KERDOUDI-Jawad

Prévisions économiques 2015

02/2015 • jawad kerddoud, Point de vueCommentaires fermés sur Prévisions économiques 20150

«La grande question qui va dominer l’année 2015 et qui aura des répercussions sur tous les pays est celle du prix du pétrole sur le marché mondial»


Selon l’ONU, l’économie mondiale a terminé l’année avec une croissance de 2,6%; elle prévoit pour l’année 2015 une croissance de 3,1%. Le FMI est plus optimiste puisqu’il prévoit, pour 2015, une croissance de 3,8%, avec cependant des écarts à travers le monde. La palme sera encore remportée par la Chine avec une croissance de 7,1%, suivie de l’Asie de l’Est, 6% et de l’Afrique, 4,6%. Les Etats-Unis connaîtront une croissance de 3,1%, alors que le Brésil et la zone Euro auront une faible croissance respectivement de 1,4% et 1,3%. En queue de liste, il est prévu 0,8% pour le Japon et 0,2% pour la Russie. Ces prévisions ont été établies selon les spécificités économiques de chaque pays. C’est ainsi que pour les Etats-Unis, le rebond de croissance est expliqué par la vitalité de la consommation, l’amélioration du marché du travail, et les bons résultats des entreprises. Par contre, la zone Euro continuera à connaître une consommation déficiente et une faible inflation. L’Afrique aura une bonne croissance grâce à ses matières premières et aux flux des investissements étrangers. La Chine, qui s’est positionnée en tant qu’atelier du monde, du fait de la forte compétitivité de son économie, connaîtra une belle croissance, quoiqu’inférieure à celle des années précédentes. Enfin, la Russie, du fait de l’embargo qu’elle subit de la part de l’Occident, suite à la question de l’Ukraine, et de la baisse du prix du pétrole, ne connaîtra qu’une très faible croissance ou même une récession.
La grande question qui va dominer l’année 2015 est celle du prix du pétrole sur le marché mondial. En effet, alors que le prix du baril de pétrole était de 106 dollars en juin 2014, il a chuté à 56 dollars en décembre 2014. Cette baisse est expliquée par l’augmentation de la production, du fait de l’exploitation du pétrole de schiste aux Etats-Unis. L’autre raison est la faible demande de pétrole en 2014, du fait de la croissance mondiale qui n’était que de 2,6%. La troisième raison est le refus de l’OPEP, pilotée par l’Arabie Saoudite, de diminuer la production. Cette situation est corroborée par l’Agence internationale de l’énergie qui ne prévoit, pour 2015, qu’une consommation mondiale de 93,3 M/barils/jour, soit une augmentation d’à peine 1% par rapport à la consommation de 2014. Il est impossible de prévoir, à l’avance, l’évolution du prix du pétrole pour l’année 2015, mais tout porte à croire qu’il ne subira pas une grande modification par rapport à une moyenne de 60 dollars le baril. Si cette hypothèse se confirme, l’économie mondiale connaîtra, selon le FMI, un surplus de croissance de 0,4 à 0,7%. Seront gagnants les pays importateurs de pétrole qui verront équilibrer leurs comptes extérieurs et un surplus d’activité. Seront perdants les exportateurs de pétrole, tels que les pays du Golfe, mais surtout les pays qui n’ont pas réussi à diversifier leur économie. Il s’agit notamment de la Russie, Venezuela, Nigeria, Irak, Iran et en Afrique: l’Algérie, l’Angola et la Libye. Quant au Maroc, rappelons que la Loi de Finances 2015, qui vient d’être adoptée par le Parlement, prévoit une croissance de 4,4%, un déficit budgétaire de 4,3%, un déficit de la balance des paiements de 6,7% et une inflation de 1,2%. Pour préparer cette Loi de Finances, le gouvernement s’est basé sur un prix du baril de pétrole de 103 dollars et une parité du dollar à 8,60 dirhams. Il me semble que ces prévisions seront réalisées sinon dépassées. En effet, l’économie marocaine reste sujette à la campagne agricole, du fait que 40% de la population vit encore dans le monde rural. Or la récente pluviométrie permet d’espérer une bonne campagne agricole 2014-2015. D’autre part, si le prix du pétrole se maintient à 60 dollars le baril, l’impact sera bénéfique à la fois sur le budget de l’Etat, la balance commerciale et la balance des paiements. Ceci permettra également une augmentation du pouvoir d’achat des ménages qui consommeront plus, ce qui qui stimulera l’activité des entreprises commerciales et industrielles. Ces dernières verront également leur coût de production et de transport diminuer. Autres facteurs également favorables, la diminution par Bank Al-Maghrib du taux directeur à 2,5% et une inflation maîtrisée à 1,2%. Il faut aussi s’attendre à une relance des investissements dans le secteur industriel, du fait de la dotation dans le budget 2015 de 3 milliards de dirhams au Fonds d’investissements industriel. Enfin, la Bourse de Casablanca sera stimulée par l’introduction de trois nouveaux titres: Marsa Maroc, la filiale Total au Maroc, et la société Mutandis. Le seul élément négatif à signaler est la faible croissance de la zone Euro, qui est notre principal partenaire économique.
En conclusion, on peut se montrer optimiste pour 2015 tant pour l’économie mondiale que pour le Maroc. Mais, du fait d’une actualité qui change de jour en jour, tout ce qui a été dit ci-haut ne sont que des prévisions. Le monde n’est pas en effet à l’abri des risques graves, tels que l’éclatement d’épidémies, à l’instar de Ebola en Afrique, l’aggravation des conflits régionaux en Afrique, au Moyen-Orient et en Europe (Ukraine). Espérons cependant que 2015 sera une année de paix et de prospérité.
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI (Institut marocain des relations internationales)

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