de permettre aux non-résidents de détenir à l’étranger des actifs libellés en dirhams, ce qui donnera plus de flexibilité aux flux des investissements étrangers et permettra au Maroc de pouvoir utiliser pleinement sa monnaie pour rembourser les emprunts étrangers. En guise de conclusion, la banque centrale a un rôle de premier plan à jouer pour que les plans d’urgence mis en place soient efficaces.

 

 

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