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Secteur en Lait-hargie ?

11/2018 • EntrepriseCommentaires fermés sur Secteur en Lait-hargie ?0

Le mouvement de boycott de Centrale Danone met en avant la nécessaire restructuration de la filière laitière à un moment où son avenir est en jeu.

Le mouvement de boycott que connaît le Maroc depuis avril dernier ne cesse d’avoir des répercussions sur les divers marchés qu’il touche. Bien que les entreprises visées cherchent, tant bien que mal, à masser en silence leurs hématomes, en tentant d’ignorer l’impact de ce mouvement sans précédent à défaut de le passer sous silence, la réalité finit par les rattraper. Dernier exemple en date, le communiqué du 18 octobre sur les résultats du 3e trimestre de Danone annonçant une nouvelle baisse de 35% de son chiffre d’affaires Maroc. L’annonce de ce revers a même fait dévisser le cours boursier de l’entreprise de 5%. La place parisienne commence en effet à prendre au sérieux ce mouvement qui a déjà fait perdre en tout plus de 1,9% de ses volumes monde au mastodonte français durant le T3. Ce dernier est même allé jusqu’à préciser aux analystes du CAC 40, un CA «hors Maroc […] où les conséquences du mouvement de boycott se font toujours sentir» en hausse de 2,6%, histoire de rassurer sur la santé du groupe qui affiche -4,4% de CA en comparaison avec le T3 2017.  Si Centrale Danone, filiale d’une multinationale cotée à Paris, semble la plus encline à communiquer sur l’impact financier de la désaffection populaire vis-à-vis de ses produits, et la seule à annoncer une stratégie de reconquête, l’entreprise reste évasive sur ses perspectives dans une filière en pleine mutation.

Centrale down

En effet, les conséquences du boycott ne se font pas seulement sentir au niveau des consommateurs et du chiffre d’affaires. Centrale Danone fait aussi face à une tectonique des plaques au niveau de son amont agricole. Selon les professionnels du secteur, la fronde populaire a quasiment chamboulé une filière laitière marocaine dans laquelle Centrale Danone détenait une position dominante. «Pour faire face à la baisse de la consommation de ses produits, la Centrale a baissé sa cadence de collecte de lait de 50%. Au lieu de collecter le lait chaque jour, ses camions ont commencé à collecter un jour sur deux en favorisant certains partenaires», affirme le président d’une coopérative laitière de la Chaouia ayant requis l’anonymat. Depuis la fin mai en effet, vu l’ampleur des dégâts sur les quantités écoulées, «Centrale était obligé de jeter jusqu’à 800 tonnes de lait quotidiennement pendant plusieurs semaines après que ses capacités de séchage ont été saturées. C’était terrible à voir», confie un professionnel du secteur. Et d’ajouter: «J’ai trouvé normal que la Centrale baisse ses approvisionnements parce que ce n’était plus tenable financièrement». Mais au final, ce sont plusieurs bassins d’approvisionnement laitier qui ont été perdus par le leader de la filière. Parmi eux, l’un des bassins les plus rentables pour la Centrale, celui de Tadla. Ses caractéristiques principales: des rendements intéressants et une forte teneur en matières grasses. Ce bassin de Tadla particulièrement convoité serait quasiment sorti du giron de la Centrale pour tomber dans l’escarcelle de Best Milk, la filiale montante d’Anouar Invest. Quasiment en faillite il y a 4 ans, l’entreprise joue aujourd’hui à la surenchère sur les prix, à l’image de ce que son propriétaire El Hachmi Boutgueray a réalisé dans le secteur de la minoterie, avec le succès que l’on sait… Quoi qu’il en soit, l’entreprise aurait ainsi arraché 40% de la production laitière de la région de Tadla, que Centrale dominait à 60% avant le boycott, selon des informations parues dans la presse et recoupées par Economie Entreprises. «De façon marginale, nous avons perdu des groupes de producteurs qui ont été ‘chassés’ par la concurrence au vu de notre situation. Dans l’ensemble, nous maîtrisons notre collecte. Nous avons pris des mesures de collecte de 30% en rotation, de façon proportionnelle et équitable sur nos bassins, pour répartir l’impact sur l’ensemble des producteurs plutôt que de nous focaliser sur quelques régions. Et effectivement, nous avons subi 2 ou 3 attaques de groupes de producteurs sur des micro-régions qui sont parties à la concurrence», tente de minimiser Didier Lamblin, PDG de Centrale Danone, interviewé par Economie Entreprises en septembre dernier.

Retrouver l’intégralité de l’article dans le N° 219 d’Economie Entreprises (Novembre 2018)

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