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Que tous nos rêves se réalisent !

02/2017 • EconomieCommentaires fermés sur Que tous nos rêves se réalisent !0

Bons nombres de pays africains communiquent, ces dernières années, sur leurs grands projets, qu’ils présentent comme étant des projets prioritaires, structurants voire révolutionnaires… Qu’en est-il vraiment ?

Les grands chantiers de l’Afrique sont pour certains menés dans le cadre de plans d’urgence ou de redressement et, pour d’autres, ils constituent de véritables stratégies de développement dont l’objectif annoncé n’est autre que l’accès au statut de pays émergent à court ou moyen terme. C’est évidemment le cas pour le Maroc en Afrique du Nord. Notre pays fait partie des nations qui ont anticipé et lancé concrètement de grands chantiers qui en font déjà, bien évidemment, un champion continental incontesté et de l’avis relativement optimiste mais convaincu de plusieurs analystes, un véritable pays émergent à court terme.

C’est aussi le cas en Afrique de l’Ouest de la Côte d’Ivoire, qui sort d’une longue crise politico-militaire de 10 ans et qui, depuis 2011/2012, s’est lancé dans un ambitieux programme de réformes et de grands travaux pour accéder au statut de pays émergent à l’horizon 2020. Ou encore du voisin nigérian, un des véritables géants d’Afrique, quoique fragilisé actuellement par la chute importante du prix du baril.

C’est également vrai pour le Kenya, en Afrique de l’Est, qui s’est engagé dans un ambitieux processus de développement et de modernisation et qui a choisi de miser sur des secteurs porteurs tels que les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, par exemple. Ainsi, le Kenya, bien qu’encore relativement dépendant de son secteur agricole (24,4% du PIB), est parfois surnommé la Silicon Valley de l’Afrique et de l’éducation (les universités kenyanes sont parmi les meilleures du continent) et est régulièrement cité parmi les prochains pays émergents d’Afrique.

En Afrique Australe, en dehors de l’Afrique du Sud, qui est déjà un pays émergent, la  Namibie, par exemple, avance aussi relativement lentement mais sûrement, sans faire de bruit. Ce grand pays désertique de seulement 2,3 millions d’habitants, politiquement stable, s’est doté d’une politique très libérale favorable aux investissements et également diversifiée. En plus des mines évidemment (diamant, uranium, zinc, cuivre), des efforts importants sont aussi réalisés dans le secteur du tourisme et plus récemment dans d’autres domaines, en partenariat notamment avec la Chine: à titre d’exemple, lancement de projets portuaires, comme celui de l’agrandissement du port de Walvis Bay ou encore le développement de l’énergie solaire, ce qui permet concrètement à la Namibie de maintenir une croissance autour de 5% ces dernières années.

En Afrique Centrale, plusieurs pays communiquent également sur leurs ambitieux programmes. C’est le cas du Gabon dont la volonté est de devenir un pays émergent d’ici 2025, rien que ça! Si le plan «Gabon 2025» parait, en théorie, tout à fait pertinent et équilibré et promeut la diversité de l’Economie (moins de dépendance aux hydrocarbures, plus de diversification en créant par exemple dans la filière du bois plus de produits à haute valeur ajoutée transformés localement, par opposition à de la vente de «produits bruts»), en pratique, le souci de ce plan comme pour d’autres ailleurs – et pas qu’en Afrique centrale – réside dans la rigueur du (business) plan, de ses hypothèses et du financement à proprement parler.

J’ai eu le plaisir d’échanger, ces dernières années, (dans mon domaine de compétence des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) avec certains hauts responsables du programme «SMART Gabon», ambitieuse stratégie de développement des Technoparks et de la Technopole de l’Economie Numérique au Gabon, qui est planifiée dans le cadre plus global du plan «Gabon 2025».

Un projet, une vision

Voici un projet ambitieux qui vise à construire une infrastructure large bande afin de permettre au plus grand nombre d’avoir accès aux Technologies de l’Information et de la Communication et aux services qu’elles véhiculent, de développer l’e-Gouvernement, afin de moderniser les relations usagers/administrations et inter administrations et de développer un réseau de technopoles, afin d’impulser l’entrepreneuriat et la croissance, sources de création d’emplois et de revenus pour la population, mais qui avance moins vite que prévu. Communication populaire, populiste, calculs politiques et effet d’annonce, projets non prioritaires, tout cela juste pour épater les partenaires et investisseurs étrangers, ainsi bien sûr que les populations qui sont censés bénéficier de tout ça…diront certains. Personnellement, je ne partage pas ce genre d’avis stéréotypés, pessimistes, parfois simplistes.

Je pense sincèrement que ce projet est porté par une réelle vision et volonté globale de développement. Malheureusement, sa réalisation prévoit, par exemple, qu’une grande partie du financement provienne d’investisseurs étrangers privés, alors qu’il aurait idéalement fallu convaincre et avoir un ensemble de partenaires pour financer ce programme, dont des investisseurs privés étrangers bien sûr, mais aussi encore plus d’institutions internationales plus fiables et plus solides financièrement (de type banque mondiale, banques de développement, etc.) et pour mitiger les risques, mieux équilibrer les hypothèses de ce programme et se projeter sur la base d’hypothèses plus sérieuses, rigoureuses et diversifiées qui permettraient plus facilement de tenir les objectifs et délais annoncés.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Beaucoup de projets et programmes structurants sont annoncés mais n’aboutissent finalement pas ou alors avec beaucoup de retard et ce, à cause de crises et d’instabilités politiques dans certains cas, mais aussi relativement souvent, à cause de soucis de financements, d’hypothèses pas assez réalistes ou par manque d’extrême rigueur dans la planification et/ou la réalisation.

Comme disait Henry Kissinger, politologue et diplomate américain, prix Nobel de la Paix en 1973, notamment pour son action dans la résolution de la guerre du Viêt Nam et de la guerre du Kippour: «Il ne peut y avoir de crise la semaine prochaine, mon agenda est déjà plein».

L’Afrique a pris du retard, mais peut et doit se rattraper. L’Afrique a une place à prendre dans le commerce mondial et bon nombre de pays peuvent accéder à court/moyen terme au statut de pays émergent. Oui, personnellement je pense que c’est vraiment possible… Mais attention l’Afrique n’a plus le temps, l’Afrique n’a plus le choix. Les pays africains doivent dépasser les crises qui leur ont fait perdre tellement de temps et accélérer la cadence de leurs programmes de développement mais en mettant en place un système de planification beaucoup plus rigoureux et scientifique qui repose sur des hypothèses crédibles, réalistes.

En ce début d’année 2017, je souhaite que tous nos rêves se réalisent, en particulier ceux des pays africains d’accéder au statut de pays émergents !

Youssef Aqallal

courrier@sp.ma

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